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Oraison fun├Ębre pour Mle 001 le 23/12/2019 à 17h20

 

RHAL DA, ZDAGH DA
Une histoire en hommage à l’entreprise qui fut mon premier employeur et à qui je dois beaucoup dans ma formation et mon parcours professionnel.
Je relate ci-après une histoire dans laquelle j’ai mixé le réel et l’imaginaire et je vous laisse le soin de faire la part de ce qui s’est réellement passé et du fruit de mon imagination.
Bonne lecture à vous tous !
« Oraison funèbre pour le matricule 001 ! »
La première raffinerie de sucre au Maroc fut construite à Casablanca dans les années vingt du siècle passé par le groupe français Saint-Louis. Cette raffinerie avait comme raison sociale: Compagnie Sucrière Marocaine (Cosuma) avant de devenir Cosumar après sa marocanisation en 1965. (Un jour je vous raconterai l’histoire de cet “R” qui lui a été greffé)
Lors de la construction de l’usine, une quinzaine de charrettes tirées par des ânes avaient été utilisées pour transporter les matériaux qui servaient pour sa construction.
A la fin des travaux, toutes ces bêtes furent vendues à l’exception d’un âne à qui le Directeur de l’usine avait attribué le matricule (Mle) 001. Cet âne fut confié à un nommé Baba Hmad pour s’occuper de lui et l’utiliser pour enlever chaque matins les déchets qui sont déposés dans des poubelles métalliques devant les ateliers et le magasin principal de l’usine.
Après quelques mois de ce travail routinier, l’âne avait fini par mémoriser le trajet de sa tâche quotidienne et Baba Hmad se contentait de l’atteler et d’aller l’attendre là où il devait vider la charrette.
Mle 001 faisait sa tournée tout seul et quand il arrivait à l’endroit où il devait charger, il donnait un coup de sabot à la poubelle pour que quelqu’un vienne la vider dans la charrette. Une fois après avoir donné un, puis deux, puis trois coups de sabot à la poubelle sans que personne ne sortait pour la vider, l’âne se fâcha et de toutes ses forces lança un braiment que tous les employés des bureaux de l’administration de l’usine entendirent. Et depuis ce fait, ceux qui se chargeaient de vider les poubelles ne laissaient plus attendre le matricule 001 comme ils le faisaient des fois.
Après une dizaine d’années de loyaux services et voyant qu’il n’a plus l’allure rapide qu’il avait quand il tirait sa charrette, Baba Hmad avait plaidé auprès de la Direction pour que 001 bénéficie d’une retraite. 
La Direction non seulement avait accepté la demande en dispensant des travaux 001, mais avait aussi accordé une retraite bien méritée à l’âne en chargeant Baba Hmed de lui fournir chaque jour sa ration de paille et d’orge, de remplir d’eau la cuvette qui lui servait d’abreuvoir et de nettoyer son local.
Pour se dégourdir les pattes, chaque jour 001 continuait de faire sa tournée sans tirer la charrette puis revenait à son local. Lui-même ayant compris qu’il était déchargé de cette tâche il passait devant les poubelles sans leur donner ses coups de pattes habituels ou de braire.
Un matin d’hiver, Baba Hmed trouva 001 raide mort dans son enclos. Il avertit le Directeur du Personnel qui de son côté informe le Directeur Général de l’usine qui convoque les autres membres de la direction ainsi que les les délégués du personnel pour les informer de la mort d’un des premiers travailleurs de l’entreprise .
Au cours de cette réunion le Directeur Général donne ses instructions pour que le matricule 001 soit enterré à l’intérieur de l’usine entre le grand magasin et le mur d’enceinte. Il demande au chef magasinier de coudre un linceul avec des sacs en jute semblables à ceux dans lesquels sont emballés les pains de sucres. 
Lors de la cérémonie de l’enterrement, et après la mise en terre de 001, le Directeur Général demanda à chaque représentant des communautés religieuses de dire quelques mots. (en plus de la majorité des ouvriers qui étaient musulmans, de nombreux chrétiens et juifs faisaient partie du personnel de l’usine). 
