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Un rve pas comme les autres ! le 09/01/2016 à 13h08

En relisant quelques-uns de mes écrits, j’ai retrouvé le récit d’une escapade d’Agadir à Goulmima que j’ai effectuée dans mes songes il y a plus de 11 ans !

Même si un rêve ne vaut que ce que valent les rêves, celui là vaut vraiment  la peine d’être rêvé !

 Washington le 09/01/2016

NE ME REVEILLEZ PAS, LAISSEZ MOI REVER !

 (Ali Ouidani 2005) 

C'est par un coup de sifflet strident que le train quitte la nouvelle gare de Palm-Bay d’Agadir. Cette gare aménagée au bord de l’océan permet aux clients des croisières arrivant des îles Canaris, de l’Europe ou de la cote Ouest de l’océan d’être pris en charge dès leur débarquement des paquebots. Chemin faisant nous traversâmes la foret d’arganiers qui couvrent une bonne partie de la plaine du Souss, avant de longer les remparts ocres de Taroudant. La halte ne dura pas plus de 5 minutes dans la gare de cette ville, construite par les Almoravides avant que Youssef Ben Tachfinete sur insistance de son épouse lui préfèrera Marrakech. L’odeur du jasmin que dégagent les jardins entourant les luxueuses villas bâties en dehors des remparts envahit tous les wagons. Une dame assise dans le même compartiment baissa la vitre pour faire pénétrer un peu plus de cette odeur. Mais notre Trans-Atlas traversa en quelques minutes ce quartier huppé de la ville.

Le village d’Aoulouz adossé au flan sud du Haut Atlas annonça le début de la montée qui mène vers le vaste plateau de Taznakt. Le train rampait comme un serpent le long de cette vallée et traversa le gué d’Assaki avant d’arriver à Taliouine. Les marchands de safran se précipitèrent munis de petits paniers contenant ces précieuses étamines pour les proposer aux voyageurs. Ce précieux produit végétal qui donne aux tagines un goût encore plus appétissant n’est récolté que dans cette région du Maroc qui bénéficie d’un microclimat .permettant la pousse et la floraison de cette plante. L’ancienne demeure du Pacha El Glaoui se dresse au bord de l’oued et rappelle le prestige et le rang de celui qui venait y séjourner. Son style architectural en forme de Kasbah se marie bien avec le décor naturel des lieux. Cette belle vue nous éloigne de ces ensembles tout en béton qui caractérisent nos villes. La traversée de la réserve naturelle aménagée sur ce grand plateau qui est un trait d’union entre le Haut et l’Anti-Atlas fut un grand plaisir. Les gazelles et les mouflons broutaient sans se soucier du passage du train. Un peu plus loin un groupe d’autruches improvisa une course et arriva à devancer le convoi qui a réduit sa vitesse pour faire profiter les voyageurs de ce spectacle. Cette réserve protégée qui s’étend sur plusieurs milliers d’hectare abrite toutes sortes d’animaux qui peuplaient jadis les plaines et les plateaux du Maroc et qui n’avait rien à envier aux parcs animaliers d’Afrique du Sud ou du Kenya.

La traversée du plateau dura près d’une heure avant que le train ne s’immobilise dans une gare dont les murs sont pavoisés de tapis berbères. Gare de Taznakt annoncèrent les hauts parleurs des wagons. Quelques voyageurs descendirent d’autres montèrent en tenant sous les bras des tapis enroulés dans du papier kraft. Avant d’arriver à Ouarzazate le train marqua une courte halte dans la petite gare en face des studios Atlas de cinéma. Des valets en uniforme se précipitèrent pour prendre les bagages d’une actrice et de son compagnon qui descendent du train. Ils les placèrent dans une voiture garée derrière la limousine blanche qui attend la star et son compagnon, puis prirent la direction du Berbère Palace.

Ouarzazate devenue une méga-ville n’a plus rien avoir avec le petit village qu’elle était il y’a une cinquante d’années. Ses luxueux palaces et ses casinos rivalisent avec ceux de la cote Ouest des Etats Unis. Les limousines sont plus nombreuses que les autres voitures toutes marques confondues ! Un tramway nouvelle génération relie la ville au Golf Royal aménagé au bord du lac formé par les eaux du barrage Mansour Addahbi. Le sommet du M’Goun toujours enneigé offre aux amateurs de randonnées la possibilité d’organiser des escapades en montagne. Une station de sport d’hiver et un club d’escalades sont aménagés à 2500 mètres d’altitude et permettent d’assurer une activité touristique durant toute l’année.

La navette assurant la liaison entre Zagora et Ouarzazate rentre en gare juste avant que le TGV qui relie Errachidia à Agadir s’arrête à son tour. Cinq minutes après le train reprend sa voie vers Tinghir via Skoura, Kel3at M’Gouna et Boumalen du Dades. Que de roses s’écria une dame à l’entrée d’El Kal3a! Les haies qui délimitent les champs sont exclusivement faites de rosiers sauvages. Leur floraison transforme toute la vallée du Dades en un immense tapis dont la trame est faite de rosiers fleuris et de maraîchages qu’ «Imgoune» cultivent pour assurer leur autosuffisance alimentaire. Jusqu’à Boumalne du Dades, ce n’est que du plaisir pour les yeux. Les touristes qui étaient dans le wagon sont tellement charmés qu’ils projetaient d’y revenir et de faire les trente kilomètres qui séparent les deux villes à pied. Un groupe de jeunes européens qui se rendent à M’Semrir pour faire du kayak attendent au bord de l’oued l’arrivée du bus reliant Boumalne à M’Semrir. Ils riaient aux éclats et agitaient leurs mains en signe de salutation à l’attention des voyageurs.

