TRIBUNE DES LECTEURS

 

PROJET D'ASSOCIATION


L'Association : un espace d'idées et d'actions
Pourquoi pas un Club Rotary à notre façon, sans susceptibilité ni sensibilité aucune, notre union est la seule voie pour l’amorce d’une dynamique de développement humain de notre fief.
L'association c'est, tout d'abord, un mouvement régional composée essentiellement d’hommes de bonnes volonté issues ou originaires de la région toutes générations confondues, lesquels hommes, sont sensés se démarquer de tout ce qui serait susceptible de nuire à l’union et à l’entente de tous. Des hommes de consensus qui priment et prônent l’intérêt général. En sommes, ils peuvent être des hommes d’âge mur ou jeunes :
? Qui développent une pratique moderne de communication et d'éducation populaire pour le développement humain dans toute sa portée.
? Qui défendent de grandes ambitions pour les jeunes et pour l'avenir.
? Qui puissent dynamiser la mise en train d’un développement durable.
? Qui puissent agir sur les réalités, les besoins et les priorités de la région.
? Qui puissent défendre les droits des jeunes, des femmes et des démunies.
En sommes, toi, elle et lui, nous tous ensemble pour une mission de réflexion organisée, de conseil pour l’incitation à une démarche efficace, génératrice de richesse pour un développement intégrée de notre région.
L’association est ouverte à tous ceux qui veulent agir en faveur du décollage socioéconomique et culturel de la vallée du Ghériss et région d’Aït Hani à Amagha et d’Assedram à Lalla Mimouna, soit un périmètre en rectangle où doit naître un mouvement d’hommes de bonne volonté unis pour lutter contre la marginalisation d’une contrée aussi généreuse pour avoir tant donnée depuis le sang de ses martyrs jusqu’à la matière grise de ces têtes, sans avoir de mérite en retour.
Créer une association c'est se doter d'outils d'éducation et de lutte pour créer des lieux d'échanges et d'actions d’intérêt général au profit de tous les habitants : tribus et fractions qui composent la région. C'est se doter d'un outil qui participe à la gestion de la chose locale, en tant qu’instance de réflexion et de conseil des collectivités locales, légalement élus par suffrages.
La composition escomptée pourrait avoir une configuration de cette trilogie incontournable dans la recherche d’un équilibre juridique, politique et financier :
? - Membres d'honneur
? - Membres bienfaiteurs
? - Membres actifs ou adhérents
Pourquoi pas toi, vous, elle et lui, vous autres ? Nous tous,… Adhérons nous à cette Association « ARRAW N’GHRISS », Réfléchissez y et trouvez fixons déjà une date butoir pour la mise sur pied de cette œuvre valorisante pour nous faire entendre dans la société civile en mouvement.
- Composition de ses membres :
? Sont membres d'honneur, ceux qui ont rendu des services signalés à l'association ; ils sont dispensés de cotisations. Les membres d’honneur peuvent, toutefois être copté par le comité, eu égard à la place qu’ils occupent dans la hiérarchie politique dirigeante.
? Sont membres bienfaiteurs, les personnes qui versent un droit d'entrée et une cotisation fixée chaque année par l'assemblée générale.
? Sont membres actifs ceux qui ont pris l'engagement de verser annuellement une cotisation fixée par l'assemblée générale.
Les ressources de l'association comprennent :
? Le montant des droits d'entrée et de cotisations,
? Les subventions
? Toutes ressources autorisées par la loi.
L’association serait administrée par un conseil d'administration composé de (x) membres au maximum élus au scrutin secret pour (x) années par l'assemblée générale.
Le conseil d'administration choisirait parmi ses membres, au scrutin secret, un bureau élu pour (x) années, composé de :
? Un président
? Un ou plusieurs vice-présidents, s'il y a lieu,
? Un secrétaire et, s'il y a lieu, un secrétaire adjoint,
? Un trésorier, et, si besoin, un trésorier adjoint.
Cette démarche ouverte, qui caractérise le mouvement associatif, se nourrit notamment de la mise en oeuvre des évènements de la région.
Qu'entend-on par évènement ? Il s'agirait par exemple de :
? Construire un projet porteur de contenus éducatifs riches, un projet porteur de changement dans la vie de la région.
? Un projet générateur de richesse pour le décollage de la région,
? Un projet conçu, préparé et réalisé avec les enfants, les jeunes, les associations de quartiers ou douars (Igharmanes)
? Un évènement avec une forte dimension d'éducation populaire, ouvert à tous et qui mobilise la population.
L'association, c'est également un espace de Formation :
? Qui pourrait organiser des stages au Maroc ou à l’étranger,
? Qui prépare les animateurs et les directeurs à construire une intervention éducative permanente et utile pour les enfants, élèves et étudiants, en partenariat avec les missions culturelles ou ONG des Amériques ou d’Europe.
C'est aussi un secteur de Vacances :
? Qui organise des centres de vacances et de loisirs,
? Qui organise des échanges de groupes de jeunes avec d’autres associations
C'est enfin un secteur d’Initiatives
? Qui organise de grandes initiatives nationales comme les festivals et autres activités socio-économiques (émanant de propositions bien étudiées et bien ciblées dans le temps et dans l’espace).
? Qui crée avec de multiples partenaires nationaux ou étrangers, des lieux de pratiques et de recherches éducatives.
C’est l’Association fédératrice de toutes les composantes oeuvrant, séparément et dans divers domaines. Elle serait l’organe d’affiliation des associations de villages, de quartiers et douars de la région.
Ainsi, l'association à naître serait donc un mouvement que chacune et chacun peut rejoindre, pour agir en faveur de notre vallée, notre fief, de ces populations, de ces enfants, dans les douars (Igharmanes), les quartiers de villages et dans la société civile active dans les centres urbains.
? Ensemble dans le plus grand intérêt de notre terre natale
? Ensemble dans le plus grand intérêt de toute la vallée et région.
? La main dans la main, en masse, avec une élite d’intellos dignitaire d’une mission aussi bien réfléchie et définie, pourrait être reçue par Le Gouverneur, le Wali et ce n’est pas n’importe quel Wali, une personnalité qui force le respect par ses actions et ses convictions. Une doléance pour être reçu par Sa Majesté, la plus haute autorité du Pays, serait une démarche plus que souhaitable, pour lui présenter une liste record de la matière grise – fils de la région - au service de l’Etat, depuis l’indépendance et en constante évolution de nos jours. De là, on pourrait espérer en contre parti, que l’état puisse se soucier des besoins pressants de Ghriss et sa région pour un développement intégrée et durable.
Mon appel est lancé donc à vous tous ayant un quelconque lien direct ou indirect avec la vallée du Ghriss, la vallée de Ferkla pour vous unir et servir comme tous les rotariens du monde. Ensemble pour un Rotary à notre façon.
Cordialement votre
Amzwar, Rabat le 1 Oct. 05

 

UNE INTERPELLATION COURAGEUSE !.

Monsieur le ministre,

Dans le cadre de la participation à l’amélioration et à la convenance du système de l’éducation national, nous le représentant des associations des parents d’élèves cycle de primaire de la province d’Errachidia, et soucieux du devenir de nos enfants, nous nous faisons un devoir d’invoquer votre bienveillance sur certains dossiers et des pratiques qui ne peuvent plus avoir cours dans nos établissements scolaires. En effet, certains programmes n’honorent aucunement ni la fonction de l’éducation, ni la mémoire des ascendants et ni le devenir de notre pays.

Suite à une enquête que nous avons mené nous-mêmes, sur le terrain dans des zones oubliées de la province d’Errachidia, nous avons relevé que bien des manières de discrimination, de désistement et d’acculturation sont une monnaie courante dans nos écoles. C’est pourquoi nous avons décidé d’agir, en vous appelant à prendre des mesures qui s’imposent pour mettre fin à ces pratiques qui déshéritent les préceptes de notre civilisation.

Nous joignons ci-après des points relatifs aux constations avancées :
Le constat
Les programmes :
La dénomination :

L’éducation : veut dire connaissance et pratique des bonnes manières des usages de la société. Dans ce cas, celui de l’école, c’est un ensemble des valeurs morales qu’on est appelé à inculquer à des enfants innocents qui formeront la société de demain. Notre pays le Maroc, aux origines plurielles, a grandement besoin d’un apprentissage plus moralisant et plus civique. Il a besoin d’une société civilisée et plus tolérante pour le bien de l’harmonisation de son atavisme. Pourtant, des idées, qu’on inculque au quotidien à des anodins dans nos écoles, ne vont pas malheureusement dans ce sens. Je cite ici, le syntagme " Barbare " que les maîtres utilisent à longueur des journées dans des classes d’enseignement "nationale " pour désigner une majorité de leurs propres concitoyens. Le mot " barbare " en arabe et en français veut dire : Sauvage. Quant un enseignant vous déclare que vos parents sont d’origines sauvages, nous aujourd’hui parents, nous connaissons les ravages que vous cause ce traumatisme difficilement cicatrisable. Une mascarade primitive qui ne peut provenir que des incultes. Tout le monde sait que ses exploitants visaient à ridiculiser et donc à trafiquer l’influence sur le peuple Amazighe. Ce dernier, de sa langue Tamazighet, veut dire dans la réalité : homme noble et émancipé. Le sauvage, c’est plutôt celui qui incite à l’insulte de la mémoire de ses propres concitoyens et surtout quand ils sont des enfants inoffensifs ?

C’est pourquoi, nous exigeons l’abolition pure et simple du mot " barbare "- désignant bien entendu la majorité du peuple marocain- et le remplacer par sa véritable dénomination : AMAZIGH.
Nous demandons également à ce que soit bannit des écoles toutes les formes de discriminations : de couleurs, de religion, d’idéologie ou des origines. Nous avons relevé bien des pratiques de ségrégations de la part de quelques enseignants qui infligent aux enfants des traitements de distinctions. Nous demandons à ce qu’ils soient cités devant vos conseilles disciplinaires. De notre coté, nous vous informons que nous les poursuivrons désormais en justice. lisation.

L’histoire
Nous avons constaté, avec consternation, que l’histoire de notre pays, de nos aïeux, et de l’Afrique du nord en générale, à laquelle nous appartenons, n’est pas le centre d’intérêt des programmes de nos écoles. Nous connaissons tous, pourtant, l’utilité fondamentale d’un passé et d’une mémoire antérieure pour chaque peuple. C’est même futile de l’étaler ici ! Un peuple qui ne sait pas d’où il vient ne saura pas ou il va. Cependant, le premier contact de l’enfant marocain avec les leçons de l’histoire – classe du cinquième primaire - lui parle d’une tribu arabe : " Banou Koulaib " quelque part au désert d’Arabie. La deuxième leçon parle d’une autre tribu de la même région. Ce n’est qu’à la troisième qu’on parle de l’Afrique du nord pour dire qu’elle était habitée par une tribu non organisée appelée : Senhaja ! Il y dit également que notre pays est arabe et musulman depuis la vingt-deuxième année après l’apparition de l’islam ! Inculquer des mensonges à des innocents ne serait-il pas un acte d’aliénation ? Tromper la conscience des enfants ne serait-il pas un crime tout court ?

