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LES CONTES DE GHRISS TEMOIGNAGE D'UN CHIEN A Hrour, petite bourgade entre Takaterte et Toughza vivait la tribu
des Ait Ourassinegh. les Ait Ourassinegh limitaient leur contact avec
les autres populations de la vallée allant jusqu’à
interdire à leurs enfants tout mariage en dehors du périmètre
de l’Jir n’Ouakka !La seule exception était celle
de Haddou Abbou riche négociant qui au retour d’un voyage
d’affaire de M’Semrir ramena avec lui une jeune fille
qu’il épousa par la suite . cette femme avait pour nom
Mahama Ali ! Les années passèrent tout allait pour le mieux sauf que le couple n’arrivait pas à avoir des enfants mais ni Haddou ni Mahama Ali en fasse un drame. Ils croyaient en la volonté divine et disaient qu’après tout si c’est écrit de rester sans enfants cela n’altérerait en aucun cas leur union et leur amour ! Mais, hélas, ce qu’ils n’attendaient pas arriva
! Haddou le riche fut emporté subitement par une grippe hivernale,
mais le pire est à venir car trois jours après l’enterrement
de Haddou Abbou, Ali son frère ordonna à Mahama Ali
de quitter sa maison, allant jusqu’à lui dénier
qu’elle fut un jour sa belle sœur! Que faire se demanda
Mahama ? le plus dramatique est plus difficile à supporter
est la mise à l’écart par les femmes de Hrour
qui ne répondent plus à ses salutations je suis redevenue
étrangère à la tribu disait elle! Seul le cadi
peut m’aider à retrouver ce que la chariâa m’accorde
mais je suis déterminée à résister rien
que pour la mémoire de celui qui m’a tant aimé! Le vendredi après la prière d’el Asr le cadi assisté de ses Adoules demanda à Ali Abbou s’il connaît cette femme qui se tient à ses cotés? Ali Abbou répondit par non ignorant complètement le femme qui fut l’épouse de son frère durant plusieurs années. Il ajouta au cadi que cette femme qui prétend être sa belle sœur n’est qu’une imposture qui veut s’accaparer de l’héritage de son défunt frère! Le cadi se retourna vers Mahama Ali et lui demanda si elle connaît cet homme debout à ses cotés ? Oui répondit t-elle sans aucune hésitation il s’agit de Ali Abbou Frère cadet de Haddou Abbou mon mari défunt. Non c’est faux à Sidi El Cadi cria Ali Abbou cette femme n’a jamais été l’épouse de mon frère ! elle n’est pas de chez nous ! et personne ne la connaît pas au douar ! et comme preuve Sidi El Cadi j’ai devant la porte douze adultes de la tribu des Ait Ourassinegh qui sont tous prêts à apporter leur témoignage et à confirmer mes dires ! Faites entrer les témoins ordonna le cadi ! aussitôt
douze hommes entèrent dans la maqsoura du cadi et saluèrent
respectueusement ce dernier. Le cadi leur demanda tour à tour
s’ils connaissent la femme qui se tient debout a coté
d’eux ? Tous dire non ! ils leur demanda si feu Haddou Abbou
était marié ? Non répondirent t ils ensemble
! Drôle d’histoire murmura le cadi ! qui après une
petite hésitation appela son reqasse et lui murmura quelque
chose à l’oreille avant que ce dernier demanda à
Mahama Ali de le suivre! Aussi, Ali Abbou fut conduit accompagné de ses douze témoins en prison, Mahama Ali regagna le domicile de son défunt mari tout en rendant hommage à la sagesse du cadi mais aussi à la reconnaissance du chien Iydi qui l’avait reconnu quand elle s’est présentée au douar accompagnée du reqasse en lui faisant avec sa queue des signes d’amitié montrant ainsi au reqasse qu’elle n’est pas du tout étrangère au douar comme le prétendaient Ali Abbou et ses douze témoins.