Pour les chrétiens, Jean Moscato le Chef d’Atelier était le premier à prendre la parole et avait dit ceci :
Repose en paix 001. Je n’oublie pas que tu étais parmi les animaux qui entouraient l'Enfant-Jésus nu dans son auge sur la paille. Certainement que là haut au Paradis, Jésus-Christ notre seigneur te choisira pour lui servir de monture pour l’éternité .
Pour la communauté juive, c’était Albert Azagury (Mecanicien réparateur des balances) qui après avoir placé une kippa sur sa tête avait pris la parole pour dire ceci:
001 ton départ m’afflige beaucoup, car à chaque fois que je te croise, tu me rappelles mon défunt grand-père qui avec son âne arpentait les sentiers de l’Atlas en tant que 3atar pour vendre ses marchandises aux habitants des localités montagneuses enclavées. Que Moise notre prophète te choisisse parmi les animaux qu’il aime et te garde auprès de lui.
Puis vient le tour de Baba Hmad (ouvrier au service nettoyage) de prononcer son oraison funèbre. Ému et très affecté par la mort de 001, et d’une voix affectée par l’émotion, il déclara: 001 mon compagnon, tu pars après avoir accompli sans tricher tes tâches et ton devoir. Tu te contentais de ta ration de paille et d’orge sans jamais demander qu’elle soit augmentée. Je rappelle à l’assistance que tu étais le seul à ne jamais bénéficier du treizième mois de gratifications comme l’ensemble des travailleurs de l’usine. Tu n’as jamais présenter un certificat médical de complaisance pour t’absenter de  ton travail. Plus que ça, tu n’as jamais demandé à sortir de l’usine pour rencontrer les ânesses des parages ! 
Pour toutes ces raisons, je ne doute point qu’au paradis, tu n’auras plus à tirer aucune charrette ni à te priver de monter les belles ânesses dont tu étais privé ici-bas l Que Dieu m’entende !
Alors que les yeux des personnes qui assistaient à l’enterrement étaient sur le point de verser quelques larmes, après les interventions de Moscato et d’Azagury l’oraison de Baba Hmad détendit le climat et toute l’assistance éclata de rires avant de quitter le carré où 001 fut enterré.
Ainsi va Ghriss
Une histoire en hommage à l’entreprise qui fut mon premier employeur et à qui je dois beaucoup dans ma formation et mon parcours professionnel.
Je relate ci-après une histoire dans laquelle j’ai mixé le réel et l’imaginaire et je vous laisse le soin de faire la part de ce qui s’est réellement passé et du fruit de mon imagination.
Bonne lecture à vous tous !
« Oraison funèbre pour le matricule 001 ! »
La première raffinerie de sucre au Maroc fut construite à Casablanca dans les années vingt du siècle passé par le groupe français Saint-Louis. Cette raffinerie avait comme raison sociale: Compagnie Sucrière Marocaine (Cosuma) avant de devenir Cosumar après sa marocanisation en 1965. (Un jour je vous raconterai l’histoire de cet “R” qui lui a été greffé)
Lors de la construction de l’usine, une quinzaine de charrettes tirées par des ânes avaient été utilisées pour transporter les matériaux qui servaient pour sa construction.
A la fin des travaux, toutes ces bêtes furent vendues à l’exception d’un âne à qui le Directeur de l’usine avait attribué le matricule (Mle) 001. Cet âne fut confié à un nommé Baba Hmad pour s’occuper de lui et l’utiliser pour enlever chaque matins les déchets qui sont déposés dans des poubelles métalliques devant les ateliers et le magasin principal de l’usine.
Après quelques mois de ce travail routinier, l’âne avait fini par mémoriser le trajet de sa tâche quotidienne et Baba Hmad se contentait de l’atteler et d’aller l’attendre là où il devait vider la charrette.
Mle 001 faisait sa tournée tout seul et quand il arrivait à l’endroit où il devait charger, il donnait un coup de sabot à la poubelle pour que quelqu’un vienne la vider dans la charrette. Une fois après avoir donné un, puis deux, puis trois coups de sabot à la poubelle sans que personne ne sortait pour la vider, l’âne se fâcha et de toutes ses forces lança un braiment que tous les employés des bureaux de l’administration de l’usine entendirent. Et depuis ce fait, ceux qui se chargeaient de vider les poubelles ne laissaient plus attendre le matricule 001 comme ils le faisaient des fois.