L’histoire connue de l’Afrique du Nord tire ses révérences des milliers d’années. Un passé retentissant fait par des augustes figures dont les Gaia, Massinissa, Jugerten, Kuceila, Dihia, Bochus, les Juba et la liste est longue. Une histoire à foison glorieuse que n’importe quel pays au monde en ferait non seulement sa condescendance mais également un jalon dont il tirera des enseignements pour son devenir. Le nôtre, aveuglé par une idéologie importée, l’a plutôt repoussé aux confins des oubliettes.

Nous demandons donc à notre pays de se réconcilier avec lui-même en levant le voile sur son véritable passé.
Il faudrait que nos enfants apprennent officiellement la vérité sur les antécédents de leur propre pays dont certains accords qui avaient drainé l’assassinat des millions de victimes innocentes notamment : les accords d’Algésiras en 1908 et ceux de Fès en 1912. D’autres accords ont dénué à dessein les trois quarts de la population marocaine et ont froissé le développement de tout un peuple ; pour exemple l’accord d’Aix-les-bains en France. Des vérités qu’il ne faudrait surtout pas passer sous silence.
Les nouvelles générations doivent avoir conscience de la résistance du Rif, celle du moyen Atlas, celle de l’Est du haut Atlas( Baddou et Hemdoun), celle de Saghro et Bougafer, Celle de souss, celle d’Ayet Baâmran...etc.

La langue Tamazighet
Pour rester habile ou alors pour le devenir, un peuple doit être instruit. L’édification réelle ne peut être nécessairement faite en dehors du prolongement de sa propre tradition et en l’absence de sa vision propre du monde acquise dans le cadre de sa propre civilisation et dans celui de sa propre culture. Il se trouve également qu’une langue donnée est la locomotive de ces valeurs justement pour chaque peuple. Par ce biais, on transmet l’âme de sa sagesse, les fondements de sa pensée et l’héritage multiple de son état d’être. Rare dans l’histoire des peuples habiles ceux qui ont labouré la mer ; c’est à dire ceux pour qui la mémoire est au compteur zéro.

Après plusieurs siècles d’existences, le peuple Amazigh, lui, aux valeurs universalistes et humanistes, est maintenu à la marge de l’héritage de sa civilisation. Voilà maintenant plus de cinq décennies qu’il n’a droit officiellement ni à sa langue, ni à sa culture et ni même d’être cité comme tel depuis 1962. Cela sur la terre de ses ancêtres ! Il n’est pas chassé non plus de son territoire mais il est chassé sur son espace. Pour avoir l’entrée à l’usage de sa langue, le peuple Amazigh subit toujours des entraves qui ne se comptent plus sur les doigts d’une seule main dans le cas général. Ici, à mon sens il reste et de loin le cas le plus complexe, voire le plus fou ! Oui, à cause de l’école, il est le plus fou car d’habitude il y a le jeu et l’enjeu, mais pour Imazighen on leur a administré l’enjeu du jeu. Comment un peuple civilisé et sédentaire sur sa terre où il a vu le monde est contraint à participer par ses propres moyens au gommage de sa propre mémoire ? Comment un peuple devient-il un ustensile dans l’éradication de sa propre civilisation pour se démettre de son propre mode de vie si ce n’est pas par un bourrage de crâne déguisé en éducation ? Il n’y a pas de démocrate au monde, il n’y a pas de morale qui se respecte et il n’y a pas non plus de religion capable de justifier cette mascarade singulière en son genre. C’est une inculture de penser que Tamazighet est un mythe et Imazighen sortent de la terre ! Le laisser pour compte de la langue de la majorité du peuple marocain est une trahison à la conscience collective de tout le pays

L’école marocaine doit refléter la maturité des idées du peuple Amazigh plusieurs fois millénaires et donc assume le besoin de l’éducation, d’arts, de littérature, de communication... etc.

C’est pourquoi la langue Tamazighet s’impose et doit être généralisée positivement et réellement pour tous les niveaux de l’enseignement de notre pays au même titre que sa consœur arabe.

Le maniement des matières
Nous avons relevé avec stupeur la gestion des matières par un facteur des coefficients très excentrique. En effet des matières reconnues de base dans le monde, telles les mathématiques, ne représentent pour nos écoles que le un cinquième des autres grandement privilégiées. Nous notons également, que les matières islamiques sont multipliées par six ; pour des enfants de six à dix ans. Les mômes de cet âge ne peuvent pas encore assimiler toutes les recommandations concurremment. Les mathématiques sont enseignées, approximativement, en langue arabe pour un certain épisode. Sachant que, par la suite, elles seront enseignées en langue française ! C’est pour ce fondement que nous nous demandons pourquoi une telle aventure au détriment du sort des enfants ?

Nous demandons donc à ce que les matières de nos écoles soient gérées par un ordre de mérite conventionnel, hors de toute incursion idéologique quelle que soit son origine.

Les enseignants

Sur le terrain, nous avons vu bien des maîtres compétents, honnêtes et autodidactes ; mais marginalisés et considérés comme rebelles par leur propre hiérarchie : des directeurs et des inspecteurs. Par contre, ceux qui n’ont plus lu un seul livre depuis leur centre de formation sont couverts de largesse. La compétence, qui devrait être un critère de choix premier, n’est pas prise en considération par le système de notre éducation nationale. Pour progresser, légitimement dans leurs carrières, les enseignants sont forcés de chercher d’autres formules gagnantes au détriment de la qualité de la formation.

Nous avons vu également deux maîtres pour une soixantaine d’écoliers dont six niveaux ; alors que d’autres sont considérés comme des excédents et s’entassent au quotidien sur des terrasses des cafés !
Nous avons relevé à ce point, dans des régions dites " indésirables ", que bien des maîtres ne travaillent en moyenne que deux à trois mois par an à la périphérie des régions suivantes :
Bou Ouzmo
Ayet Hani
Agdal
Amsed
Amellago
Idelsen
Rissani
Alnif
Ces pratiques nous ont amené à nous rendre compte que certains établissements, ouverts il y a trente ans, n’ont produit à ce jour que des bergers. Sur des hauteurs comme au désert, nous avons rencontré des centaines d’enfants qui n’ont jamais vu un tableau noir.

C’est pourquoi nous vous demandons que l’école nationale soit pour tous les Marocains sans distinction aucune.
Nous vous faisons part aussi, de la modification délibérée et abusive des noms de nos écoles. Elles portent, désormais, des dénominations étrangères d’origines du Liban, de Syrie, d’Arabie... etc. Nous refusons à ce que notre mémoire soit biffée et nous vous sollicitons à ce que nos établissements d'instructions retrouvent leur postérité naturelle et des appellations nationales.

Le Représentant des Associations des Parents d’Elèves d’Errachidia, Cycle du Primaire
M. Zaid Ouchna
Goulmima.

 

WIN IWALIWN ( Par Moha ou Ali KHETTOUCH )

La bataille évoquée ci-dessus, eut lieu le 31 Août 1930 au point dit «Win Iwaliwn» sur l’Oued « Bou Leggou » concentrique de Tarda-Tadighoust et Igoulmimn.
La France y avait engagé le régiment de légion Brenckle, le 33é Goum avec le lieutenant Jean Emile Boulet Desbareau, le 5è régiment de tirailleurs sénégalais, le 77ème régiment d’aviation avec le capitaine Paul Marie Boelants et quatre escadrilles commandées par le capitaine Robert Henri Dauphinet et enfin un bataillon de « partisans » commandé par le capitaine des affaires indigènes Pierre Gaulis.
Malgré le nombre, la puissance et la supériorité logistique de la machinerie de guerre de l’ennemi, les Aït Marghad, forts du pacte de Tada passé entre toutes les fractions, se sont rendus auprès de leur thaumaturge vénéré Moulay Abdallah, Chef du très haut lieu de pèlerinage situé à Mou en vue de renouveler, par le geste et la parole les liens sacrés de solidarité, institués par Tada.
Ce fait autorise à croire que les Aït Marghad sont devenus un et indissolubles. Ils ont tous prêté serment de mettre l’ennemi en déroute quels qu’en soient le prix et les sacrifices.
La France avait concentré son corps expéditionnaire à Tarda devenue également le quartier général logistique de toutes les forces qui devaient être engagées pour la « pacification » de la vallée du ghriss.
Disposées en ordre de bataille, toutes ces forces s’ébranlèrent vers Igoulmimn.
Profitant de l’effet de surprise les résistants Aït Marghad prirent l’initiative de l’opération et ouvrirent un feu nourri sur les colonnes ennemies au niveau de « Win Iwaliwn » en clamant en chœur et d’une seule voix :
Dieu est plus grand ; en avant au martyre.
La surprise avait entièrement joué en faveur des résistants car le corps expéditionnaire français ne pouvait pas s’attendre à une embuscade sur un terrain plat et découvert comme celui qui s’étend de Ksar-Es-Souk à la vallée du ghriss.
Aucune montagne, aucune colline à part ce petit torrent de Bou Leggou qui, aux yeux des stratèges français, n’offrait pas suffisamment d’opportunités topographiques pour tendre une embuscade et a fortiori une attaque à découvert.
Or les moujahidines (résistants) avaient précisément su exploiter ce peu de garanties de la configuration topographique naturelle pour faire jouer au maximum l’effet de surprise.
Les phalanges de résistants s’étaient réparties en trois formations.
La première devait accrocher en diversion l’avant garde de l’ennemi au Sud de « Win Iwaliwn ».
La deuxième, la plus importante, avait pour mission d’attaquer par derrière le corps central en y concentrant le maximum de sa puissance de feu.
La troisième devait récupérer le butin et assurer l’approvisionnement des deux premières. C’était, en quelque sorte, une formation de logistique.
Cette manœuvre digne des plus grandes stratégies des armées modernes, avait donné ses fruits et l’ennemi avait été complètement désarçonné par le déluge de feu qui s’était abattu sur lui.
Prises de court les forces françaises n’eurent pas le temps de riposter.
C’est la débandade.
Plusieurs Officiers, dont le Lieutenant Xavier François Chauvin, furent tués. L’ordre était donné de battre en retraite.
Les résistants s’emparèrent d’un butin très important d’armes, de munitions, de vivres et de montures «mulets et chevaux» et poursuivirent les troupes françaises dans leur retraite en leur infligeant des dégâts immenses.
La bataille n’a pas duré plus de cinq heures.
Toutefois l’état major avancé des troupes ennemies eut dû mobiliser toute son énergie pour enrayer la progression des milices amazighes.
Cette action n’eut pu être menée à bien qu’au prix d’une barrière étanche dressée, en l’occurrence, contre les incursions des commandos aguerris des Aït Marghad. On fit alors appel à l’aviation. Promptement, l’arme redoutable venant de l’air était aussitôt intervenue et a pu couvrir les arrières des fuyards et faire s’effriter les assauts des résistants.
L’enthousiasme des premières heures s’émoussa et fit place à la lassitude, à la prostration et la torpeur... puis à l’effondrement…
L’armée française reprit l’avantage entier le lendemain et fit mouvement vers Igoulmimn, en réduisant les dernières poches de résistance, et déclencha l’exode des Ait Marghad vers Saghro aux cotés des Ait Atta dont ils furent les compagnons d’arme.