Comment et par qui ces deux blocs de pierres taillés comme ils le sont et pesants chacun plusieurs dizaines de tonnes se trouvent ils positionnés en forme de tente ? se sont ils détachés de la montagne qui domine Taourirte n’Ighouyal ? ce qui paraît à première vue être l’origine de leur situation. Et l’existence de crustacés fossilisés sur leurs flans ! Etaient ils jadis couverts par les eaux d’une mer qui couvrait toute la région ? Moha ou Kaida tenait sa tête entre ses mains et n’arrivait pas à trouver de réponse aux questions qu’ils se posait heureusement dit il que mes chèvres ne manquent pas d’herbe et que Mahdi le nomade sédentarisé les a épargné des attaques du chacal qui sévissait dans les alentours Le soleil a déjà amorcé sa descente derrière
l’Adrare de Taltafraoute, Le muezzin de Takaterte appelle à
la prière d’el Asr Moha ou Kaida se leva pour accomplir
sa prière et ramener son ânesse qui s’est un peu
éloignée de lui quand son attention fut tirée
par des incantations qu’il entendit derrière taourirte
n‘ighouyal (Colline des ânes). Il s’approcha lentement
du lieu d’où provenait le bruit et aperçut une
femme vêtue de noir faire le tour de la colline. Le bruit de
ses pas attirèrent l’attention de la dame qui marqua
un arrêt et se retourna vers la direction d’où
elle entendit le bruit. Moha ou Kaida sachant qu’il a été
vu de sortit de sa cachette et se dirigea vers la dame Beaucoup monsieur ! Depuis la mort de mon mari toute la tribu m’a mis en quarantaine, personne ne veut labourer ni semer mes champs ! mon troupeau s’est décimé et il ne me reste plus que 12 chèvres que je suis obligée de conduire moi même chaque jour au pâturage, mes pauvres bêtes n’ont pas le droit non plus de faire partie du troupeau du douar ! même l’Amghar des Ait Ourassinegh ne me considère plus comme résidente de Harour. Moha ou Kaida écoutait avec attention sans laisser apparaître ce qu’il ressentait Lui qui est aussi étranger dans ce patelin et qui est arrivé avec un seul but, celui de développer un commerce de dattes et de henné. Après un bref silence il se leva et déclara de sa voix pleine d’émotion : écoutez chère créature à compter de demain, je viendrais chaque matin conduire vos chèvres au pâturage ! En contre partie je vous demande de me préparer chaque matin une galette n’ourkhssas et nous partagerons chaque année à parts égales le produit de vos 12 chèvres et j’espère que l’unique aâtrouss du petit troupeau sera à la hauteur de notre attente ! Je vous remercie et j’accepte votre proposition répondit Mahama. Ainsi débuta l’histoire entre un homme qui ne possédait qu’une ânesse et la veuve de Harour qui était rejetée par la tribu de son défunt mari
Un mois passé après que Moha ou Kaida ait pris en charge
les douze chèvres de Mahama cette dernière proposa à
son nouveau berger de venir habiter chez elle; comme ça lui
avait elle dit, tu t’occuperas aussi des champs et tu assumeras
tous les travaux qui reviendraient à un homme dans un foyer.
Un renflement de Moha ou Kaida signala à Mahma Ali que son ami et berger s’est endormi ; elle se leva à son tour et alla s’endormir sans avoir oublié de prononcer la citation de clôture
Par une après midi de ce mois d’octobre alors Mahma Ali comme tous les habitants de ghriss s’activait à couvrir de feuilles de palmiers les dattes qui sont en train de sécher sur les aires à battre « Inourir » Moha ou Kaida son berger vint lui annoncer la perte d’une chèvre qui a été tuée probablement par un chacal. Kaâssou le chien qui d’habitude accompagnait le troupeau et assurait sa protection était ce jour là indisponible sa patte avant gauche était couverte de henné et bandée suite à une piqûre de scorpion. Bien que sa tristesse fût grande Mahma Ali garda son calme mais jura d’avoir la peau de ce chacal qui a osé s’attaquer à ses chèvres. Elle décida alors de solliciter les services de Mahhdi connu pour être un chasseur de chacals et hyènes et qui d’après la rumeur vendait la viande de ces charognards aux habitants de Tilouine leur faisant croire que c’est de la viande de gazelle. Ce commerce macabre avait duré jusqu’au jour au un habitant de cette bourgade située au sud de Goulmima découvrit de la Bouse dans les boyaux de l’animal tué et conclu ainsi que cette viande n’était pas celle d’une gazelle mais celle d’une hyène. L’affaire fut jugée par le cadi qui acquitta Mahhdi car le plaignant était dans l’impossibilité de prouver son accusation !!! Mahhdi exigea 100 rials pour tuer le chacal ou 150 rials pour le capturer vivant. Mahma opta pour sa capture et avança la totalité de la somme à Mahhdi qui décida de commencer la traque dès le lendemain mais exigea de maintenir Kaâssou attaché dans la bergerie durant les jours de la traque. Mahhdi demanda à Baâdid et à Ali ou Aâmr de l’assister dans sa besogne car dit il à trois nous aurons plus de chance de l’avoir dès le premier jour le départ fut fixé à minuit devant la porte du mellah. Arrivés au niveau du marabout « Sidi Amar » nos trois hommes virent une lumière scintillante en forme de tajine aller dans tous les sens. Cet objet volant non identifié (OVNI) ne faisait aucun bruit mais de temps à autre, braquait ses lumières sur les trois hommes comme s’il s’intéressait à ce qu’ils faisaient. Baâdid proposa à ses deux compagnons de faire des gestes d’appel et de voir la réaction de cette chose que beaucoup de gens de la région ont déjà rencontré quand il voyageaient la nuit. des femmes qui partaient couper le bois ont à plusieurs reprises été escortées par cet engin qu’on a