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Le devoir de transmettre le 01/10/2016 à 04h09

Si « Mounkar » et « Nakir » les deux anges qui questionnent  dans sa tombe toute personne qui vient d’être enterrée, ajoutent aux trois questions:

-      Qui est ton Seigneur ?

-      Qui est ton prophète ?

-      Quelle est ta religion ? 

Une quatrième question qui est :

-      As-tu transmis à ceux que tu as précédés, ce que ceux qui t’ont précédé t’ont transmis ?

Et si la réponse à la question des deux anges est négative ou insuffisante, « Azra'eil  (عزرائيل) » qui est lui aussi présent, assène un coup de bâton qui viendrait fendre le crane du nouveau mort, pour avoir failli à son devoir de transmettre et pour avoir contribué à la perte d’une grande partie de notre mémoire historique et culturelle !

A l’exception de quelques personnes qui ne dépassent pas le nombre des doigts des deux mains, de nombreux ghrissois qui pourtant ont une bonne plume et une longue et riche expérience acquise lors de leur vie active, ne daignent pas écrire et transmettre un peu de leur savoir aux jeunes. Ne savent-ils pas que les générations montantes peuvent tirer profit, même si ce n'est que pour leur éviter de commettre les erreurs et les embuches qu’ils avaient rencontrées durant leurs vies actives.

Je comprends qu'il est parfois difficile de trouver le temps ou d'avoir de l'inspiration pour écrire après une journée de travail. Une fois à la maison on a plus envie de consacrer son temps à sa petite famille et se reposer. Ce qui est tout à fait normal et compréhensif; Mais une fois on est à la retraite, le temps ne manque plus pour faire part de ses réflexions. Ca permet d'entretenir les méninges, de ne pas "vieillir inutile" et surtout de ne pas mourir "intellectuellement avant l'heure.

Ce devoir de transmettre par l'écriture devient pressent en ces temps où l'oralité est défaillante et ne permet plus d'entretenir par le bouche à l'oreille notre mémoire ancestrale en l'alimentant comme avant par nos traditions.

Qui de nous raconte à ses enfants ou à ses petits enfants les nombreux contes que nous racontaient nos parents autour du feu durant les soirées d'hiver ? Nos parents nous racontaient non seulement des histoires qui font partie du répertoire culturel de notre région mais aussi leurs aventures, leurs divers voyages et tout simplement leurs vies.

Quelques ghrissois à l'exemple de feus Moha Khettouch et de Moha Laayid qui nous ont quittés, sont toujours parmi-nous à travers leurs ouvrages et leurs écrits. Et beaucoup d'autres sont partis en emportant malheureusement avec eux ce qui leur est propre et ce que d'autres leur avaient transmis. Et si tout homme qui meurt n'est pas l'équivalent d'une bibliothèque qui brûle, il représente plusieurs livres qui ne seront jamais lus!

A vous qui avez lu ce billet, ne soyez pas de ceux qui oublient de transmettre un peu du savoir que d’autres leur ont transmis.

Ainsi va Ghriss

Goulmima le 30/09/2016

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