 

 

TAMAZIGHT
(Par Moha KHETTOUCH, Dubai)

Tamazight
Est le cri
Qui m'a blessé
Elle est
Le dictame
De ma blessure
Elle hurle :
Ton âme
Est délaissée
Et ta détresse
Latente,
Vive et sûre
Tamazight
Est la chose
Qui me déchire
Elle est l'aurore
De mes renoncements
L'esprit et l'âme
Que retire
Le départ
A l'haleine
Des amants.
Elle est raison
Et innocence
Elle est essence
Et substance
Elle est la houle
Des océans.
Avec elle
Je traverse
L’espace.
Sur moi
Elle laisse
Des traces De la présence
Quand je suis absent.
Dubai 11 juillet 2005

LE VAGUE A L 'AME: LOIN DE GHRISS
(Par Moha KHETTOUCH, Dubai)

Bohémien des chemins,
Cavalier des hasards
Ma joie s’épanouit
Au fil des galopades…
Les sentes
Tortueuses,
Les ruisseaux
Bourdonnants,
Les palmiers
Où niche le vent
Dans les vallées
Du Gheris
Aiguisent ma soif
D’errance
Sans jamais
L’apaiser…


J’aime saluer
L’aube
Sur les rochers
Abrupts d’aghimbo
Où la fleur
Opaline
Est voisine
Du vertige…
Et, le soir, je noie
Mon ombre
Des silences
Dans les fonds
Tapissés
Des thalwegs
Profonds…d’assif
Je connais
Sur les pentes
Des pitons chevelus
Des coins
Sauvages
Où naissent
Des gerbes
D’asphodèles…de magamane
Et sur le dos
Fleuri
Des collines
De lavande
Des touffes
Où l’alouette
Dépose
Ses œufs roux…
Quand
Le sommeil apaise
Ma folie
Des futaies
J’emporte
Un trésor
Renouvelé
Toujours
Qui n’est que
Le prélude
Des lendemains
Fougueux…j’aime gheriss
Plus que tout.


Dubai le 29 juin 2005

 

BAYBI, LFALL : UN LEGS DANS L'AHIDOUSS AU SUD-SUD (Par Zaid OUCHNA)

Ahidous, cette gavotte collective qui s'y prend à l’occasion des festivités officiant des hyménées ou des mariages est une danse qui spécifie Imazighen un peu partout au Maroc. Une manie musicale plus riche et plus vibrante car elle est très bien élaborée bien qu’elle ne soit pas régie par des données théoriques. Elle est non seulement diversifiée ; mais aussi elle définit des groupes et des régions bien distinctes. Le mysticisme de l’exercice de ses rites et de ses rythmes se transmuent et se modifient légèrement selon la géographie et l’espace. C’est un rituel qui se transmet oralement de génération en génération et ou dodine le quotidien d’une vie artistique très intense en poésie chantée, ondoyée, voire dansée. Sa pratique dans l’isolement à travers le temps a provoqué, dans certains cas, des débâcles de la norme première de cette tradition séculaire. Mais dans d’autres, la force de l’usage répand bien des indices véhiculés par des syntagmes et des aphorismes qui restent incompréhensibles pour nous, les ultimes des communs !
Au sud-est du Maroc l’Ahidous des Ayet Merghad et des Ayet Hdiddou, dont la pratique de ses multiples figures reste tout de même non médiatisée et donc très mal connu par le publique, confine bien des choses non démêlées. J’en conviens, il y’en a d’autres Ihidas, de la même région ou ailleurs, qui ne sont pas vraiment connus des Imazighen qu’autant des autres. C’est pourquoi j’ai pensé qu’un état des lieux s’impose ici, ne serait ce que pour l’abondance en verbe et de créativité en littérature Amazighe.

Il s’agit ici de dépeindre quelques lieds de ce dit Ahidous qui présente des particularités, peut être peu commodes, singulièrement :
- Baybi
- Bayyada
- lfall
Ces vers chantés en l’honneur d’Islan (des mariés) avant des séances d’Ahidous et dans une mélopée, le moins que l’on puisse dire est un véritable envoûtement, dont le sacré est étroitement lié au profane, cachent bien des choses qui restent toujours non élucidé. L’écho conséquent du résonnant s’entend de solides chantres qui les ont fait. S’il y a des musiques dites sacrées, celle-ci en fait bel et bien partie intégrante dans ses répertoires. C’est une récitation polymorphe et complexe de vœux et d’appels à l’immémorial. De ce que nous retenons, par la force de l’usage, c’est qu’il s’agit ici d’un orémus émis d’abord à Baybi puis à « Bayyada » pour la prospérité du couple du jour ! Le symbolisme des vers (voire ci-dessous) confirme cette approche acquise par la voie de la tradition. Mais, d’autres questions interpellent la curiosité de tout un chacun. Pour exemple :
Que signifie au doigt et à l’œil le mot Baybi ? C’est qui Bayyada ? Que signifie «Lfall ?

Pour comprendre ces trois chants d’appel, différends par leur intonation ou mélodie, il faudrait respecter la suite chronologique de l’exercice. C’est à dire commencer par Baybi qui fait effet de référence à « bayyada » et puis terminer par Lfall qui implore l’absent ! Selon beaucoup de témoignages, gravés par la mémoire collective et transmise par voie orale, Baybi est le nom d’un auguste ancêtre Amazigh. Il serait non seulement un exégète ; mais également un emblème qui a pu consolider les rangs de son peuple. On dit qu’il a été trahi, puis assassiné par la recommandation d’un roi arabe à fin de casser les repères de la population dans l’intention de la faire disséminer, la politique de diviser pour régner oblige ! Les conditions qui ont entraîné son mauvais coup étaient d’une sauvagerie extrême. On dit que sa tête figeait des laves de sang, qui auraient sillonné le long de son corps de chaque coté, jusqu’à ce qu’il s'écroule inanimé par terre. Selon les commémorations transmises, les Ayet Merghad et les Ayet Hdiddou avaient blasphémé de porter son deuil tout le temps pour le faire passer à la prospérité. C’est pourquoi les femmes Isett Hdiddou et les Isett Merghad se drapent d’un Abizar sillonné du rouge sang - le sang de Baybi - et du noir en signe du deuil. La femme, la gardienne par éminence de la tradition, accompagne toujours dans son nouveau foyer cet Abizar qui a pour elle une signification et une valeur incommensurable ; mais cela est une autre paire de manche...
Les hommes quant à eux, avant chaque séance d’Ahidous, ils font référence à Baybi d’abord. Ils lui rendent hommage, ils le sollicitent et puis ils lancent des médisances de douleur ; c’est à dire des « Hay, Hay » pour ne jamais oublier Baybi.

Baybi :

A baybi, a baybi !
Keyy ay mi grigh taghuri
A baybi, a baybi
Hayy, hayy ! A wi hayy, hayy !

Keyyin d amezwaru a baybi !
Keyy ay mi neqqar i ger-i taduli
A baybi !
Ad ak-âwdegh a baybi taguri
A baybi !
Ih awi hay, hay,hay !


Puis ils enchaînent, mais dans un autre balancement, par l’invocation de « Bayyada » pour grappiller le rituel chant de « Lfall ». Selon des témoignages recueillis auprès des chantres âgés, auprès des initiés activistes du terrain et à mon sens en tant qu’héritier de cette tradition, il n’y a pas dans la liste des noms le terme « Bayyada ». C’est pourquoi la piste d’un mot composé est privilégiée. En explorant les Amawal Amazighs (les dictionnaires), il y a une possibilité de déchiqueter son véritable sens à condition d’inclure la complainte précédente ; c’est à dire Baybi. Je ne prétends pas par contre, apporter ici une variante définitive ; mais seulement une tentative qui servirait peut être d’ouvroir au travail d’un marteau plus pointu.
Selon cette version donc, le terme « Bayyada » serait alors la composition de trois mots distincts dont :
- le verbe BA ou IBA (les deux), signifie selon l’Amawal : perte de, disparition de
- le nom AYYAD veut dire(d’après Amawal) : écouteur, contemple
- le démonstratif A est largement connu

Bayyada s’écrirait convenablement par : Ba ayyad-a ; il donnerait en français : la perte de cet écouteur ou la disparition de cet écouteur. Le démonstratif A (cet), oriente à l’appel précédent, c’est à dire à Baybi. Donc, l’écouteur ou Ayyad serait vraisemblablement Baybi.

Lfall, chanté dans un souffle mystique exceptionnel, est un appel nous l’avons dit, à la prospérité de la vie des mariés ( islan). Sa pratique remonte loin dans des gouffres des âges car ses vers chantés sont un amalgame de rites et de croyances, conformément aux cycles des incursions. Il véhicule, à lui seul, bien des antinomies culturelles qui méritent une étude particulière.
Si l’on se réfère au dictionnaire, la racine du syntagme « Lfall » a subit une modification en lui-même. L’article « L » du début, qui est un empreint le confirme. En effet, il nous explique déjà les sens suivant :
Sfilew veut dire : émettre un vœux (un vœux pieux), ce qui est dans le sens du contexte, et qui montre que l’article « L » inféré a disparu. Nous en concluons qu’un rapprochement avec le sens arabe du mot est exclu.
Il y a le sens des autres verbes, mais de la même racine, qui incitent encore à un autre volet de la conjoncture, dont :
- Efel, signifiant : couvert (d’un toit)
- Sfel : se couvrir d’un toit.
Ce qui laisse à croire qu’on fait appel par le dit « Lfall » à une couverture tout court pour les nouveaux mariés, en implorant l’absent ! Une version qui trouve ses jalons dans l’indication donnée par le sens du récit ci-dessous.

Lfall n Isli

A ba ayyad-a, a ba ayyad-a !

A k-isney rebbi tanaka
N lanbya negh tin siyyadna Muhemd
Ayed iâezzan , a wenna igan tssabub
I yayt uhidus a wenna igan tsa...
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a !

Innew a wa, i saâed a rebbi i waddegh
Ighweman, tgim-as adu-nnes
D amm win ildjigen
Ildjigen n teghebula
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a !

Ad ihdu rebbi tawengimet
A ki-tdaâe a rasul llah d amezwaru
A ki-tdaâe, a bayyada
A ba ayyad-a !

Wenna isebbeben a yafrah
A ken-i-d-ngulu,
A k-igg mulana
D aghbalu ikerrzen akal
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a !


L fall n teslitt

A ba ayyad-a, a ba ayyad-a !
I suttegh-am lfall ad igg
Amm yat ddilit ur ilkim ufus
Ad tger ifer iâezzan
Ad as-telkemd a yazur i waghbalu
Ad as-telkemd
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a !

Ihurma-kwen a yiggurramen
Ittuzurnin, ula win Fas, ula win dra
Ula azaghar, ad am-d-awin
A taghurramet ssaâed izilen
Ad am-d-awin
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a !

A rebbi sdumett
Ad ur ttales i wazdugh
A rebbi sdumet
A ba ayyad-a, a ba yyad-a !