appelé au début B’khou bou wassid « monstre aux lumières » ; Voyant qu’il ne faisait de mal à personne, on a fini par lui donner le nom de Bou wassid « chose aux lumières »! Assou ou ben Stitti le berger d’Ist Haddach affirmait même que c’est grâce au guidage par la lumière de Bou wassid qu’il a pu retrouver une chèvre qui s’est perdue en montagne ! Bou wassid s’approchait de lui puis avançait lentement comme s’il demandait au berger de le suivre ! ce qu'avait fait le berger jusqu’au moment où il découvrit la chèvre dans une petite crevasse entre deux rochers. Après s’être rassuré que Assou avait trouvé sa bête, Bou wassid s’éloigna en faisant scintiller ses lumières en signe d’au revoir. Le berger racontait avoir senti un souffle lors du passage de Bou wassid tout près de lui et que ce dernier était en forme de soucoupe. Bou wassid s’approcha encore un peu plus, intensifia ses lumières et resta durant quelques secondes à une cinquantaine de mètres des trois hommes Mahhdi prit peur et pensa que son jour est arrivé. Ali ou Aâmr le prend par la main et demande à Mahhdi de s’approcher un peu plus des lumières. Au fur et à mesure que nos amis avançaient Bou Wassid reculait de la même cadence tout en dirigeant avec précision un faisceau lumineux sur eux comme pour éclairer le chemin des trois hommes. Au bout de quelques minutes de marche qui semblaient être une éternité pour Mahhdi, les trois hommes découvrirent sous un « azougar » un chacal dans un sommeil profond. Baâdid s’exclama n’est il pas le chacal que nous chassons ? Il prit la bête par la queue l’a tira vers eux le chacal semble être hypnotisé et ne réagit pas Ali ou Aâmr lui attacha les pattes et le mit dans le sac en jute qui avait servi d'emballage aux pains de sucre. Mission terminée le chacal est dans le sac ! et c’est grâce à Bou wassid que nous avons pu capturer le mangeur de la chèvre de Mahamma Ali. Sur le chemin de retour, avant d’arriver au niveau du mausolée de Sidi Amr, Mahhdi qui s’est un peu éloigné de ses deux compagnons, à la recherche des empreintes d’une éventuelle hyènes qui aurait rodé dans les parages; poussa des cris d’horreur en levant ses deux bras au ciel des cadavres ! des cadavres s’écria t-il !! Étendusà même le sol, les bras écartés, leurs djellabas tachées de sang, et leur mort ou plutôt assassinat est probablement arrivé la veille. Baâdid retourna lentement un par un les corps sans vie des quatre hommes et reconnu Sekkou Addi, Ali ou hro, Hammou ou Assou et Moha ou Lhou, ces quatre hommes s’étaient rendus à ksar es souk pour rencontrer les français qui lorgnaient sur Ghriss et sa région et à chaque visite ils revenaient avec du sucre du tissu et quelques munitions que le commandant de la place militaire leur remettait en contrepartie des informations sur Goulmima et ses habitants . Or il y’a quinze jours les Berrah des souks avaient averti que toute personne qui se rendrait auprès des nassrani serait punie comme il se doit ! cet avertissement venant des hommes d’Ouskounti n’était pas à prendre à la légère, car Ait Issa Yzm ne badinent pas avec des actes d’une aussi grande importance Et le fait de se rendre à Ksar es Souk est mal vu en ces temps de tension. Quant à s’approvisionner chez les Roumis c’est plus qu’une trahison ! qui mériterait une pendaison Si on ajoutait à tout ça le fait que Ali ou Hro avait dépossédé il y’a une semaine de tous ses biens et même de sa mule Moha ou Lmahti qui est des Ait Issa Yzm ! Est ce donc une punition contre ces personnes qui n’ont pas tenu compte de l’avertissent? Les habitants du ksar accoururent quand ils furent avertis par Fadma Sekkou qui fauchait le peu de luzerne de son champ situé à coté du lieu du drame. Les pleureuses prirent le relais après l’enterrement des quatre hommes assassinés et dans leurs lamentations suppliaient les gens du ksar à venger les leurs. On oublia le chacal dans le sac de jute durant toute la journée et quand Mahddi le présenta à Mahhama Ali l’animal était froid, raide et sans vie. Mahhama contente d’avoir vengé sa chèvre paya les trois hommes. Moha ou Kaida content de voir sa patronne satisfaite demanda à cette dernière de lui narrer l’histoire de Ba Haddou CHOUF SENNI A BAHADDOU !! Ba Haddou qui habitait Toughza dit Mahhama Ali, revenait de Mou où
venait de prendre fin le grand mariage de Hmad ou Baâlla. Grande
fête à laquelle avaient participé tous les grands
poètes des Iqabliyen. La dernière soirée fut
réservée au traditionnel Sahi L’Hana et Ba Haddou
s’en sortit avec brio quand il dansa tout en tapant sur son
tambour autour de Tislite. Il avait réalisé un parcours
sans faute face à l’une des meilleure danseuse de sahi
l’hana que fut Aîcha Kaddour ! Les youyous fusaient de
partout et Ba Haddou se sentit l’homme le plus heureux du monde
! Et c’est justement cette ambiance de fête que Ba Haddou
continuait à vivre dans sa tête sur son chemin de retour.
Le ciel était bien étoilé et la pleine lune diffusait
une lumière tamisée mais suffisante pour éclairer
son chemin. Arrivé à hauteur de L’Jir N’
Ouakka Ba Haddou entendit des bruits de pas derrière lui. Il
se retourna et vit une femme d’une trentaine d’années,
portant des habits de fête s’approcher de plus en plus
de lui. Une fois arrivée à son niveau elle le salua
et lui déclara qu’elle revenait de Mou où elle
avait assisté au mariage de Hmad ou Baâlla.
Hro ou hmad était un homme sans histoire. Au sein de sa tribu
des Ait Moch, Il menait sa vie de petit fellah, ses champs lui permettaient
de s’auto satisfaire en céréales et en dattes.
