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On n'oublie pas ceux qu'on aime ! le 04/06/2016 à 07h00

On n’oublie pas ceux qu’on aime !

Il y a deux ans à quatre jours près, j’avais consacré ma chronique à un Ghrissois ; non pas seulement parce qu’il est un ami, mais parce qu’à mes yeux il est un des rares Ghrissois à s’acquitter du devoir que devrait accomplir tout fils de Ghriss envers sa localité natale et sa région.

Cette semaine, Facebook me rappelle cette chronique que j’avais insérée le 31 Mai 2014. Je l’ai relue et je vous invite à faire de même. Car les grands hommes ne doivent jamais être oubliés. Ils doivent rester grands dans les cœurs et dans les mémoires.

Ainsi va Ghriss.

Washington le 04 juin 2016

Merci mon Général !

J'ai attendu que la tristesse de ceux qui t'aiment et qui sont nombreux soit apaisée et que les mercenaires de la presse qui ont perdu leur objectivité journalistique et leur dignité en se comportant en snipers à la solde de leurs maîtres, terminent de verser leur venin, pour te dire que pour nous, tu demeures ce que tu as toujours été, un exemple d'officier supérieur dévoué à son pays et à son roi et resté attaché à sa région et sa localité natale, Tadighouste.

Bien que nous soyons tous les deux de Ghriss, notre amitié n'avait commencé qu'une après-midi de l'année 1966, sur le boulevard Mohamed V à Meknès. Tu étais avec un autre fils de Ghriss qui était ton compagnon d’arme, feu capitaine Moha Mezroub tué lors des accrochages avec le Polisario et l´armée algérienne à Ouarkziz dans nos provinces du sud. Vous étiez tous les deux en dernière année de votre formation d’officiers à l'Académie Royale Militaire de Meknès et moi potache au lycée Moulay Ismaïl de la même ville. On s'est rencontré alors que vous venez de terminer un exercice de marche à pied d'El Hajeb à Meknès avec votre paquetage sur le dos. Vous étiez fatigués mais vous teniez à faire le boulevard comme il était de coutume de le faire en ces temps chaque dimanche après-midi. Depuis cette date et bien que nos chemins de carrière soient différents, une estime partagée nous a toujours liés. A chaque fois que nous nous rencontrerions, c'était pour parler de Tamazirte pour laquelle nous partageons le même amour.

Je ne vais pas parler de ta carrière au sein des FAR ni à la tête des Forces Auxiliaires. Je me contente de rappeler que lors d'une rencontre à Agadir, tu me paraissais éprouvé par les missions dont tu étais chargé et par tes fréquents déplacements à travers le Maroc au point ou j'avais osé te dire: 

- Haddou pourquoi ne penses-tu pas à prendre ta retraite?

Ta réponse comme une rafale de mitraillette était sèche et percutante:

- Comment oserai-je demander ma retraite alors que je peux encore servir ma patrie et mon roi ?
Une réponse qui confirme le degré d'intensité de ton dévouement et la vigueur de ta détermination qui caractérise le soldat loyal et l’officier supérieur que tu étais.

Je ne te cache pas ma fierté et ma joie lorsque tu as été promu Général. Pour le Ghriss, une barrière et un seuil viennent d'être franchis après que de nombreux officiers supérieurs de chez-nous ont vu leur carrière s'arrêter au grade de colonel-major. Ouf, me suis-je dit. Haddou est passé, les autres vont pouvoir suivre incha Allah !

Je ne te mentirais pas non plus en te disant que ma déception était immense lorsque j'ai appris ton départ à la retraite. Cette nouvelle m'a beaucoup attristé; non pas par le fait que tu partes à la retraite, (je suis moi même à la retraite depuis cinq années et rien que de ne pas être obligé de me nouer chaque matin une cravate autour du cou m'a redonné une part de ma liberté perdue lorsque j'étais en fonction), mais révolté par la réaction de ceux qui te jalousent et de ceux pour qui tu faisais de l'ombre par ta disponibilité, ta présence et ton implication sur le terrain. Je n'oublie pas non plus les éternels allergiques aux prénoms amazigh surtout lorsque ceux-ci occupent des hautes fonctions !

Ta mission au sein des forces auxiliaires n'était pas une tâche aisée et tu as su et pu relever le challenge en transformant ces auxiliaires en vrais militaires et en vrais professionnels. Ce n'est plus les mokhaznis habillés n'importe comment et ne sachant ni lire ni écrire que nous croisons aujourd'hui, mais une vraie force d'intervention disciplinée et équipée; capable de faire face à toutes les situations. Pour tous les habitants de la région du sud-est du Maroc et tout particulièrement pour les jeunes que tu as beaucoup aidés, tu restes un symbole et un exemple dont ils sont fiers. L'exemple d'un officier qui a su accomplir avec dévouement et courage la mission dont il était chargé.

Que peut donc te souhaiter l'ami que je suis, sinon de vivre une bonne et paisible retraite, au sein des membres de ta famille et entouré de tes nombreux amis qui seront ravis de te retrouver.

Ainsi va Ghriss

Goulmima le 31/05/2014

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