A rebbi lfall n kuyuwen
Ad igg mayed ran,
Ad igg mayed ran
A ba ayyad-a, a bayyada !


Izlan n lfall :

Suttegh-am lfall ad am-izwur rebbi
A tislitt igg-am aduku d bu yirban

Lfall-nnem a tislitt d winna s teddamet
Ad igg aghbalu ikerrezen ar issewa lasel

Saâed a rebbi i tgwerramet tawenza-nnes
Tked-as icirran d lman ad as-idumen’

IZERF EST TOUJOURS D'IMMUNISATION! (Par Zaid OUCHNA)

Quand un différent se manifeste entre deux belligérants, dans le parage de Goulmima au sud-est du Maroc, l’une des deux parties porte plainte auprès du tribunal local. Une des pratiques des plus usuelles me diriez-vous ?
L’interrogation de déficience, c’est de se dire de quel tribunal s’agit-il ? La réponse nous professe bien des choses qui ne manque pas d’intérêt !
Après une quotité de jours du dépôt de la plainte, ici les gens postulent par habitude d’après le jour de « LMEGLIS », qui signifie dans la réalité vécue au quotidien et en dehors de tout culbute linguistique : l’assemblée du jury. Il est régit que cette assemblée aie lieu une fois par semaine dans chaque commune de la vallée qui contient : Goulmima, Tadighoust, Tinjdad, Ayet Hani et Imi n Lchil ou Assoul.
C’est quoi un jury ici ? Qui le compose ?
Prenons le cas de Goulmima centre, un jury est une commission, occasionnelle, composée de sept « 7 » personnes, de nature ordinaire, mais réputés par leur sérieux et par leur honnêteté. Ils sont choisis, selon les règles d’une parfaite démocratie, par les membres de Tansibt « lejmaât » de chaque Ighrem (le bourg). Ces derniers sont eux-mêmes élus, selon leurs compétences et selon le degré de leur respect des valeurs, par les citoyens. Nous relevons donc, que pour être membre d’un jury, il faudrait au préalable convaincre toute une structure sociale par sa propre conduite.
Quelle est la fonction des membres d’un jury ?
Les membres d’un jury, à l’image d’une assise des tribunaux américains, écoutent attentivement des plaintes et des accusations des uns, mais aussi des défenses et des contrevérités des autres. Ils n’ont droit de poser aucune question, mais ils épient, calmement, chaque geste, chaque preuve chaque démonstration et chaque argument. Ils se fient uniquement mais seulement à leur propre conscience pour se délibérer des verdicts.
Quant au président de l’assise, lui, il n’a droit qu’à l’animation et à la mise en ordre de l’enchaînement des débats. D’ailleurs, lui –même est issu et choisi par les membres du juré, sauf pour la période allant de 1936 à 1956 ou il était, tout le temps, de nationalité française.
Il est à noter, également, que les membres d’un jury étaient assujettis à l’aval des plaignants ou autres des accusés. Sur une réserve émise par l’une des parties des belligérants sur un membre du jury, pour une raison recevable tel un lien de parenté ou autre ; le dit membre n’est plus accepté pour l’affaire en question !
Aujourd’hui, même si la dénomination reste d’usage, les citoyens mettent leur sort entre les mains d’un fonctionnaire «nommé », responsable de rendre des jugements. Les valeurs s’estampent et la norme s’implante !

UNE OASIS DE TOLERANCE : GOULMIMA (Par Moha ou Ali KHETTOUCH)

Cette vallée édénique est un hymne à l'harmonie
Deci le vert, delà l'ocre, plantes et néant communient
Mes lamentations amères brisent le mutisme de la nuit
Placide, je guette l'aube pour tarir mes ennuis
L'aurore poind alors à l'horizon épanoui
Majestueux, les phœnix en les cimes nous sourirent
Bienfaisante et atavique, l'onde appelle les souvenirs
Le soleil, condescendant en canicule suffocante
Règne, railleur, narquois dans sa cimaise éclatante
A la sorgue, la beauté du firmament est sans pareille
La céphéide, les comètes ; toutes égayent et émerveillent
La candeur se lisait, limpide, au coup d'œil
L'obligeance accueillait à travers tous les seuils
Des masures qui à nos yeux, étaient de beaux châteaux
Car nous sommes tous embarqués sur le même radeau
Nous tous en grands vaillants, défions les calamités
Nous tous, en téméraires, avions bravé l'adversité
Amazighe et Yiddish baignaient dans la concorde
Les âmes dans les cultes échangent et s'accordent
Chacun a son viatique mais Dieu seul est unique
Singulière est la façon mais la même est l'harmonique
A Pâques nous célébrions l'anniversaire de l'exode
Sa convivialité nous rapproche et nous accommode
Dans leur communauté , on consacrait la Pessah
Chez nous c'était les fêtes et frairies d'Achourah.
Les liturgies s'élèvent des mosquées et des temples
Le fquih et le rabbin s'agréent et font exemples
Chacun, parmi les siens, répandait la tolérance
Les rites et rituels s'acquittaient sans violence
En chœur, nous psalmodions les symphonies virginales
La probité s'insinue dans nos vertus cardinales
Laudateurs et sycophantes se plièrent à la raison
Nous, tous, nous résignions aux normes des quatre saisons.


WIN IWALIWN ( Par Moha ou Ali KHETTOUCH )


La bataille évoquée ci-dessus, eut lieu le 31 Août 1930 au point dit «Win Iwaliwn» sur l’Oued « Bou Leggou » concentrique de Tarda-Tadighoust et Igoulmimn.

La France y avait engagé le régiment de légion Brenckle, le 33é Goum avec le lieutenant Jean Emile Boulet Desbareau, le 5è régiment de tirailleurs sénégalais, le 77ème régiment d’aviation avec le capitaine Paul Marie Boelants et quatre escadrilles commandées par le capitaine Robert Henri Dauphinet et enfin un bataillon de « partisans » commandé par le capitaine des affaires indigènes Pierre Gaulis.

Malgré le nombre, la puissance et la supériorité logistique de la machinerie de guerre de l’ennemi, les Aït Marghad, forts du pacte de Tada passé entre toutes les fractions, se sont rendus auprès de leur thaumaturge vénéré Moulay Abdallah, Chef du très haut lieu de pèlerinage situé à Mou en vue de renouveler, par le geste et la parole les liens sacrés de solidarité, institués par Tada.

Ce fait autorise à croire que les Aït Marghad sont devenus un et indissolubles. Ils ont tous prêté serment de mettre l’ennemi en déroute quels qu’en soient le prix et les sacrifices.

La France avait concentré son corps expéditionnaire à Tarda devenue également le quartier général logistique de toutes les forces qui devaient être engagées pour la « pacification » de la vallée du ghériss.

Disposées en ordre de bataille, toutes ces forces s’ébranlèrent vers Igoulmimn.

Profitant de l’effet de surprise les résistants Aït Marghad prirent l’initiative de l’opération et ouvrirent un feu nourri sur les colonnes ennemies au niveau de « Win Iwaliwn » en clamant en chœur et d’une seule voix :

Dieu est plus grand ; en avant au martyre.

La surprise avait entièrement joué en faveur des résistants car le corps expéditionnaire français ne pouvait pas s’attendre à une embuscade sur un terrain plat et découvert comme celui qui s’étend de Ksar-Es-Souk à la vallée du ghériss.

Aucune montagne, aucune colline à part ce petit torrent de Bou Leggou qui, aux yeux des stratèges français, n’offrait pas suffisamment d’opportunités topographiques pour tendre une embuscade et a fortiori une attaque à découvert.

Or les moujahidines (résistants) avaient précisément su exploiter ce peu de garanties de la configuration topographique naturelle pour faire jouer au maximum l’effet de surprise.

Les phalanges de résistants s’étaient réparties en trois formations.

La première devait accrocher en diversion l’avant garde de l’ennemi au Sud de « Win Iwaliwn ».

La deuxième, la plus importante, avait pour mission d’attaquer par derrière le corps central en y concentrant le maximum de sa puissance de feu.

La troisième devait récupérer le butin et assurer l’approvisionnement des deux premières. C’était, en quelque sorte, une formation de logistique.

Cette manœuvre digne des plus grandes stratègies des armées modernes, avait donné ses fruits et l’ennemi avait été complètement désarçonné par le déluge de feu qui s’était abattu sur lui.

Prises de court les forces françaises n’eurent pas le temps de riposter.

C’est la débandade.

Plusieurs Officiers, dont le Lieutenant Xavier François Chauvin, furent tués. L’ordre était donné de battre en retraite.

Les résistants s’emparèrent d’un butin très important d’armes, de munitions, de vivres et de montures «mulets et chevaux» et poursuivirent les troupes françaises dans leur retraite en leur infligeant des dégâts immenses.

La bataille n’a pas duré plus de cinq heures.

Toutefois l’état major avancé des troupes ennemies eut dû mobiliser toute son énergie pour enrayer la progression des milices amazighes.

Cette action n’eut pu être menée à bien qu’au prix d’une barrière étanche dressée, en l’occurrence, contre les incursions des commandos aguerris des Aït Marghad.

On fit alors appel à l’aviation.

Promptement, l’arme redoutable venant de l’air était aussitôt intervenue et a pu couvrir les arrières des fuyards et faire s’effriter les assauts des résistants.

L’enthousiasme des premières heures s’émoussa et fit place à la lassitude, à la prostration et la torpeur... puis à l’effondrement…

L’armée française reprit l’avantage entier le lendemain et fit mouvement vers Igoulmimn, en réduisant les dernières poches de résistance.

 

Aghrum n'wammas (galettes farcies)

Par: Jamila BERJAOUI


I) Les ingrédients
la pâte:
-750 g de farine
-250g de farine de blé dur
-sel selon chaque goût
-un peu de levure de boulanger diluée dans un peu d'eau tiède.

II) La farce:
- 250g de viande de veau hachée
-100g de graisse de reins
-2oignons bien émincés
-2carottes ..................
-un bouquet de persil haché
-une branche de basilic
-1 cuiller à café de cumin
-1 cuiller à café de paprika
-......................de poivre
-1 petite tasse d'huile
-un peu de safran(kurkum)

III) la préparation:
-Dans un récipient on met les deus farines +sel+ levure de boulanger et on mélange le tout avec un peu d'eau tiède jusqu'a ce que la pâte soit lisse .
-On la fait bien pétrir ,on en fait des petites boules(la taille d'une orange ).
-Puis on les recouvre d' un tissu et on les laisses reposer 10mn.
-On fait dorer les oignons émincés à l'huile dans une poêle à feu doux ,on ajoute le persil ,la graisse ,la viande hachée ,les carottes émincées, les épices et on laisse le tout mijoter pour un bref moment puis laisser refroidir.
-Dans une table huilée étaler les boules de pâte et garnir les cercles de farce ,recouvrir avec les cercles de patte restants ,presser avec la mains les bords pour les souder l'un à l'autre ,les aplatir en galettes qu'on badigeonne avec des oeufs
-Les enfourner dans une plaque bien huilée
-laisser cuir pour une demi heure environ jusqu'à ce que les deux faces soient bien dorées de chaleur.