La vente avant l’aid El Kabîr des agneaux produits par
ses quatre brebis suffisait amplement pour son approvisionnement en
thé et sucre. Il se permettait aussi d’acheter à
chaque occasion de l’aid une Takidourte (gandoura) à
son fils Said, un Aâbane (sorte de kachaba) pour Aïcha
sa femme. Mais lui, il se contentait d’une Djellaba, d’un
Akidoure avec son saroual et d’une paire de babouches une année
sur deux. C’était aussi un homme pieux qui ne ratait
jamais les hadith du taleb. Il exerçait bénévolement
la fonction de Berrah. Et à chaque fois que l’amghare
du ksar avait un message à communiquer à l’ensemble
de la population, c’est Hro de sa voix forte qui du haut du
minaret faisait l’annonce juste avant l’appel par le muezzin
à la prière de Tine-Woutchi (Maghreb). Il commençait
toujours son appel par sa citation habituelle : « A Tarbah’m
issaoun ina Oumghar !! »(Soyez riches mais écoutez le
message d’amghar !!) l’effet de ses annonces était
garanti et parvenait aux oreilles de toute la population. Ses appels
étaient plus efficaces que les SMS actuels de nos opérateurs
de la téléphonie !! Le risque qu’ils soient dirigés
vers une boite vocale était exclu, toutes les boites crâniennes
étant ouvertes et disponibles pour capter et enregistrer en
temps réel les messages de Hro. Arrivé au niveau de « Tikwa N’Tarire » il fut rejoint par un groupe d’une dizaine de personnes qui marchait en chantant derrière un mulet sur lequel trônait une femme parée de ses plus beaux ornements . Hro pensa tout de suite qu’il s’agissait d’un cortège accompagnant une jeune mariée vers le domicile de son futur époux. Il ralentit sa marche pour se joindre aux fêtards et commença à battre joyeusement des mains en cadence. Emporté par le rythme endiablé de la musique du groupe il se lança presque malgré lui dans une danse frénétique il tournait autour de lui même tout en serrant précieusement sa houe de sa main gauche. Tout à coup, il sentit deux mains s’agripper à sa Gandoura. Il se retourna et vit en face de lui une créature d’une beauté sans égal qui lui souriait étrangement. Hro fut tellement fasciné par la beauté envoûtante de la femme qu’il ne remarqua pas tout de suite qu ‘elle avait quelque chose de particulier. Il fut tout d’abord ébloui par ses cheveux d’un noir de jais qui volaient au vent, par la blancheur éclatante de son visage avant de remarquer avec effroi que les yeux en amande de la belle créature étaient tracés verticalement sur son beau visage. Il sentit son sang se figer et son corps traversé par une décharge électrique. Il se retourna pour voir de plus près les autres personnes formant le groupe, sa stupeur se mua en épouvante quand il constata que tous avaient des yeux en position verticale ; il comprit alors que le cortège était celui des « Jnounes » et qu’il avait intérêt à déguerpir le plus loin et le plus rapidement possible. Il se débarrassa de sa houe et prit ses jambes à son cou, ne se rendant plus compte de l’état ni des embûches du sentier ; son objectif était d’arriver le plus tôt possible à son ksar. Terrorisé, Hro pénétra dans les dépendances
de la mosquée sans avoir senti de fatigue, ni s’être
rappelé du temps mis pour arriver là. Il se dirigea
directement vers l’endroit réservé à la
chauffe de l’eau pour les ablutions. Il remarqua tout d’abord
qu’il n’était pas le premier arrivé, mais
qu’il y avait déjà cinq bonhommes qui se réchauffaient
autour du feu. - Et alors répondirent en chœur les cinq hommes qui ne semblaient pas du tout surpris par les dires de Hro! - C’est qu’ils avaient tous les yeux de travers reprit Hro - Id Am Titkh ? [comme celles là ?(les yeux étant féminin en berbère)] lui rétorqua son voisin de droite ! Hro se retourna, vit que les cinq bonhommes avaient les mêmes
yeux que ceux qu’il avait croisé en revenant des champs,
sentit le sol vaciller sous ses pieds et sombra dans l’évanouissement. Après un bon Seksou N’Oughou (couscous arrosé
de petit lait) sur la terrasse de sa maison, Hro raconta en détail
à sa femme sa mésaventure. Celle-ci après avoir
fait tourner autour de sa tête un mejmar dans lequel brûlait
du Jaoui et du Hssanaba , pour éloigner de lui les mauvais
esprits, conseilla à son mari d’oublier tout ça,
et de partir se purifier et se relaxer au hammam. « C’est
