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ZAYDNASS AMANE I TGATOUTE ! le 26/12/2009 à 13h42

Nombreux sont ceux qui parmi vous connaissent la souffrance qui advient lorsque on verse de l'eau sur la corde qui attache une personne. La personne attachée ressent au début une légère accalmie avant de se rendre compte par la suite que la douleur devient plus forte que ce qu'elle était avant que la corde soit mouillée. (Titre de ma chronique pour les non Amazighophones).

Dans ma chronique de cette semaine, je vais vous relater ce que je pense quant à l’implantation d’une faculté à Errachidia et le projet d’une seconde à Ouarzazate.
A défaut de disposer d’une post-évaluation de cette implantation, je soumets à tous les lecteurs et particulièrement aux Ghrissois ce qui me semble être une grande erreur d’appréciation de ceux qui ont initié ce projet.

J’étais parmi ceux qui avaient applaudi la création d’une faculté à Errachidia. Pour avoir vécu ce que vivaient et ce qu’enduraient les étudiants pour aller poursuivre leurs études à Meknes, Fès, Rabat ou dans d’autres villes. Les longs trajets, les difficultés de transport et bien sûre tout ce qui se rapporte à l’hébergement étaient autant d’embûches pour nos étudiants. Seulement en allant continuer leurs études dans des grandes villes cela permettait aux étudiants non seulement de découvrir la vie citadine,mais aussi d’être tout près d’un environnement à grand potentiel d’emplois. Il leur permettait également de trouver facilement des stages de fin d’études, et à la fin de leurs parcours universitaire de pouvoir chercher avec moins de difficultés une entreprise ou un employeur qui pourraient les embaucher.
Je pensais donc que l’implantation de cette faculté à Errachidia allait être accompagnée par un développement de la région qui allait permettre aux étudiants de trouver une embauche et un job une fois leurs études terminées.

Trois secteurs et non des moindres pouvaient servir de levier pour le décollage de la région et répondre à cette demande prévisible des lauréats de cette faculté.
Le secteur agricole vient en tête, si les autorités avaient décidé de mettre en valeur toute cette plaine se trouvant entre l’Anti-Atlas et le Haut Atlas, qui s’étend de Boumalen du Dadès jusqu’à Rissani par la construction de barrages sur les cours d’eau qui charrient chaque année des millions de mètres cubes d’eau qui vont se perdre dans les sables du dessert. le Ghriss, le Ferkla, le Todgha et le Dadès peuvent transformer ces étendues de terres fertiles de cette région à qui ne manque que l’eau. Elles deviendraient un second Tadla si nos décideurs l’avaient voulu. L’agriculture et le secteur agro-alimentaire fourniraient des emplois à des milliers de jeunes.
Vient ensuite le secteur Touristique qui ne demande qu’à être pris en main et développé avec tout ce qu’il offre comme possibilités d’emplois, mais là aussi le CRT de Meknes / Tafilalet et L’office Marocain du tourisme ne semblent pas pressés pour créer une dynamique pour ce secteur. L’absence du produit spécifique de la région lors de la tenue des salons du tourisme en Europe et le manque d’une desserte aérienne directe Europe / Errachidia handicape la destination. Là aussi, un grand potentiel emplois existe mais nécessite une volonté politique de nos décideurs.
Le troisième secteur est celui de la prospection minière qu’il faut entreprendre et redynamiser, mais surtout construire des unités de transformation sur place et non transporter le minerai comme on le fait actuellement jusqu’à Meknes ou Casablanca pour le transformer et priver ainsi nos jeunes d’un travail qui devrait leur revenir en premiers.

Revenons maintenant à nos étudiants de la faculté d’Errachidia. Est-ce que vous pensez qu’un licencié de la faculté d’Errachidia qui a passé son Bac à Goulmima, Tinejdad, Assoul, Mellab, Erfoud ou Rissani et qui n’est jamais allé au-delà de Tizi N’Talghoumte a les mêmes chances de trouver un emploi qu’un casablancais, ou Rbati qui après avoir chaque jour pris son petit déjeuner sort de chez lui et va à la recherche d’un emploi ?
A nos étudiants se pose déjà le problème de moyens pécuniaires pour se rendre en ville ! Quant à s’y retrouver et repérer les entreprises c’est pour eux plus dur que le parcours du combattant. Je vous laisse le soin d’imaginer l’état moral et physique d’un candidat qui viendrait de notre région pour un entretien d’embauche en ville. Je n’ose même pas imaginer ce que ça serait dans le cas où ça serait une fille !
Même l’administration qui jadis permettait de trouver un emploi ne recrute plus ! C’est l’impasse totale et chaque année nous voyons grossir le nombre de nos jeune diplômes qui malgré leurs persévérance et leur volonté de ne pas céder au désespoir finissent pas être oisifs pour certains, aigris et furieux pour d’autres !

Je pense qu’implanter des facultés dans des villes comme Errachidia et Ouarzazate sans anticiper sur le devenir de ces jeunes à la fin de le parcours universitaire par la création des activités qui permettraient leurs embauches n’est autre chose qu’une grave erreur d’appréciation.
A défaut de palier à cette défaillance il serait préférable de laisser nos étudiants aller poursuivre leurs formations en villes. C’est vrai que les quatre années d’études risquent d’être vécues dans des conditions difficiles, mais elles leurs offrent l’avantage de s’acclimater à la vie citadine, et surtout avec plus de chance de trouver un emploi pour le reste de leur vie.

Voilà le genre réflexion qui doit bénéficier de toute l’attention de nos élus, des autorités et de la société civile. Un problème qui dépasse les clivages politiques et qui touche la totalité des jeunes de notre région.

Ainsi va Ghriss
Casablanca le 27/10/07

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