Bon appétit à tous

 

Ttajin n lkhudert g Ghris (Le tajine de légumes)

Par: Jamila BERJAOUI



I)Les ingrédients

-1 kg de viande de veau ou d'agneau.( moins ou plus ça dépend du volume du tajine)
-1 verre à thé d'huile d'olive et végetale
- 1 sachet de safran colorant et du safran pur
-1/2 cuiller à café de gingembre
-.1/2...........................de poivre
-1/4.......................de paprika
-1bouquet de coriande et de persil
-1/2 kg d'oignons
-1/2kg de carotes
-1/4kg de navets
-1/4 kg de tomates
-200g de pommes de terres
-1/4 de courgettes
-2 poivrons piquants(facultatif.)
-250g d'olives rouges
-2 ails

II) Préparation:
-Couper la viande en cinq ou six morceaux
-Couper les légumes en morceaux longs pour en faire avec la viande une sorte de coupole
-Couper les oignons en 4,en lamelles
-Les tomates en rondelles
-Mettre la viande dans le tajine puis verser dessus l'huile et laisser sur le feu pendant 1/4 d'heure.
-Ajouter l'oignon ,le safran et un peu de sel.
-laisser dorer 10mn puis ajouter carottes,navets,courgettes,pommes de terre et enfin le bouquet et l'ail rapé.
-remplir un petit bol d'eau chaude et y mélanger les épices restantes puis verser sur tous les légumes.
-laisser sur un petit feu jusqu'a ce que la viande et les légumes soient bien cuits.
-ajouter vers la fin des fins les olives rouges .

Un vrai délice!! Des doigts et du pain sans fourchettes!!!! Tanemmirt

-ps:N'oubliez pas de temps en temps d'ajouter un peu d'eau chaude si c'est nécessaire.

Amnay en quête d’édition Amazighe

Par: Zaid ouchna


Après maintes années de lutte sur le terrain, Amnay s’est résigné à sa concupiscence première: l’écriture. Les menstrues respectables de la transcription de la langue Tamazighet sont désormais choses acquises eu égard à l’orthographe et à la grammaire. Beaucoup d’applications se présentaient à lui:

-Il y a eu d’abord la translittération de tout ce qui est oral, observation faite à la poésie, Izlan, Tagezzumet ou le conte.

-Il y a aussi des récits romanciers, des mémoires vraies et des histoires drôles.

-Il y a aussi l’option de l’inspiration dans le roman et la tragédie en général.

Amnay s’est remis à l’évidence en éclorant d’abord par écrit ce qui est verbal. Au contact avec la productivité des autres Imazighen, il a remonté le temps à plus d’un siècle auparavant. Cela évidement nécessitait un travail de fourmi et sans relâche. Il fallait à tout prix transhumer quelque temps dans les montagnes et les déserts loin des zones infectées pour espérer dénicher un style Amazigh dit «propre». Les efforts ne sont pas insignifiants car la découverte fut d’une extraordinaire richesse dans des compétences diverses à savoir la littérature, la poésie, les nouvelles... etc.

La portion est alléchante; c’est une dissertation écrite en Tamazighet, il est vrai à connotation sensible au parlée du sud-est, et mis sur des disquettes et des CD. Après contention, légère en apparence, mais aussi après arrangement et organisation, il en ressort en gros trois missels.

1- le premier est une collecte de poésies Amazighe en générale c’est à dire: Tamedyazet, Tagezzumet, Izlan... etc. durant la période allant de 1908 à l’an 2000.

2- Le deuxième est un récit mémoires vrai d’une figure emblématique de la région du sud-est et aussi symbole de toute une peuplade.

3- Le troisième est un recueil des histoires drôles mais intelligentes de l’Amazigh des hautes scènes.

Amnay mets tout le paquet en imprimant ses écrits sur papiers et arrange les trois futurs ouvrages par des reliures et protégés par du plastique. La présentation dans le fond comme dans la forme semble être parfaite.

Convaincu d’avoir accompli un travail fécond, Amnay vante la qualité de son désormais «produit». Il savait que le milieu le plus adjacent est d’une sonnette nihiliste et archaïque, mais il pêchait l’écho. Les réactions justement ne se font pas attendre. Elles sont bien entendues dissemblables, tantôt elles sont mesquines, tantôt elles sont infestantes et tantôt elles sont réconfortantes. C’est selon la position des idées reçues au préalable. Pour exemple citons en quelques-unes :

«- ce n’est pas par Izlan de Sakkou et consort qu’on va défendre Tamazighet !» Ou encore: «Imazighen qui écrivent, sont ceux qui font les yeux doux à l’IRCAM!». Amnay lui, connaissait le bourrage de ceux qui piétinent le labeur pour signifier aux autres qu’ils sont les maîtres à penser à bord du bavardage sans pratique. Rien donc ne gène!

Deux mois plu tard, il décida alors de remettre son petit sac à l’épaule et se porter à la recherche d’un éditeur qui veuille bien accepter de publier en Tamazighet. La prédilection du bus s’impose et la destination de Meknes également. En cour de route et plus précisément à Errachidia, il croisa un compagnon de champs qui chevauche dans le même bus mais pas pour la même direction: c’est Dakar. Tout en sourire comme à son habitude il criait:

- Azul Amnay!

Amnay: - Azul Dakar, en voilà une surprise!

Dakar:- Oui, je vais à Bni Mellal via la N33. Et toi, tu vas ou?

Amnay: C’est une bonne question mais je n’ai pas de bonne réponse!

Dakar se taisait un moment et disait: - Je vois! C’est encore ces rencontres qui ne tirent qu’avec des balles à blanc et qui ne répondent jamais aux vraies attentes. Pourquoi Tu Ne Veux Pas Admettre Que les Lâches Qui Nous Regardaient Dans Les Trous Des Serrures Aux Temps Ou Nous Frôlions La Perpétuité Sont Devenus Des Amateurs À Tout Gâcher?

Amnay: je suis d’accord avec toi sur ce point seulement. Pour le reste ce n’est pas l’objet de mon voyage.

Il l’informa sur le but de son périple. Dakar est convaincu de l’importance vitale de ce genre de travail et change du bus pour sa destination à Zaida.

Dans un espoir tempéré, Amnay reprend son chemin seul, inconnu et assidûment tête baissée comme à son accoutumance en direction de Meknes. Une énorme vague d’idées variées dans la subjectivité lui rangent ses pensées. «En effet, il y a de quoi fondre une montagne» bourdonna-t-il; mais il sait que sa détermination sort du lot: la mentalité de pampa dira l’autre! Absorbé, il n’a donc pas pu admirer un paysage par lequel il vient de passer. Pourtant l’alchimie du site de Ayet Oufella, celui de Hjiret ou alors celui de Itto à Azrou est captive à plus d’un titre. A l’entrée de la ville de Meknes, il téléphona à Itij qui l’attendait à Sidi Bouzekri, un quartier de la ville. Au croisé des regards il lui lançait : -Azul Itij?

Itij :-Azul Amnay!

Amnay: Da tteddu? (Ça va ?)

Itij: da tteddu! Ansuf-ik (bien venue).

Après avoir repris le souffle, Itij l’invita à manger et à boire quelque chose. Il déclina l’invitation sous prétexte qu’il a déjà manger à Zaida le kefta saignante d’agneau.

Itij rétorqua: «- alors tu vas boire quand même quelque chose car tu ramènes avec toi la soif du désert!». Il y avait au menu également l’échange d’informations sur les nouveautés des activités et des manifestations dans le champ culturel Amazigh à la manière chère au vieux routier qui l’appelait à raison d’ailleurs: « kis-kis.» Puis Amnay demanda à Itij: «dis-moi, tu ne sais pas par hasard s’il y a un éditeur ici à Meknes qui pourrait éditer en Tamazighet?»

Itij: «Non! Je sais par contre qu’ici, on parle beaucoup et cela semble être suffisant!»

Le lendemain matin, Amnay téléphona à Amghar qui de l’autre bout lui disait:

«- Azul, tu es ou?

Amnay: Je suis à Méknes et j’aimerai te voir.

Amghar: Moi aussi, passe me voir au bureau à 11h30 ?».

Entre temps, Amnay téléphona à Moha, un ami à lui mais aussi un approchant. Ils ont pris un abouchement pour midi et demi à la maison de l’habitant de cette ville. En attendant ses rendez-vous indiqués, il licha un café à Hamriya et fait le tour de la presse dite «marocaine» mais en réalité celle de quelques villes seulement. C’est toujours le même discours, les mêmes figures et la même propagande. Rien ou presque n’est plus étonnant, l’hypnotisation des perceptions est toujours d’usage. Le volte-face ne pointe toujours pas à l’horizon!

Vers l’heure indiquée auparavant, il se présenta à la réception du bureau d’Amghar. La secrétaire est au courant et le pria de patienter quelques petites minutes le temps que le Monsieur soit disponible. Quarante minutes plus tard, Amnay est enfin invité à se présenter. Du fond d’une grande table, Amghar lui lançait: « - Azul amnay!

Amnay: Azul Amghar!

Amghar: En voilà que tu t’es noyé un temps dans ton oasis?

Amnay: Dans notre oasis tu veux dire!

Amghar: Qu’as-tu fait de si bon durant tout ce temps là-bas?

Amnay: Je me suis occupé à la récupération de notre mémoire à nous tous car elle était en déperdition. Il fallait bien que quelqu’un s’en charge, enfin un fou comme moi!

Amghar laissa tomber le stylo, enleva ses lunettes, s’approcha d’amnay et dit: «mets-moi dans le bain pour que je puisse te suivre?

L’autre lui raconta le but de sa visite. Après un silence, Amghar répliqua:

-abstraction faite de nos méthodes différentes, j’ai toujours admiré tes idées et ton savoir-faire. Je suis aux anges rien qu’à l’idée que nous en sommes là. Je vais te régenter bien sûr aux milieux que je connaisse, mais je crois que tu n’es pas à bout de tes peines. J’ai bien peur que c’est à toi de tout faire; c’est à dire avoir des idées utiles, les bien écrire en Tamazighet, de taper l’écrit sur P.C., de faire la mise en page, de faire ta propre correction, de payer l’imprimerie, de faire la distribution toi-même, de faire la publicité qui s’impose et pour terminer de commercialiser le produit!

Amnay: tout cela pour un seul homme!

Amghar: Avec beaucoup de regrets: oui!

Pour se retirer, Amnay pria poliment son interlocuteur de l’excuser parce qu’il avait un abouchement avec Moha après avoir quand même pris contacte avec deux éditeurs à Rabat.

Avant d’arriver à la maison de Moha, Amnay remémore l’Izli de la situation:

*Addag sennedegh ad ur i-teqqarem

Hat ixwa wafud ad s ur nkiregh

*Ne m’appelez pas quand je me repose

Je ne me révolte pas car je n’ai pas de sève!

Amnay se rend chez Moha qui l’abordait avec beaucoup de chaleur. Après des révérences fleuves habituelles ou on demandait d’après tout le monde, même d’après des chèvres et des moutons, le repas est servi. Moha reprocha à Amnay de ne pas bien manger. Il lui ajoutait: « - Je ne sais pas ce qui t’arrive, mais sache que tu prends garde à la place des gens qui ne le mérite même pas!