lui dit elle un traitement radical pour éloigner de toi les
esprits du mal ». - Oh arrêtez de vous battre comme des bêtes vous deux !! vous n’êtes pas ici dans une étable !! Et puis crier comme ça dans la nuit n’est pas du tout conseillé ! Alors calmez vous s’il vous plait » ! Il s’approcha d’eux et alors qu’il essayait de s’intercaler entre eux pour les séparer il sentit un mal au pied gauche comme s’il se faisait piquer par un outil pointu ; il baissa les yeux et vit une patte de bouc posée sur son pied!! « Aâdou Billah Min Chitane Irajim « Il jeta un regard sur les pied de l’autre antagoniste et horreur !! Il constata qu’il avait également les pattes de bouc en guise de pieds. Il hurla de frayeur et se précipita vers la sortie après avoir évité de justesse de chuter sur la dalle glissante du hamame. Il saisit ses habits et les enfila sans même prendre la peine d’essuyer son corps encore ruisselant ! Il se rua vers le « Fernatchi » (réceptionniste du hamam) et s’adressa à lui d’un ton paniqué : - Il y a des Jnounes dans ton hammam !! - Comment ça lui répondit le réceptionniste ? - Vas y voir les pieds de ces deux qui se lavent et se battent à l’intérieur ! ils n’ont pas de pieds mais des pattes de bouc !!! A ce moment le réceptionniste leva sa gandoura montra lui aussi ses pattes de bouc toutes couvertes de poiles noires et dit à Hro d’une voix menaçante : - Id Am Witkh ? (comme ceux-là) Hro ouvrit la bouche, essaya d’articuler quelques mots mais il ne put émettre le moindre son ! Il s’affaissa par terre et sombra de nouveau dans un profond évanouissement ! Quand le matin, on ramena Hro chez lui, sa femme Aïcha remarqua que tous les cheveux de sa tête étaient devenus blancs, elle en déduisit que son mari avait vécu de nouveau une histoire horrible qui lui avait fait peur. Elle décida d’utiliser les grands moyens pour exorciser définitivement son malheureux mari : des encens en provenance des lieux saints et d’une efficacité redoutable qu’elle avait obtenus de Hedda ou Rouch et qu’elle gardait jalousement pour les grandes occasions. Mais le plus urgent était de faire appeler Slimane le fkih qui, dérangé dans ses ablutions, mit ses babouches de travers et accourut précipitamment chez Hro sa « Tachoukate »( trousse de secours ) sous le bras. Pendant que Slimane marmonnait encore des choses que lui seul entendait et comprenait, Aicha faisait passer l’encensoir au dessus de la tête de son mari tout en priant en berbère tous les saints du bled. Slimane lui fit comprendre que ses prières à lui en tant que Fkih étaient suffisantes et meilleures d’autant plus qu’elles sont dites en arabe classique . Aïcha allait répondre que le bon dieu et les autres saints comprenaient aussi le berbère. « Mais se dit elle, je ferais mieux d’aller préparer une Tazlafte N’Seksou (plat de couscous) qui sera offerte en offrande. - N’oublie pas de mettre le maximum de viande tendre lui dit Slimane . ça fait fuir les jnounes (il faut dire que le vieux Slimane n’avait plus toutes ses dents). Hro ouvrit lentement les yeux, passa la paume de sa main tremblante sur son visage, et dit à sa femme qu’il sentait une grande faiblesse envahir son corps. - Ca va te passer lui répondit Slimane surtout après l’offrande du couscous !! Hro laissa apparaître un petit sourire et dit à sa femme : ne t’inquiète pas Aïcha, je te raconterai plus tard. Le lendemain après s’être lavé avec l’aide de son épouse à qui il raconta ce qui lui était arrivé au hammam, Hro fit part à sa femme de sa décision de se retirer dans la grotte de Khouya Brahim pour se consacrer à la prière et à la méditation ; il ne pouvait en être autrement car cet ordre lui avait été donné par une voix mystérieuse qui lui était parvenue lors de son sommeil. Aïcha se leva et embrassa religieusement le front de son mari pensant que désormais il était devenu plus pour elle un saint qu’un mari ! L’histoire de Hro, en quelques jours, fit le tour de toute
la palmeraie. Les gens venaient lui rendre visite dans sa grotte et
lui demandaient sa bénédiction. Il recevait toute sorte
d’offrandes sauf de l’argent qu’il refusait et qu’il
surnommait « Ouskh Adenia » (saleté de ce monde).
Il redistribuait à son tour aux pauvres qui venaient le voir
tous les dons qu’il recevait.
