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LA MUSIQUE GNAOUIE le 26/12/2009 à 13h29

Sans être un mélomane ni un averti dans le domaine musical, je suis comme le commun des mortels, quelqu'un qui s’intéresse à sa manière ou plutôt suivant ses possibilités à ce domaine qui fait partie de notre vie de tous les jours.
Il est vrai que le domaine de la musique avec toutes ses variétés n’épargne personne, du sacré au profane en passant par le spirituel chacun y trouve son dada.
Même reconnaissant que mes connaissances dans le domaine musical sont très limitées, j’ai choisi cette semaine de vous parler de la musique pour deux raisons.
La première c’est que le 21 juin est en train d’être reconnu mondialement comme journée de la musique. Même les USA qui sont d’habitude réticents à tout ce qui est « Frenshes » ont fini par fêter cette journée cette année. Les rues de New York a vécu une nuit entière aux rythmes de toutes sortes de musiques. Ce qui n’a pas déplu à Jacques Lang, initiateur de cette manifestation qui s'est d'ailleurs déplacé pour la circonstance aux USA.
La deuxième raison est la tenue pendant ces derniers quatre jours du dixième festival Gnawa à Essaouira.
Déjà dix ans me diriez-vous !
Eh bien oui, dix ans enfin pour que cette musique des esclaves ait sa place et soit reconnue comme telle.
Les USA n’étaient pas les seuls à avoir pratiqué l’esclavagisme. Les pays arabes l’avaient pratiqué aussi pour ne pas dire que certains continuent à l’entretenir d’une manière moins voyante. Mais les USA lorsqu’ils l’ont aboli et peut être même avant qu'ils le fassent ont tout fait pour que cette musique des esclaves ait sa place et soit reconnue comme musique d’un peuple opprimé dont le saxophone et les autres instruments traduisent les complaintes des ouvriers des plantations de coton de la Louisiane.
Notre musique Gnaoui elle, est restée « esclave » malgré l’affranchissement des personnes. Le timbre grave du "Hajhouj" qui traduit les coups de fouets assénés aux esclaves qui travaillaient dans les mines de sel et les « cris » aigus des castagnettes « Tikarkachine » qui symbolisent le bruit des chaînes métalliques qui attachaient les pieds de ces malheureux à qui on ne reprochait autre chose que d’avoir la peau à la couleur d’ébène !
Et pour revenir au festival d’Essaouira, ce festival donc qui essaie de faire connaître notre jazz, a le mérite d’essayer de regrouper ces deux variétés de musique d’un même peuple.
Eh surprise ! la fusion entre les rythmes des M3alem du Gnaoui et des grands artistes du jazz est totale. Les acteurs sur scène n’ont pas besoin de traducteurs pour communiquer. Le Hajhouj aussi traditionnel qu’il est en accord total avec le saxo et la batterie. Les balancements des corps ont le même rythme et les esprits communiquent entre eux à travers des canaux que l’homme ne maîtrise plus !
C’est normal me suis-je que les instruments qui expriment la même souffrance d’un même peuple s’entendent et s’accordent !
Voilà ce que cet alizé qui caresse chaque jour la fille du vent qu’est Essaouira m’a inspiré ce jour. Mais rassurez-vous, aussi frais que soit le vent d'Essaouira cela ne m'a pas fait oublier Ravel et son boléro, Vivaldi et ses quatre saisons, N3ini3a et son « kard a bounou » et Lhhamouniya et son "Bsmelmel ka tmelmel"
Ceci étant dit, j’attends le jour ou le sens péjoratif de la négritude soit oublié et que ce mot ne soit plus compris que dont le sens dont le voulait feu Senghor.
Et si le Jazz et le Gnaoui sont des musiques de nègres ; alors je revendique cette négritude et vous dis que je suis le plus nègre de tous les nègres !

Ainsi va Ghriss ...
Essaouira le 24/06/07

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