Amnay: laisse tomber; je ne stigmate la place à personne! Certes, je suis inquiet de ce que je perçois et voilà tout.

Moha: Bon, maintenant repose-toi, moi je vais au bureau, j’appellerai de là Hemmou, et après 17 h nous prendrons ensemble la route d’Agouray.»

Amnay lui fait alors part de but de son périple. Moha lui disait:

« - c’est bien! Allons donc au bureau et nous appellerons tous les éditeurs qui puissent exister».

Dans le bureau, les appels fusent à Rabat, à Casa et même à Marrakech. La majorité des personnes contactées sont unanime et avaient presque les mêmes points des réponses à la question. Ils disaient tous, soit que la publication en Tamazighet est un fait nouveau pour eux, soit ils ont une peur bleue des distributeurs qui même payés d’avance ils font tout pour abîmer les ventes! Dans certains cas à Rabat ou à Fès, les libraires ne montrent pas aux clients les publications Amazighes. Ils renvoient carrément les éditions dans leur emballage d’origine à l’expéditeur ou alors ils les enfuient dans des tiroirs sous les tables pour les refouler ensuite dans la liste des invendus! Parfois il y a pire, beaucoup d’auteurs qui ont payé de leurs propres poches leurs publications n’ont pas pu à ce jour récupéré juste ce qu’ils ont donné! Tout le monde sait qui contrôle les media, tout le monde sait qui censure la distribution et tout le monde éprouve la raison du pourquoi? C’est un engrenage digne de celui de la Gestapo qui a été mis en place voilà maintenant plusieurs années.

Lassé, Moka lance un ouf! Profond et dit: « - Tu m’as fait apprendre bien des choses aujourd’hui, je croyais que ce genre de tripotage est aboli!».

Les deux hommes quittaient l’établissement pour aller trouver l’ami Hemmou, qu’ils accompagnaient à la route d’Agouray. Moha lui raconta sa déception du jour car il n’arrivait pas à avaler le pourquoi d’empêcher un roman écrit en Tamazighet trouver sa place dans des kiosques. Hemmou, le regardait l’air calme et détendu. Amnay lui posa alors la question: « - Toi Hemmou, tu n’es pas surpris?

Hemmou: Non! Mais ce qui me surprends c’est son étonnement. Il se croit dans une démocratie!

Moha: Ils disent que nous sommes un pays démocratique!

Hemmou: Et toi Amnay c’est ce que tu penses?

Amnay: Non bien sur que non, je ne suis pas aveugle voyons?

Hemmou: Bien! Vous avez là deux mots clés: l’aveugle et la démocratie.

Moha: Comment ça deux mots clés?

Hemmou: Oui, celui qui cherche la démocratie dans les pays affiliés à l’idéologie arabo-musulmane c’est comme celui qui envoie un aveugle dans une chambre noire pour chercher un chat noir qui n’existe pas!

Amnay: le sujet est clos, parlons d’autres choses?

Hemmou: Seulement après avoir dit ceci: Imazighen ont-ils trouvé la source de leurs malheurs?

Le lendemain matin, Amnay descendra à la gare ferroviaire de Rabat. Il avait à voir deux éditeurs à Rabat ville et le centre de la gare. Auparavant, il a d’abord commencé par faire le dépôt légal de ses écrits pour les protéger de «on ne sait jamais» à la bibliothèque nationale. Il se présenta à la dame responsable et lui expliqua le but de sa pésence. Alors qu’elle remplissait ses papiers elle lui demanda:

-Dans quelle langue vous les avez écrits monsieur?

Amnay: En Tamazighet madame.

Elle s’arrêta un moment, souriait et puis disait:

-Celle de l’atlas, celle du Rif ou...?

Amnay: Madame, l’atlas est une chaîne de montagne, le Rif en est une autre et moi je vous ai parlé de la langue Tamazighet!

La dame s’excusa auprès d’Amnay, signa les papiers et les lui remet et se disculpa encore une fois.

Toujours son petit sac accroché à l’épaule, il se rend au rendez-vous du premier éditeur. Il se présenta à l’adresse indiquée, une sorte de pénates très étroites avec des bureaux qui le sont encore plus et ou se dégage une mauvaise odeur à en couper le souffle. Les présomptions ne sont pas du bon signe se disait-il!

Il s’est orienté vers une petite piaule de quelques mètres carrés et qui fait fonction du bureau de directeur. Il y avait une table deux ou trois chaises et des archives collées au mur. Il n’y a pas d’indice d’une grande maison de l’écrit!

Après le bonjour d’usage, l’éditeur1 disait:

-On m’a fait savoir que vous désirez sortir certains récits?

Amnay: Oui, c’est de cela qu’il s’agit.

L’éditeur1: Vous les avez certainement sur vous?

Amnay répond par l’affirmation et sort de son petit sac ses brochures empilées qu’il déposa soigneusement devant l’éditeur1. Ce dernier met ses lunettes et tente de lire le titre du premier ouvrage. Comme il n’arrivait pas, il demande l’aide à Amnay qui lui disait: - Asfafa n Twengiment!

L’éditeur1: Ah! J’ai compris. Je pensais que c’est un recueil traduit à l’Arabe, je ne m’attendais pas à des écrits entièrement en Tamazighet!

Amnay: Après la publication en Tamazighet; rien n’empêche de les traduire en Arabe!

L’éditeur1: Moi, je suis un commerçant avant et après tout et je ne maîtrise pas le marché de Tamazighet. Je vais vous dire une chose malheureuse, j’ai déjà des problèmes dans la vente de mes publications en langue française car elles sont à chaque fois envoyées en quantité anémique dans des régions ou elles sont quémandées.

Amnay: Autrement dit, qu’on publie en arabe si non écluse?

L’éditeur1: Je suis franchement désolé!

L’éditeur2 lui, ne fait pas beaucoup de détailles. Il est très expéditif car pour lui Tamazighet doit être écrite en caractères arabes car il y a, d’après lui, plus de lecteurs dans cette version! Il prétend que c’est le nombre des ventes qui lui ont imposé ce choix! Amnay lui expliqua qu’il connaît très bien le terrain, que ce qu’il avance n’est que le fruit des idées toutes faites et donc malles saines.

La journée touche à sa fin, Amnay transhume toujours les allées et les couloirs de Rabat, continu de sauter d’un taxi à l’autre et collectionne les déceptions. Au café de «capri c’est fini», il croisa le garant du centre de la gare. Il lui fait part de sa perspective auprès du dit centre. Le garant demanda de voir le ou les documents. Au vu des récits, qu’il feuilleta, il cariait tout sourire:

-Oui! C’est bien ça, mais il doit falloir que tu te patientes en moins une année!

Amnay: Mais pourquoi une année?

Le garant: Nous avons déjà une liste d’attente des auteurs surchargée. Parce que c’est toi, je n’ai dit qu’une seule année!

Une douche froide envoya Amnay. Il pensa alors qu’une réponse de ce genre n’est qu’une insulte à son intelligence. Pourtant, et pour débloquer la situation, il lui répliquait par l’approbation. Le garant élancé ne s’arrêta pas là, il enfonce le clou encore plus loin et dit:

- Nous, au centre nous cédons aux écrivains quelques exemplaires pour leurs droits d’auteurs.

Amnay: Bravo!! Vous au centre, vous êtes très généreux!

Les deux hommes se séparèrent avec un abouchement bidon comme convenance.

Amnay rassoit son trapu de sac à l’épaule, toujours tête décolletée comme d’habitude et revient bredouille au bercail. Il n’a eu qu’un seul enseignement: «Que Imazighen attendent à ce que leur société enfante un cadavre d’ascendance tarée»


TASSERDUNT N'ISSANDAL

(Par Moha ou Ali KHETTOUCH)


L'étalon se cabra
Dans la toile
Dans ce pré
De l'éternel été
Qui fuyait
Dans l'obscurité
De chaque arbre
Poindre une étoile.
Silhouette d'hydre
Etait peut-être
La citadelle faite
De nos secrets
Et la lueur
A travers
La fenêtre offrait
La profondeur
De la forêt.
Tournaient
En rond
Les personnages
Nobles ou laquais,
Valets ou pages
Une dame frêle,
Une seule
Vraiment
Commandait
Tous nos sentiments.
Croyait-on
Des fois
La saisir
Fuyant du rêve,
Le désir couvert,
Eclatant
De la lumière
A l'aurore
Et la fugace
Matière
La mule
Etait en nous
Et nous
Nous confions,
Calmes
En confidence.
Notre âme,
Dont nous étions
Jaloux
Cachait, discrets,
Tous nos silences
La vie nous enleva
Si sûre
Aux venelles sereines
De l'enfance
Au firmament succéda
L'azur
Et dans la nuée,
Notre innocence
Sous d'autres titres,
Protéiforme
Nous rencontrâmes,
Bien étonnés
Roi et manant
Qui sont nés
Au moment où
Les gamins s'endorment
Tel un rêve,
Ce beau monde
Comptait ses nabots
Et ses géants
Ses croyants
Et ses mécréants
Qui se tenaient
Dans notre ronde.
Dans les hameaux
Nous découvrîmes
Les palmerais,
Les masures
Et forts ruelles
Où Se dérobe
Et s'abîme
Le chérubin né
Au coup du sort
Au terminus
De la vie
Le chemin finit
Et dévie
C'est la femme
aux cheveux blancs
Qui m'attend
Ou fait semblant
Sa voix brisée,
Qui me rappelle
Sa gériatrie
Où j'entrevois
Fuir au fond
De ses prunelles
Les calembours
D'autrefois
Je sais tantôt
Que cette femme
Dissimulée
Sous un humain
Etait un être humain
Ce fut la mule
Des nécropoles.

