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AGHYOUL N’RAHHOU (L’Ane de Rahhou) le 26/12/2009 à 12h29

A Ghriss après l’occupation française et avant que les nouvelles autorités imposent leur loi. Certains Habitants de Ghriss avaient instauré des tournois de jeu d’argent (Lqmar), Et c’est ainsi que chaque ksar avait ses parieurs «Iqmriyen » qui passaient des nuits à jouer aux cartes et à miser aussi bien de l’argent que leurs biens personnels allant des champs jusqu’à leurs maisons.
Un ami à moi m’a raconté qu’un soir à Tadighouste (Lharte), après avoir tout perdu un Ghrissois misa Akidour qu’il portait. La chance n’étant pas de son coté, il perdit son habit et sortit dans la rue tout nu.
Heureusement que c’était la nuit et l’été et que c’était un homme de bonne famille qui l’avait trouvé dans cet état et qui lui avait remis son Azenar (burnous) pour qu’il ne revienne de Tadighouste à Igoulmimn nu.

La deuxième histoire est celle de Rahhou dont la maison abritait une autre nuit d’été une grande réunion d’Iqmriyen. Ce soir là Rahhou qui d’habitude faisait chaque nuit de petits gains perdit tout ! mais comme le jeu se déroulait chez lui il ne pouvait pas se retirer et n’avait pas un autre choix que d’attendre que la partie se termine.
Voyant que la partie allait encore durer longtemps, Rahhou décida d’aller prendre un peu d’air frais en dehors de la maison. Au rez-de-chaussée de sa demeure et devant la porte de Tihouna (étable) il trouva son ânon qui s’est libéré de sa corde et qui attendait à Tassakifte (hall).
Rahhou gratta une allumette et vit que son âne le regardait avec pitié il le caressa et lui murmure à l’oreille  
Tsnd issi tchane ! ( tu sais que j’ai tout perdu)
Comme s’il avait compris, l’âne hocha la tête !
Rahhou le souleva, le mit sur ses épaule et remonta les escaliers pour rejoindre les parieurs. Ces derniers éclatèrent de rire en voyant leur ami avec un petit âne sur les épaules. Rahhou posa la petite bête sur la natte en feuilles de palmier qui leur servait de nappe de jeu et leur dit :
Je mise mon petit âne !
Tous éclatèrent de rire; Mais pour s’amuser et aussi se moquer de Rahhou les parieurs acceptèrent et le petit âne fit partie de la cagnotte de jeu pour une somme de cinq rials !

La chance sourit à Rahhou qui gagna cette mise comprenant son âne. Et avant d’attacher son âne à la fenêtre du salon où se déroulait le jeu et reprendre sa place au milieu des parieurs, il posa un baiser entre les yeux de son bourriquot et lui chuchota à l’oreille :
Awa sahank al-mardi ! (merci mon béni !)
Partie après partie Rahhou finit par tout gagner. Quelques instants après avoir tout perdu, Rahhou devint grâce à son âne un des riches du Ksar.
Le lendemain sans rien dire à personne il se rendit chez Oukich au village. Il acheta à sa maman un A3bane neuf et de belles babouches et il choisit la plus belle de Tisbniyine (foulards) pour son âne. )
Revenu au Ksar Rahhou remit son cadeau à sa mère, et conduit son âne à Tamrdoulte après lui avoir ajusté Tasbniyte sur la tête. Devant toute l'assistance il cria à haute voix:
Hane Aghyoul inw I3fa Ghifs Rabi (Mon âne est dispensé de tous les travaux)
Depuis ce jour, l’âne de Rahhou fut dispensé de toutes les taches et à chaque fois qu’il le conduisait à l’abreuvoir, il lui ajustait sur la tête Tasbniyte aux belles couleurs que de nombreuses femmes du ksar souhaitaient porter sur leurs têtes.

Ainsi va Ghriss
Décembre 2006

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