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Moha est toujours parmi-nous ! le 16/04/2016 à 11h22

Cette semaine, je voudrais rendre hommage encore une fois à feu Moha Khettouch qui est non seulement un cousin (nous avons un arrière grand-père commun en la personne du grand Caïd Ali ou Haddou Bourass d’Aourir), mais également  qui était un grand ami et un homme de grande culture. Et si feu Moha ou Ali nous a quitté, il nous a légué des livres et des écrits de grande qualité qui nous accompagnent et qui accompagneront les générations futures. Aussi, c’est avec plaisir que je réinsère son billet sur l’épopée de Saghro dans lequel Moha met en exergue la participation des Moujahidine de Ghriss dans la bataille de Bougafer à Saghro.

Ainsi va Ghriss

Washington le 16/04/2016

 

Vers l’épopée de Saghro. (Par Moha Khettouch)

 L’armée française entra dans le ghéris, le 15 septembre 1930 sans coup férir, car tous les résistants ou au moins une grande partie parmi eux se replièrent vers la chaîne de Saghro, résolus plus que jamais à poursuivre la guerre..
​Ainsi les chefs des grandes tentes décidèrent-ils de poursuivre le combat. Ils dégagèrent Igoulmimn et se dirigèrent  avec leur famille à Alnif ; fief des Aït Atta leurs ennemis jurés de naguère.

Ils leur proposèrent leur alliance pour faire face ensemble à l’envahisseur français. Les Aït Atta, au nom de l’Islam, de l’amazighité et du martyre, l’acceptèrent.
L’entente et la concorde remplacèrent la haine et la rancœur. L’étendard de la liberté primait sur toutes les contingences.

Ainsi les grandes  familles agnatiques entières conduites par leurs chefs respectifs, en l’occurrence  Hmad Hda Badri, Moha Ouidani, Brahim ou Moha N’Aït Khettouch, Zaïd ou Daali, Moha ou Berri, Ha ou Addi et d’autres encore s’installèrent-elles à Alnif. .
Elles furent prises en charge par les grandes familles des Aït  Atta, en l’occurrence Abdellah ou Lahcen n’aït Hmad Wiâzza ; Mohand ou Haddou n’Izouawitn et d’autres grandes tentes. La symbiose ne tarda pas à s’instaurer entre les rivaux d’hier et les alliés d’aujourd’hui et la bonne intelligence conjonctionnelle s’était établie définitivement d’une manière irrévocable entre les deux communautés berbères du sud-est de Tigueldite.

​Cette situation d’expectative et de préparation à la guerre dura jusqu’en 1932.
​Avec la progression des troupes françaises de la prétendue « pacification » sous la férule propre et figurée du capitaine Henri de Bournazel, appelé l’homme rouge, les Aït Atta d’Alnif et leurs coalisés Aït Marghad se rallièrent aux moujahidines de Assou ou Baslam du Saghro qui les intégra d’emblée dans son armée comme mentors et  proches conseillers stratégiques et combattants, il va sans dire, de premières lignes.

​Les Aït Marghad devinrent ses meilleurs Lieutenants. Ils se firent distinguer par leur bravoure à toute épreuve, par leur courage au-dessus de tout éloge, s’imposant par leur allant, leur énergie et une haute valeur morale et surtout par leur mépris du danger.

​Les Aït Marghad s’étaient résolument engagés à lutter contre le colonialisme à l’instar de leurs pères dans la bataille de Boudenib en 1908.

​En effet malgré les promesses insistantes, plusieurs fois réitérées, faites par les français nos condottieri déclinèrent catégoriquement les offres de paix d’une façon franche, péremptoire et chevaleresque.

Ils préférèrent continuer la guerre dans les rangs de l’armée de Assou ou Baslam, âme de la résistance du Saghro.

La foi était plus forte que toute autre considération d’ici bas. Rien d’autre n’était à même de les faire changer d’avis ou d’ébranler leurs convictions.

​Ha ou Addi, avant d’être tué en martyr méprisant le danger, avait tenu en échec les tentatives d’incursions ennemies dans la cuvette d’Imsaden ; il avait combattu héroïquement jusqu’à ce qu’il ait épuisé toutes ses munitions.

C’est en voulant récupérer l’arme d’un légionnaire qu’il fut tué par une rafale de mitrailleuse tirée presque à bout portant par un officier de la légion.
Il semblerait qu’après sa mort son visage était resté jovial et enjoué ; voire quasiment angélique. Même la mort eut été belle quand il se fut agi de défendre une bonne cause.

​Les Aït Marghad ne furent pas moins vaillants que les Aït Atta, tous étaient de vaillants combattants de la foi.

Ils montrèrent une fois de plus qu’ils étaient des baroudeurs éprouvés et des guerriers comme il n’y en avait plus à cette époque. Leurs faits d’armes étaient connus de tous les moujahidines  du Saghro.

​Lorsqu’ éclata la bataille du Bougafer en février 1933 les Aït Marghad et notamment ceux cités ci-dessus étaient les premiers sur les lignes de feu.
Certains furent tués et furent parmi les premiers martyrs de cette guerre du Saghro dont l’une des grandes vertus fut d’avoir dissipé à jamais l’inimitié qui existait entre les Aït Atta et les Aït Marghad et brisé tous les tabous qui enfiellaient les relations entre les deux grandes confédérations des Imazighen.

Moha Khettouch

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