Rabat, le 17 août 1994

 

TAMAZIRT N’GHRISS (Par Moha ou Ali KHETTOUCH)
Il est des choses
Acquises
Au-dessus
De l’oubli
L’amnésie
N’y peut rien,
La mémoire
Se plie
Il est des choses
Innées
Qui s’incrustent
Où le temps
Ne se sent,
Ne se voit,
Ne s’entend
Où l’habitude
S’érige
Et devient
Maîtresse
Où l’usure
S’émousse ;
Où je vaincs
La détresse
Qui,
En constance,
M’assaille
Et me harcèle
En vain ;
Sous la cendre
Jaillit l’étincelle
Qui chasse
Les émois et génère
L’allégresse
Nourrit
Les espoirs
Et les âmes
Progressent.
Tamazirt,
Tu t’imposes
Et moi
J’obéis
Tamazirt,
Tu es forte
Et moi
Je faiblis
Tamazirt,
Intemporelle
Et moi
Je suis fugace
Tamazirt,
Tu es pérenne
Et moi,
Ombre,
Je passe
En ton sein
Mon enfance
Naïve
Se cherchait
De ton onde
Cristalline
Ma soif s’étanchait
Les dattiers,
Don de Dieu,
Seuls
Nous nourrissaient
Les oliviers
Sacrés
Dans la plaine
Verdissaient
D’Aghimbo
Je contemplais
Le Gheris
Immense
Serpentant,
Inexorable,
Dans ce désert
Intense
Se perdant
Dans le reg
A l’horizon lointain
Laissant
A son amont
Des cultes puritains
Des tribus
Et fractions,
Il noue
Tant de liens
A tous ses riverains
Il prodigue
Tous les biens
A la terre
Par sa crue,
Il procure
Des limons
Aux sources
Et aux nappes
Il agraine
Infiniment.
Grâce à lui
L’histoire,
Ubéreuse,
Etait née
Grâce à lui
La légende
Aux merveilles
Se maintenait
De Goliath
Et Baybi
La coutume est Issue
Amazigh de liberté
Sa gloire est conçue
A la France,
Aux mercenaires
Il brandit sa vaillance
Comme le lion,
Le félin, rugit
En trépidance.
Aux colonnes
Ennemies,
Il tint tête
Arrogant
Des décennies durant
Harcelant et intrigant
A l’exil d’Aguellid
Il sort
Toutes ses griffes
Aux colons
Et collabos
Il brûle les esquifs
Les coupa
De notre île
Et de leur métropole
Les jeta
En pâture
Par-dessus
Les épaules
Aguellid
Fut de retour,
Et de joie
Nous criâmes
Aux rênes
De Tamazirt
Qu’il tint,
Nous l’aidâmes
Il était
Notre idéal superbe
Et bienheureux
Il était
Le liniment
Oblatif et généreux.
Il était
Notre étoile
Brillant
Au firmament
Il était
Dans notre Hécate
Visible constamment
Il était
Le confluent
De toutes nos prières
Il était
Le commandeur
Dont Tamazirt
Est fière
Il était
L’assembleur
De toutes les Ethnies
Il était
Le pourfendeur
De toutes les avanies
Il était
Le protecteur
De la pluralité
Il était
Le garant
De l’authenticité.
L’exode
Fut terrible
Mais était
Le tribut
Il fallait
Le payer et
Quitter la tribu
Azrou
Nous accueillit
Et étions
Ses amphitryons
Il nous ouvrit
Les bras et nous
Nous communions
Mais Gheriss
A aucun moment
Ne nous quitta pas
Il gravait
notre destin et
Guidait nos pas.
Le lait
De notre mère
N’a de cesse
D’appeler
La voix
Des ancêtres
Continue
D’interpeler
Mes vers
Se heurtèrent
Aux hasards
De la rime
Les mots
Trébuchèrent
Sur mes rêveries
Intimes
Je recherche
les apophtegmes
Et Flaire
Les épithalames
Mes soucis
S’évaporent
Et chassent
Le vague à l’âme
Ma mélancolie
Se dissipe,
Ma mémoire fut
Fertile
L’étang
De Magamame
Eevint allégorie
Subtile
Mes souvenirs
Furent pesants
Tels de lourds
Mégalithes
Je discute
Avec le moi
Voguant
Dans le zénith
Stoïque
Et sans plainte
Je fis face
Aux destinées
Aux plaisirs
Clandestins
Et aux charmes
Raffinés
Aux passions
Novices,
Aux beautés
Fugitives
A la terre
Revêche,
Aux contemplations
Négatives
Au néant
Traître,
Aux mystères
Mutins
Au mythe
Etrange
Et fatal
le soir et le matin
Je fais vivre
La mémoire
De notre tradition
Mon regard
Pétille et
Je fais contrition
Je vis,
A leur place,
La coutume
Sans insolence
Avec la tendresse
Dont je maîtrise
La récurrence,
Je suis Oughriss
A sensibilité
Exacerbée
Malgré les Décennies,
Mon échine
Ne sera courbée.
Cet héritage
Que je tiens
De l’influx divin
Qui affermit
Mon être
Et rassure
Mon destin
La palmeraie
Où l’esprit
S’exile
Sans remord
Le souvenir sonne
Aux ruines
Dans le grand cor.

Rabat, le 21 février 1999

 

GOULMIMA

Par Moha KHETTOUCH
Docteur d’Etat en Droit public

Igoulmimn, ce fut ma mémoire, mon histoire et mon destin à travers ces figures qui se faufilent, dans mon esprit, saugrenues et délicieuses, nobles ou vermoulues, voilées de la pruine du temps et des habitudes.

Cela fait rêver sur des mirages. Le flux de passions qui a tant bouleversé ma vie est loin d'être tari, tant il est vrai que mon existence d'intellectuel tourmenté n'a été ni neutre, ni simple.

Certaines paroles exhument des vestiges qui blessent le passé et des vérités qui dérangent.

Mais l’histoire est cruelle et ne saurait s’accommoder de complaisance en faisant certains faits. Elle n’a pas d’état d’âme et ignore la compassion et l’attendrissement.

Igherm…évocation et émotion… ses ruelles étriquées et si étroites, exhalaient de pestilentiels effluves d'excréments et de bouse en décomposition dans l'étouffante chaleur de l'été, hésitantes entre le folklore qu'elles exhibent volontiers et la misère qu'elles ravaudent tant bien que mal. Ce sont ces choses là qui restent et ne s’oublient guère. Elles faisaient partie de notre quotidien.

Igwlmimn, terre guerrière, qui embrasse à la fois le culte des ancêtres et celui de l'Islam pour donner naissance à ce particularisme syncrétique dont les Aït Morghad ont le secret.

Igherm angoisse toujours un peu l'étranger devant l'exubérance des Aït Marghad infatués et l'austérité des Iqbliyn humbles.

L’infatuation et l'humilité s'harmonisent parfaitement dans ce décor insolite et anachronique.

Cela semble antinomique, paradoxal et incohérent ; mais c’était comme ça.

On n’y pouvait rien.

L'humilité des uns ne fait qu'accroître la forfanterie des autres.

La dichotomie raciale ne présentait aucune propension à s’atténuer et encore moins à s'éteindre.

La haine entre noirs et blancs, entre Oumarghad et Aqbliy ne faisait que s'attiser.

Les uns et les autres ne croyaient devoir déployer le moindre effort pour calmer le caractère pour le moins anachronique et suranné de la ségrégation et du racisme.

Aucune velléité ne se présentait pour dépasser ce problème aporétique.

Ma pensée était profondément et tellement préoccupée par cette aporie que nombre de mes amis appartenait à l'autre partie.

Des amis très dévoués et fidèles et très appréciés et qui bénéficiaient de toute ma considération, mon estime, mon amitié et mon attachement.

Le désespoir que me causait cette discrimination était si profond, qu'il pouvait m’entraîner dans une aventure insensée où je n'aurais de cesse de me détruire.

Seul le temps atténuerait ma déception ; mais la patience était une vertu que j'ignorais d’autant plus que notre religion décriait le racisme et prônait l’égalité et l’intégration.

J'aimais la méditation ; en elle je puisais ma force et des instants de grâce que ma mémoire conserverait comme un joyau ou comme un rai de lumière qui percerait les ténèbres.

J'aimais la lune, la reine de la nuit, insolente et infidèle qui, pendant que je lui causais, demeurait muette, me narguait et semblait se moquer de mon innocence, ma simplicité, ma naïveté et mon ingénuité.

Elle ne daignait répondre à mes innombrables questionnements.

La vérité m’importait davantage que les ressentiments des autres.

La rancœur ne me visitait que par périodes, plus au moins durables, sans m’amener à pervertir au profit de la haine ma nature profonde.

Il faudrait imputer le comportement des autres à l’indigence de leurs sentiments de tolérance et leur propension à accepter l’autre comme étant libre et égal.

Aussi n’avaient-ils ni foi ni loi dans leurs relations avec autrui. Cela faisait partie de leur nature et on n’y pouvait rien.

 

TAQERFIYET OU MODE DE COMMUNICATION ?

(par Zaid OUCHNA)


Taqerfiyet, un mot qui nous vient de loin, de très loin dans les temps et dans les profondeurs des raffinements de la civilisation Amazighe, et qui véhicule un mode de communication orale. A l’image de beaucoup d’autres cultures du continent africain, l’oralité a joué un rôle puissant dans ce mode qui ne saurait se réduire à la scribalité. En effet la tradition, vivante en général, est une œuvre essentielle de ce siècle : elle nous a appris que les gens sans écriture, tout simplement qui ne savent pas écrire, ne sont pas des gens sans culture. Ce n’est pas par ce qu’ils ne savent ni lire ni écrire, des Ni Ni comme on les appellent dans cette double négation, qu’ils ne participent pas, par leur apport d’une culture très vaste, d’une sagesse très distinguée ou d’un savoir respectable. Ces traditionalistes de toutes les cultures, dans tous les continents, sont loin d’être disparus, ils continuent de nous donner au quotidien des leçons dans l’ajustement de la parole.
Chez nous, dans les pays de Tamazgha généralement et du Maroc en exemple, nous ne faisons pas exception, la règle est de mise et l’oralité fait bel bien partie de notre mode de vie depuis toujours. Dans la région du sud-est du pays, il n’y a pas meilleur expert qu’un Amazigh, convaincu et jaloux de sa tradition ancestrale, qui s’adresse à d’autres dans ce mode de communication :Taqerfiyet. Elle est pratiquée et continue d’être pratiquée par des Imazighen de cette agglomération notamment les Ayet yaf lman qui l’avaient intégré carrément dans l’Izref local. Au-delà de la communication, c’est un mode de divertissement et de rafraîchissement intellectuel par la nuance du jeu des mots et des sens. D’où, très certainement son nom Taqerfiyet, du quel on en tire le mot Aqraf qui veut dire rafraîchissement et ici rafraîchir la mémoire. Beaucoup d’indices nous montrent que sa pratique remonte à nos aïeux. On en trouve ses lignes dans Tamedyazet, notamment les récits des poètes (Ineccaden) qui se jettent mutuellement des torts, on en trouve également dans des festivités des mariages ou la mère de la mariée se retrouve cible de toutes les critiques et de toutes les convoitises. Il y a aussi et surtout ce qui est courant de l’usage de Taqerfiyet à savoir ce discours entre des jeunes filles et des jeunes garçons pour mieux s’éprouver…
Aujourd’hui encore, dans la proximité des Igherman à Ayet hani, à Tadighoust ou alors à Imi n lcil, des gens partagent leurs passions dans des divers domaines et se poussent mutuellement à beaucoup apprendre sur eux même, mais aussi à découvrir qui est l’autre. Par la parole, ils découvrent leurs différences mais également leurs complémentarités. Chacun s’attend à recevoir de l’autre une expression pour s'arc-bouter sur l’intelligence qu’elle en découle, par l’autre, l’un pour l’autre ou l’un contre l’autre. On en est donc à un moyen idéal, que les jeunes Imazighen de cette région garçons ou filles, ont adopté pour tisser les relations d’affinités. Avant chaques fiançailles, des épreuves de Taqerfiyet sont un passage obligé. Des jeunes filles et des jeunes garçons se retrouvent chaque après midi dans des lieux publiques en toute légalité et quiétude dans des séances de verbosité. Ils se rencontrent dans des champs des oasis, aux abords des fontaines, dans les hameaux des igherman ou sur des airs des abattages. Pour mieux se connaître, ils s’engagent dans des discutions parfois houleuses, dans de véritables bras de fer du savoir et de l’intelligence dans le but de prendre le dessus. Le principe de base est sur le mode de la domination et de la soumission. La connaissance et la noblesse riment à bord ! Pour communiquer, ils adoptent des positions très précises et très explicites. Sur chaque réponse et sur chaque réaction, on se donne à l’autre en parade pour s’exhiber en qui on est ou des fois, en qui on veut être . L’avenir pour eux, appartient à celui qui sait ou il va !
Pour examiner au mieux les bases de Taqerfiyet, la comprendre, je me suis référé à deux histoires vraies, mais essentiellement à ce discours combien plaisant entre des jeunes gens. L’une survenue à ighrem n Ayet Dawed Uâezzi à Ayet Hani et l’autre survenue à l’Agdud n Ulmeghenni à Imi n Lcil. Je signalerai également que ce mode de communication donc, fait partie de mon espace, de ma culture et de mon vécu, « si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » !


Taqerfiyet


Tenna tayri : « iqref uzal ! »,tiflut-a tuwey-agh ad nisin mani d-ikka yisem i tqerfiyet. Adda g illa umâibar n wawal ger sin , ku yuwen ira ad yini aneghmis ameggaru mar ad yasey tin ufella. Addag idus inaw, yili tawuri g inzan, ur illaq ad ittuzrey wawal g ukmim, ar as-ttinin tergha ! Tili digh tmeccahut n ayet tayri addag da sawalen g uzal g imawen n igherman, da yasen-ittini ka :-« kejm-at hat ihma lhal ? ». Da yasen-ttinin nitni :-« ihma wawal iqerf uzal ! ».Meâna tzela tayeri, negh ineghmisen anerghi. Bdun imezdagh ar ttinin « iqerf uzal ghif ayet tayri ! » Ar as-ttinin digh « aqraf n uzal » ar ttinin aqraf allig tga Taqerfiyet. Tagherma n Tmazighet tdus, meqqar ur da tturun imezdagh, da ttemraran ineghmisen, d tesnakin n tmazighet ghas s wawal. Tella ghur ineccaden, imedyazen, tella g tmeccuha n zik, tella g ussegmi. Awal amazigh yuwid idles immeqquren anesbaghur.Tusna n tmazighet tuseâ ar tseânat atas n iberdan iffern. Ur idd menwala yaf-ten, âumen ! Ayennagh a mi g tqerfiyet da ttemaqqan lemâani mar ad semyafan ighfawen-nsen. Ku yuwen ad yisin mimek ig wayed. Illa ibda umâibar ger-asen, unna icwan ifhem issen mas idda d mayed i ttini.
Ghur ayet tayri, da kkaten taqerfiyet ar d myissin atas ger-asen, ur nnin ad myawalen dilligh sin iâerrimen ar d isinn’ idd ad mun-net twegmin-nsen. Zund unna innan g izli :
*Winna wer immeâjaben tufed a bettu
ur da t-tmunn’ iwudir iwwet ibexsi.
Afad a nessefru tasdast ghef tqerfiyet, skwattagh ghif snat tmeccuha n tqerfuyet .Tamezwarut tejra g ighrem n Ayet Dawed Uâezzi, tis snat tejra g ugdud n Ulmeghenni g Imi n lcil.


Tameccahut tamezwarut n tqerfiyet :

G ighrem n Ayet Dawed Uâezzi g Ayet Hani, tejra yat tmeccahut-nna issefran Ineghmisen n tqerfiyt :
« -Yan n wass g imi n ighrem n Ayet Dawed Uâezzi, qqiman krad n iâerrimen da tterwwahen g umalu n tberjiyet. Yuwen da yas-ttinin heddu, wis sin yidir d wayed hemmu. Zrint ghifsen snat terbatin ,Hennu d Rabha.
Inna-yasent Yidir : -Rebbi ayed a kwent-ikan ad agh-ik a tihliwin ?
Hennu : Ur iyeki ghas mek k-uwlegh a Yidir !
Yidir : Ma kem-yurun a tihli ?
Hennu : Ur k-in-tzerey ad di-t-tgulu !
Yidir : Hat tqeyyed digem tisent dâut !
Hennu : I mayed as-gigh ?
Yidir : Tuwid-as akw timmireghet.
Hennu : Uhu ! Ur id timmireghet-nes ayed as-uwigh, tra ad ur ts-ttettagh !
Yidir : mek ur trid ad ts-i-ttettad , hat ghurrem tidet.Acku ddan dghi sin larhad n tisent ad digem nnaghen. Han win uqmu-nnem, han tenna ttettad.Tekkesd i medden tenna ttettan, netta hat digem yad.
Hennu : A Yidir, hat keyy ag tqeyyed tafut dâut !
Yidir : I max ?
Hennu : Tuwid-as akw nnur-nnes.
Yidir : Uhu ! Ghas tra ad ur ti-reqqagh. Mek deg’i tqeyyed is ur i-tehmil !
Hennu : Ur idd is ur k-tehmil,tuwid-as asaddi-nnes, tra ad ti-n-tessiwed i yan udghar yaden, tekkesed diges ugar n umur-nnek. Rar-as nnur-nnes, tseksum mayed inna butâeqqitt ?
Yidir : Nekka-d amdghus terra-yi.
-Seg mayed di-tefghed g imi n teflut n taddaret-nnun ayed utigh adu-nnem.Awed azwu iâawen-am, mayed yad isulen ad t-inigh ?
Hennu : Adu n wunfus-nnek ayennagh tutid.
Yidir : I wa ur kem-i-ttehdu rebbi a neg kan ssuq a tihli ?
Hennu : ayenna ur di senmalagh ay-nnagh. Acku, idehr-i idd bu tqerfiyet ayed tgid seg tizwiri. Key ikkaten taqerfiyet ammas n wass !
Yidir : Mayed am-innan hat s wass a ya ?
Hennu : Mek ur idd netta, iwa zell’ tafuyet ?
Yidir : Ayennagh iwhenn’. Ad awigh lanbwa, neddu s ahanu-nnegh s ddaw wakal ig akw tillas ! Maka ssenegh is ur tedrik digem tihli-nnew adu. Tehlid kemm, nekk hat gigh muc-inew g uâdil, snegh is ur kem-uwidegh, ur da ttaznegh afus s ayenna ur uwidegh.
Hennu : Ghas da tteâessared tibâucin tagid-tent. Uma nekk, gigh tibâucin , ddaw idaren-nnek ag lligh.
Yidir : gwedegh digem, ur idd ma mi nettugh ayed tgid. Da ttasin medden ssif ig ran ad nnaghen d ka mi ssen idd ad t-terrun. Uma yizem mayed diges ttawey tuzzalet ihfan ? Izem ayed tgid !
Hennu : Ghas tirrugza-nnek ayed dig-i tannid, tazzert-nnek ayed dig-i tannid tghaled is nn-gulagh dinnagh. Han lhad-innew tezrey-t !
Yidir : I wa dghi is ur ta kem-ihdi rebbi ?
Hennu : Han tiflut n tutra-nnek ur djin teqqin. Ken nnik ayed tgannagh !
Yidir : I wa hayyi ddigh a nn-aznegh winnegh a kem-ttern, xir-am ad asen-d-inin winnun uhu ?
Hennu : Ad ak-âedlegh i wyennagh meqqar ur ta nn akw teddid. Mek d tihli tgid-ts, mek d azur ameqran tgid-t, i wa mayed dikk ttagigh ? Mek urrin ayet uxam-innew, awlegh-k hat ayet yaf lman ayed nga.
Yidir : I wa hat da dig-i tekkatt’ taqerfiyet ?
Hennu : Nnigh-ak ghigh a k-awlegh, seg lli’ ayed tgannagh ad i t-tinid maka snegh is ur k-uwidegh. Heddagh ighef-inew g umezzugh ur da demmâeâ iles g wuxsas.
Yidir : Kem tadewwaret n lmexluqet ayed tgid, ayennagh a g ur giyegh a kem-tteregh.
Hennu : I wa ghas tter-i ukwan ?
Iddu Yidir itterr’ Hennu yawlett’, teg-as tamettut.


Tameccahut tis snat Taqerfiyet n ugdud n Ulmeghenni :


Yan useggwas, idda yan Umerghad, da yas-ttinin sekku, s agdud n Ulmeghenni g Imi n Lcil. Ikjem s agensu n rrutt, yaf-nn yat tâerrimet ihlan, utt Hdiddu. Imiley s tama-nnes ad i ts-iwwet taqerfiyet inna-yas :
« -Tihli !
Tarbatt : Hat ur da tsawal rrutt !
Sekku : Ur id nettat a mi sawlegh, yuwet tihli ayed illan da, tihli ur t-igi ghas kemm !
Tarbatt : awal-nnek ur id win da !
Sekku : win tarwa n idd âemmim.
Tarbatt : win ayet merghad ?
Sekku : I win mi ?
Tarbatt : Umerghad n leqbelt ayet tgid. Idd nniyet teggudey-awen tqerfiyet ?
Sekku : Illa ghuregh uwenna n tsarhem i wasif !
Tarbatt : Nniyet, nekka-d nnig-awen. I mas d-teddid s da ?
Sekku : Ddigh-d ad awlegh, ghur idd âemmi ayet Hdiddu.
Tarbatt : I misem a k-ttini ?
Sekku : Sekku Umuha ! I kemm ?
Tarbatt : Ittu Ubrahim. I wa ggall-i sidna-ddegh awed unna ighdern ad t-iwwet
Sekku : Mani unna yegan sidna ?
Ittu : Sidi Hmad Ulmeghenni bu lbaraka !
Sekku : Hat tuwid-as-tt akw, ur yad ghurs teqqimi lbaraka ! Max is isul sid-nnem g udghar, izrey-kem-id ad ti-tekkased. Nekk ur d-ufigh g da ghas kemm.
Ittu : Haa ! Haa ! is ur teggwitt’ i sid rebbi a k-iwwet ?
Sekku : I mayed-as gigh ? Ur as-ggwidegh mayed-am lligh g umalu.
Ittu : Teddid-d ad tzured sidi Hmad Ulmeghenni ar as-tekkated taqerfiyet nnig ighef-nnes, agensu n rrutt !
Is ur ghurrun illi rebbi g leqbelt a yayet Merghad ?
Sekku : Itfar mayed ihlan, nekk daras ! Ur inni ad i-yeg adu, issen is d-ddigh a kem-zuregh a tihli. Mer kem-ihdi rebbi a nemyawal tamm n Hmad Ulmeghenni ad agh-ig awed beâda inigi.
Ittu : Ur gigh nil-ak ! Tehlid key cigan.
Sekku : Kem ad ur yannayen winna teâmid. Izrey-kem-id Ulmeghenni ad ttuzured.
Ittu : Iqqima zarek sidi rebbi iwwet zarek aghwujdim allig ak-isnem axelluq !
Sekku : Idudan-nnem ayed zari d-yuwey ! !
Ar ttessa yettu teddu…atg.