Après une dizaine d’années de loyaux services et voyant qu’il n’a plus l’allure rapide qu’il avait quand il tirait sa charrette, Baba Hmad avait plaidé auprès de la Direction pour que 001 bénéficie d’une retraite. 
La Direction non seulement avait accepté la demande en dispensant des travaux 001, mais avait aussi accordé une retraite bien méritée à l’âne en chargeant Baba Hmed de lui fournir chaque jour sa ration de paille et d’orge, de remplir d’eau la cuvette qui lui servait d’abreuvoir et de nettoyer son local.
Pour se dégourdir les pattes, chaque jour 001 continuait de faire sa tournée sans tirer la charrette puis revenait à son local. Lui-même ayant compris qu’il était déchargé de cette tâche il passait devant les poubelles sans leur donner ses coups de pattes habituels ou de braire.
Un matin d’hiver, Baba Hmed trouva 001 raide mort dans son enclos. Il avertit le Directeur du Personnel qui de son côté informe le Directeur Général de l’usine qui convoque les autres membres de la direction ainsi que les les délégués du personnel pour les informer de la mort d’un des premiers travailleurs de l’entreprise .
Au cours de cette réunion le Directeur Général donne ses instructions pour que le matricule 001 soit enterré à l’intérieur de l’usine entre le grand magasin et le mur d’enceinte. Il demande au chef magasinier de coudre un linceul avec des sacs en jute semblables à ceux dans lesquels sont emballés les pains de sucres. 
Lors de la cérémonie de l’enterrement, et après la mise en terre de 001, le Directeur Général demanda à chaque représentant des communautés religieuses de dire quelques mots. (en plus de la majorité des ouvriers qui étaient musulmans, de nombreux chrétiens et juifs faisaient partie du personnel de l’usine). 
Pour les chrétiens, Jean Moscato le Chef d’Atelier était le premier à prendre la parole et avait dit ceci :
Repose en paix 001. Je n’oublie pas que tu étais parmi les animaux qui entouraient l'Enfant-Jésus nu dans son auge sur la paille. Certainement que là haut au Paradis, Jésus-Christ notre seigneur te choisira pour lui servir de monture pour l’éternité .
Pour la communauté juive, c’était Albert Azagury (Mecanicien réparateur des balances) qui après avoir placé une kippa sur sa tête avait pris la parole pour dire ceci:
001 ton départ m’afflige beaucoup, car à chaque fois que je te croise, tu me rappelles mon défunt grand-père qui avec son âne arpentait les sentiers de l’Atlas en tant que 3atar pour vendre ses marchandises aux habitants des localités montagneuses enclavées. Que Moise notre prophète te choisisse parmi les animaux qu’il aime et te garde auprès de lui.
Puis vient le tour de Baba Hmad (ouvrier au service nettoyage) de prononcer son oraison funèbre. Ému et très affecté par la mort de 001, et d’une voix affectée par l’émotion, il déclara: 001 mon compagnon, tu pars après avoir accompli sans tricher tes tâches et ton devoir. Tu te contentais de ta ration de paille et d’orge sans jamais demander qu’elle soit augmentée. Je rappelle à l’assistance que tu étais le seul à ne jamais bénéficier du treizième mois de gratifications comme l’ensemble des travailleurs de l’usine. Tu n’as jamais présenter un certificat médical de complaisance pour t’absenter de  ton travail. Plus que ça, tu n’as jamais demandé à sortir de l’usine pour rencontrer les ânesses des parages ! 
Pour toutes ces raisons, je ne doute point qu’au paradis, tu n’auras plus à tirer aucune charrette ni à te priver de monter les belles ânesses dont tu étais privé ici-bas l Que Dieu m’entende !
Alors que les yeux des personnes qui assistaient à l’enterrement étaient sur le point de verser quelques larmes, après les interventions de Moscato et d’Azagury l’oraison de Baba Hmad détendit le climat et toute l’assistance éclata de rires avant de quitter le carré où 001 fut enterré.
Ainsi va Ghriss
washington le 20/12/2019

 

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