Moulay Tahar exerçait la fonction de cadi à Magamane, petite bourgade au nord de Goulmima qui a été le quartier général des troupes de My Hassan 1er lors de son expédition dans le Tafilalet. Il avait comme prérogatives de trouver solutions à tout problème qui se poserait entre cette population du haut ghriss et de veiller à ce que Ougoug (petit barrage de dérivation) soit entretenu permettant ainsi d’assurer l’irrigation de la palmerais N’Igoulmimen. Notre magistrat qui est très apprécié par l’ensemble de la population avait une fille d’une beauté sans égale! Des yeux noirs en forme d’amandes traduisaient dans leurs regards un grand potentiel sexuel à la limite d’une obsession ! Le corps élancé de la jeune fille qui venait de fêter les seizièmes printemps laissait apparaître la forme d’une forte poitrine qui serait le plus préféré des repose-tête d’un amoureux à cette beauté naturelle. La demoiselle ne cachait point de faire valoir ses atouts par des gestes, des éclats de rires d’une allumeuse. Le cadi lui même ne doutait point de la beauté de sa fille et toute visite d’un homme chez lui était suspectée. Mais ce qui le tourmentait le plus c’est qu’il était persuadé que sa fille ne serait jamais une femme fidèle qui se contenterait de son mari. D’ailleurs il en avait fait la confidence un jour à Assou Bou Wahrir, un jour qu’ils étaient seuls assis sur Tatoukante devant le ksar il raconta à Assou que son seul souci demeure dans la crainte d’être objet d’un scandale de mœurs dont l’origine serait sa fille ! Alors comment lui Cadi homme respecté devant donner l’exemple pour la population supporterait il un pareil scandale ? Le meilleur moyen d’éviter tout ça lui dit il est de n’accorder la main de sa fille qu’à un étranger du bled ! ! Ainsi on cas d’adultère de sa fille lui au moins il serait épargné d’un éventuel scandale. Mais les circonstances décidèrent autre chose ! Moha Ychwa tomba follement amoureux de Zenouba et décida d’en faire son épouse ! Quelques amis tout en mettant en valeur la beauté de Zenouba lui déconseillèrent de se marier avec elle. Elle ne sera jamais une bonne épouse pour toi ! lui dirent ils. Elle est trop belle et puis surtout elle n’est pas quelqu’un qui se contenterait d’un coup tous les deux jours ! ça se voit qu’elle serait une « broyeuse » d’hommes. Alors si tu n’as pas les reins solides et un souffle de marathonien écarte toi de son chemin car non seulement tu risques de mettre en doute ta virilité d’homme mais d’être le plus populaire des cocus du bled car tout le monde le saura ! Moha, ne tint pas compte de tous les avertissements de ses amis, il décida d’aller le vendredi demander la main de la belle Zenouba. A la sortie de la mosquée après la prière d’El Asr le vendredi Moha Ychwa habillé d’une djellaba d’un blanc immaculé, des babouches neuves aux pieds demanda au cadi s’il peut s’entretenir un moment avec lui ? Le cadi lui répondit qu’il serait heureux de l’écouter et lui proposa de l’accompagner à Tighazouine pour voir si le Khemass à finit d’irriguer le champs de luzerne. Chemin faisant, Moha s’adressa au cadi et lui dit : Honorable Cadi, je me présente à vous pour vous demander la main de votre fille Zenouba ! Quoi ? répondit le cadi surpris. Et après un moment
d’hésitation enchaîna par: Oui honorable Cadi ! Elle aime le confort et le bien être à Moha Je le sais honorable et je veillerais à ce qu’elle ne manque de rien ! Elle adore l’argent et les bijoux et donnerait n’importe quoi pour en avoir ! Elle sera la plus parée de toutes les femmes honorable cadi Et si …. Quoi si ? Honorable Cadi Nous allons parler entre hommes et je vais être franc et directe avec toi ! Je pense que ma fille fait partie de ces femmes qui ont un appétit dévorant sur le plan sexuel. Et je crains que malgré ta robustesse tu ne seras pas à la hauteur de son désir. Mettez vous en doute ma virilité Honorable cadi ? Non pas ça Moha ! Mais je ne veux pas demain me trouver dans une situation délicate essaie de comprendre ce que je veux ! Je suis presque sûr que d’une façon ou d’une autre ma fille te trompera ! Alors supporteras tu la situation ou viendras tu me demander de divorcer ? J’essaierai de ne point être cocu honorable cadi. Mais si votre fille allait jusqu’à être infidèle je viendrais vous voir pour divorcer ! Et c’est là le problème mon enfant. Car pour divorcer il faut que le cadi vienne avec deux hommes témoins constater de visu l’adultère ! ! Alors me vois tu moi cadi venir constater ma fille en train de se donner à un autre homme que son mari ? Et quels sont ces deux autres hommes qui accompagneraient le cadi pour constater et témoigner de l’adultère de sa fille ? De toutes les manières si vous y tenez je ne peux que dire Amen, mais je vous aurais averti ! ! Message reçu honorable cadi. Je ferais tout pour que ça n’arrive pas ! et si jamais ça arrivait, je tiendrais compte de votre avertissement, de votre statut de cadi et de beau père ! Un mois après, le mariage fut célébré avec éclat, on fit sortir le saroual taché de sang de Zenouba comme preuve de sa virginité et on dansa des heures devant la porte du ksar. Quelques semaines passèrent, notre mariée devient encore plus belle, ses hanches marquèrent plus de rondeur et elle n’hésitait pas à les faire dandiner en marchant. Elle prenait du plaisir à laisser apparaître une partie de sa poitrine encore ferme à chaque fois qu’elle se penchait pour remplir d’eau sa gargoulette. A chaque fin d’après midi Chani venait jouer au voyeur en contemplant ce qui apparaissait des seins de Zenouba à chaque fois qu’elle plongeait sa gargoulette dans la séguia. Moha à chaque fois qu’il sortait de la maison donnait l’impression d’avoir couru un dix mille mètres. Les longues chevauchées quotidiennes avec Zenouba ne lui laissaient plus assez d’énergie pour les autres travaux de champs. Voyant que cette mise à l’épreuve était devenue contraignante, il décida de réguler son activité sexuelle limitant à deux fois par semaine ses rapports avec Zenouba. Ce qui comme on peut le deviner ne satisfaisait pas Zenouba et l’emmena à être plus bienveillante aux avances à peine discrètes de leur voisin Ali, et finit par le