CHOUF SENNI A BAHADDOU !!
Ba Haddou qui habitait Toughza dit Mahhama Ali, revenait de Mou où
venait de prendre fin le grand mariage de Hmad ou Baâlla. Grande
fête à laquelle avaient participé tous les grands
poètes des Iqabliyen. La dernière soirée fut
réservée au traditionnel Sahi L’Hana et Ba Haddou
s’en sortit avec brio quand il dansa tout en tapant sur son
tambour autour de Tislite. Il avait réalisé un parcours
sans faute face à l’une des meilleure danseuse de sahi
l’hana que fut Aîcha Kaddour ! Les youyous fusaient de
partout et Ba Haddou se sentit l’homme le plus heureux du monde
! Et c’est justement cette ambiance de fête que Ba Haddou
continuait à vivre dans sa tête sur son chemin de retour.
Le ciel était bien étoilé et la pleine lune diffusait
une lumière tamisée mais suffisante pour éclairer
son chemin. Arrivé à hauteur de L’Jir N’
Ouakka Ba Haddou entendit des bruits de pas derrière lui. Il
se retourna et vit une femme d’une trentaine d’années,
portant des habits de fête s’approcher de plus en plus
de lui. Une fois arrivée à son niveau elle le salua
et lui déclara qu’elle revenait de Mou où elle
avait assisté au mariage de Hmad ou Baâlla.
Tiens lui dit Ba Haddou moi aussi je revenais de ce mariage !
Et comment l’as tu trouvé lui demanda Ba Haddou ?
Très réussi, répondit la femme. Surtout que tu
étais excellent pendant ta prestation ! Ta façon de
jouer au tambour m’avait beaucoup impressionnée.
Veux tu m’en jouer un peu lui demanda la jeune femme ?
Volontiers, répondit Ba Haddou
Ba Haddou commença alors à jouer du tambourin en pleine
nuit. Le rythme soutenu des ses tam-tam commençaient à
faire de l’effet sur la jeune femme qui commença à
danser devant lui. Au fur et à mesure que le rythme s’accélérait
le corps de la jeune femme se tordait, ses cheveux commençaient
à se défaire ses yeux devenus plus grands et plus menaçants
fixaient de plus en plus Ba Haddou qui n’osait pas arrêter
de taper sur son tambour. Cette danse qui ne présageait rien
de bon pensait-il. D’un juste brutal la dame toute métamorphosée
se tourna vers son infortuné compagnon lui sourit beaucoup
plus pour lui montrer ses dents que pour le charmer. Elle lui ordonna
de sa voix devenue rauque de chanter avec elle :
Que vais je chanter lui demanda Ba Haddou ?
Tu improviseras comme je vais le faire lui répondit elle
D’accord dit à alors Ba Haddou. A toi de commencer
Aussitôt la danseuse aux cheveux défaits commença
son chant par :
Chouf Senni A Ba Haddou ! !
(Regarde mes dents ô Ba Haddou)
Ba Haddou lui répondit aussitôt :
Hadi Babt Li Imchi Fi lil Al Ghoula
(C’est ce que mérite celui qui voyage la nuit ô
Monstre)
les deux voyageurs, chanteurs et danseurs pour la circonstance continuaient
dans leur ballet improvisé répétant chacun à
son tour le refrain de la circonstance tout en faisant des plans de
sortie indemne de cette situation peu enviable: pour Ba Haddou comment
sortir de ce piège dont l’issue ne peut que lui être
fatale; et pour la mystérieuse danseuse comment prolonger le
plus longtemps le plaisir de la transe avant d’en finir avec
l’homme qu’elle avait repéré à Mou
et sur lequel elle a fixé son choix. La danse continuait de
plus belle et Ba Haddou jouant le jeu, faisait semblant d’être
complètement absorbé par le rythme et le chant mais
s’approchait de plus en plus de la falaise de l’oued et
quand il sentit le moment propice, il poussa d’un geste violent
la danseuse aux longues dents dans le ravin, prit ses jambes à
son cou et ne s’arrêta qu’après avoir franchi
la porte du ksar de Toughza !