prendre comme amant. Durant leurs rencontres galantes, Ali s’avérait un bon amant à la hauteur de ce qu’espérait Zenouba à tel point qu’elle le préférait à son mari. Avec lui elle se sentait libérée et donnait cours à tous ses fantasmes. Ali lui fit découvrir tous les préliminaires de l’amour, ce qui enflammait encore son ardeur et son désir. Elle attendait avec impatience l’appel du muezzin pour la prière d’el Asr, heure de sortie de son mari pour demander à son amant de la rejoindre dans son lit. Moha Ychwa voyant l’ardeur et la sollicitude de sa femme changées commença à douter. Il décida de surveiller de près les alentours de son domicile, son guet ne fut pas trop long et ce premier jour de surveillance fut le bon. Il vit Ali raser les murs avant de rentrer furtivement chez lui. Bien qu’à moitié surpris, il reconnut au fond de lui même sa part de responsabilité dans cette situation vu son incapacité à suivre le rythme effréné que lui imposait Zenouba; mais cela ne l’empêcha pas de ressentir un pincement au cœur et il se rappela les conseils et les avertissements de son beau-père le cadi. A l’intérieur de la maison Zenouba et Ali se donnaient comme à l’accoutumée à leurs ébats amoureux ne se souciant de rien qu’à part se faire plaisir et vivre pleinement leur relation amoureuse. Leurs vêtements jetés un peu n’importe comment sur le tapis reflétaient l’envie de passer sans attendre à l’action. Les préliminaires ça sera pour la deuxième ou la troisième mi-temps! Zenouba préférait étancher d’abord sa soif avant de prendre du plaisir à savourer le goût ! Tout d’un coup ils entendirent le bruit de la serrure quelqu’un essayait d’ouvrir la porte de la maison sans y arriver car Zenouba de l’intérieur a laissé la clé dans la serrure. Zut ! cria t elle ! ça ne peut être que Moha mon mari ! elle jeta pèle mêle ses habits et ceux d’Ali sous le lit et ordonna à son amant de se cacher sur la veille armoire seul meuble de la chambre. Ali essaya de son mieux de se rendre le moins apparent, mais l’espace était exigu et laissait apparaître les fesses de l’amant. Zenouba gardant son sang froid se présenta devant la porte et l’ouvrit comme si de rien n’était ! Pourquoi es tu revenu si vite, toi qui devrais être aux champs lui lança t elle ? Je crois que je vais mourir ma chère. Je sens mes entrailles se déchirer, je pense que je suis en train de vivre mes derniers moments. Sans attendre Moha se dirigea vers la chambre à coucher, tenant son ventre entre ses mains et gémissant de douleur. Il se coucha sur le dos ferma à demi les paupières mais sans avoir au paravent repéré l’endroit où se cachait l’amant de sa femme. Veux tu que je te prépare un breuvage lui lança Zenouba ? Non chérie ça ne servira à rien. Je pense que je vais mourir! Que dieu te préserve ma chérie, toi ma douce moitié, qui n’aime que moi! Que deviendras tu sans moi ? qui aimeras et qui t’aimera aussi fort comme je t’aime ? Aîe, aîe je sens que ma vie prendra fin avant ce soir !! Mais vois tu chérie ce qui me chagrine le plus ce n’est pas de mourir car un jour où l’autre nous allons tous y passer, mais le fait de partir sans t’avoir fait donation de tous mes biens ! et j’ai peur qu’après ma mort les ayants droit viennent et te privent des biens que j’aurais aimé te laisser !! Ne meurs pas Misérable s’écria Zenouba ! Tiens bon au moins jusqu’à ce que tu me fasses don de tes biens, Tiens bon chéri ne pars pas si vite ! Et d’une voix d’un agonisant moha dit à sa femme : cours vite chercher ton père. Dis lui que Moha se meurt et dis lui d’amener avec lui de quoi établir un acte adoulaire. Mais surtout qu’il soit accompagné de deux témoins hommes pour l’authenticité de l’acte. Zenouba prit de son armoire une djellaba et faillit faire tomber le malheureux amant toujours perché dessus. Elle l’enfila vite et courut chercher son père. Quelques minutes plus tard Moulay Tahar accompagné de deux
adoules fit son entrée dans la demeure de Moha précédé
par Zenouba qui de temps à autre laissait sortir un petit gémissement. Où as tu mal demanda le deuxième homme? Etablissons d’abord l’acte de succession avant de poser toutes ces questions qui peuvent attendre répliqua moulay Tahar ! Alors que veux tu léguer à ma fille? demanda Moulay Tahar à Moha Khalaqua Allah ma yachae !!! répondit Moha Que veux tu dire ? insista le cadi Khalaqua Allah ma yachae !!! dit encore moha Nous ne comprenons rien de ce que tu veux dire par Khalaqua Allah
ma yachae !!! reprit le cadi. Pardi explique nous ! D’autant plus qu’elle me semble bien réglée car elle vient de marquer l’heure avec précision par un petit «Tozz». D’un même geste les trois hommes levèrent la tête et virent les fesses du malheureux Ali qui débordaient du rebord de l’armoire. Et d’un bond énergique tel un félin, Moha se mit debout et dit en s’adressant au cadi : Veuillez consigner cher cadi ! Vous avez devant vous toutes les pièces du puzzle : la femme adultère, son amant, les deux témoins et vous le magistrat ! Moulay Tahar se rendant compte du traquenard, tira de sa choukara un registre et un stylo et rédigea l’acte de divorce en présence des deux témoins qui s’échangeaient furtivement des regards complices, contents d’assister à cette situation inconfortable dans laquelle s’est trouvé l’honorable cadi. Après avoir fait parapher l’acte par les deux témoins il le remit à Moha et d’un geste sec, prit le baluchon de sa fille sur son épaule et demanda à celle-ci de sortir de la maison. Zenouba sans dire un mot marcha pour une fois devant lui et les deux adoules sans dandiner les hanches. Moha fit descendre délicatement Ali de son perchoir et lui dit d’un ton calme : Nous avons partagé la même femme … partageons maintenant un bon verre de thé et restons bons voisins! Ali ne demandait pas mieux lui qui s’attendait plutôt à être bien puni. Il s’habilla et jura sur la tête de sa future belle mère à Moha de ne plus courtiser la femme d’un autre. Bien des années plus tard et à l’occasion de chaque rencontre les deux amis ne manquaient de pouffer de rire, Ali rêvant des fesses de Zenouba et Moha se rappelant les fesses d’Ali en forme l’horloge qui en plus à chaque heure faisaient :«Tozz» !!!
Dans un petit village adossé au versant sud du haut atlas à une trentaine de kilomètres au nord de Goulmima, sur la rive droite de l' oued Ghriss et portant le nom d'Assefla vivait une des fraction des Ait Morghade : Les Ait Herrou , Ces derniers pasteurs et nomades de vocation sont réputés pour leur courage et leur sagesse ils respectaient et appliquaient à la lettre les recommandations de leur Amghar Aâmi Moha c'est lui qui déterminait le début de la cueillette des dattes ou la date de la récolte des olives, il départageait les habitants en cas de conflit c'est également lui assisté du fkih Talb Moh qui bénissait les mariages, les naissances et tous les actes de vente ou d'héritage des Ait Herrou N'ou Sefla. Une nuit d'été alors que tous les hommes adultes du village invités chez Hro Assou savouraient sur la terrasse le bon thé à la menthe préparé avec cérémonie par Bertate, Bassou Addi l' instituteur N'Idelsen qui était présent interpella Aâmi Moha et lui demanda si dans chaque choix ou désignation l'usage de la DEMOCRATIE est indispensable? Aâmi Moha sans se dérober ni même penser qu'il est directement visé vu le rôle qu'il joue au sein de sa communauté et après avoir aspiré une bonne gorgée de thé demanda à l'assistance entière d'être attentive car dit-il ,la réponse est en elle même une interpellation pour tout le monde. Il leur dit ce qui suit : " Supposez tous, vous qui êtes ici présents y compris vous l'instituteur que demain matin vous entendez frapper à votre porte, vous ouvrez et vous vous trouvez en face de Malik El Mout (ange de la mort) qui après vous avoir salué vous dit : je suis venu prendre un membre de votre maison car c'est écrit que quelqu'un de votre famille doit mourir aujourd'hui ! mais comme nous sommes en démocratie je n'impose personne et vous laisse le soin de vous réunir afin de choisir celui qui doit quitter ce monde ! ! ceci dit je vous laisse toute la journée pour organiser vos élections et vous souhaite beaucoup de plaisir ! ! Toute l'assistance resta muette chacun se projetant en électeur et en éventuel élu de sa famille. Un silence d'église régna durant quelques minutes et c'est Hro Assou qui pour briser ce silence pesant déclara d'un ton émouvant : vous avez raison Aâmi Moha ! Mais, qui élire parmi les miens ? Mon fils Ali qui vient de naître qui est tout innocent et pour
qui la tribu a dansé l'ahidouss durant trois journées
il y'a à peine une semaine ? Non il ne peut pas être
élu ! il est tout innocent et il a droit à vivre et
grandir comme tout le monde Itto mon épouse, maîtresse de la maison qui allaite Ali, partage mon lit, s'occupe de notre vache et nos brebis? Non et trois fois non. Elle ne peut pas être élue une aussi belle femme dont les youyous se font entendre jusqu'à Aourir et puis le veuvage ne me convient pas et il est hors de question que ça soit elle! Qui me rapportera Tikirfella et laâssabate ? et puis aimer quelqu'un d'autre qu'Itto est impensable! Quant à moi Aâmi Moha je ne peux pas m'élire les autres non plus ne voudront certainement élire pour la mort leur fils père et mari tous ils ont encore besoin de moi les uns pour être élevés et éduqués les autres pour être assistés et Itto pour continuer à être aimée! Et quand Hro Assou termina ses parole Aâmi Moha se leva et demanda à tous s'ils sont du même avis que Hro Assou ? Après s'être assuré de l'unanimité de tous, et après avoir d'un geste seigneurial passé sa main sur sa barbe blanche, il leur déclara d'une voix pleine de sagesse " Vous voyez mes enfants que n'étant pas en possession de toutes les données de chacun il est préférable de laisser à Malik el Mout le choix de celui qui l'accompagnera " N'est ce pas aussi une Démocratie? L'instit d'Idelsen se leva, baisa la main de Aâmi Moha et demanda à Talb Moh de réciter la fatiha et de demander à Dieu de retenir le plus longtemps son ange de la mort (Zrikhten g char dough g lahna)
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