Après une demi-heure de voyage la palmeraie verdoyante du Todra se dressa devant nous. Le train marqua un petit arrêt pour permettre aux voyageurs arrivés à destination de descendre et à d’autres de monter. La navette reliant la ville a Assoul via Ait Hanni et les gorges du Todra est prête à prendre la route. Un groupe de scouts revenant des gorges nous salue avant de prendre place dans le dernier wagon. Le train repart et continue sa route vers l’Est traversant sans s’arrêter le village d’Ait El Farsi. Les fermes d’orangers, d’amandiers et des plantations de palmiers dattiers s’étendaient sur des centaines d’hectares. Il faut reconnaître que depuis la construction des trois barrages respectivement sur les oueds du Todgha, du Frekla et de Ghriss, toute la plaine allant de Tinghir à Rissani est devenue une zone agricole de premier ordre. Des centaines de camions en plus du transport ferroviaire assurent le ravitaillement de toutes les régions du Maroc. La main d’œuvre avait manqué il y’a quelques années ; mais les gens du nord qui étaient venus à la recherche du travail avaient comblé ce manque. Avant d’arriver à Tinejdad le train traversa la zone touristique aménagée tout près de la source thermale de Lalla Mimouna dont l’eau gazeuse est aussi appréciée que celle de Vichy. Zaid le maître des lieux n’avait pas hésité à investir et s’investir pour que cette source soit connue mondialement. Le train s’arrêta un instant dans la gare de Garde-Meyit  pour permettre aux voyageurs à destination d’Erfoud, de Rissani et de la station de «sablo-thérapie» de Merzouga de changer de correspondance. Le pont enjambant l’oued Ferkla est de la plus récente technologie. Tadarte N’Oumira qui est à mi-chemin entre Tinejdad et Goulmima abrite la plus grande sucrerie du pays. Cette unité industrielle qui traite aussi bien les betteraves sucrières produites par les vastes champs N’Bara n’Iyssane que la canne à sucre des champs d’El Jorf assure un travail permanent pour deux mille cinq cents personnes. Notre train arriva à Goulmima ma destination finale. Toute la ville est en fête à l’occasion des championnats du monde de saut en parapente que l’Association Arraw N’Ghriss et la Préfecture de Ghriss organisent tous les deux ans. La veille Moha ou Zwou vedette locale s’est classé premier lors de la finale de cette compétition. Il faut reconnaître que déjà par son nom de famille la performance de son envol dans les airs était plus qu’assurée. Une cérémonie en son honneur fut organisée par la Préfecture de Ghriss sur le plateau d’Assedrem. De ce site panoramique on aperçoit la flamme de la colonne d’extraction des gaz de la raffinerie de pétrole de Tilouin. Je rappelle que les prospections faites à Talsinte étaient une erreur de géo localisation par un GPS de fabrication cubaine. La plus grande nappe pétrolière était en effet située dans le sous sol de Tilouine. Monsieur Le Gouverneur sachant que je suis arrivé (le téléphone arabe avait bien fonctionné) m’envoya une invitation. Ce fut un vrai plaisir de rencontrer le responsable du département de recherche et du développement de l’école polytechnique d’Agaouz qui a développé avec succès une méthode d’extraction à partir de Takaoute (Tamaris)  de l’uranium « déjà enrichi » qui constitue le combustible pour les centrales nucléaires du pays Le repas fut copieux et les truffes d’Amagha enrobées de chocolat d’Oultouroug étaient aussi bonnes que celles du Périgord. Les deux téléphériques reliant l'héliport d'Agoumad à Atoukkane et Agoumad à Lboste ont assuré avec toute sécurité le transport des convives. Il faut reconnaître qu'ils ont bénéficié de la dernière technologie existante et que pour l’entretien et la maintenance des installations, les équipes de Sekkou Hammou, Directeur Général de l'usine de moutarde et de ketchup de Taltfraoute s’en chargent.

Le lendemain une grande soirée de gala fut offerte en l'honneur de la délégation japonaise venue, signer un accord d'échange entre la province nippone de kaskoa et la province de Ghriss. L'échange concerne l'approvisionnent du pays du soleil levant en "Wari" (jujube) et "Kwawch", contre les dents de requins dont la pharmacologie ghrissoise a besoin. Durant la soirée, la chanteuse Hennou Hddou vedette locale de la chanson interpréta les chants de Hammou Lyazid. Des toast de jmare (cœur de palmier) accompagnés de jus de datte furent servis aux convives. La soirée allait se terminer dans la joie et la gaité avec la remise de son écharpe à la miss N'Tmazirte qui a été élue la veille ; tâche dont le comité m’a chargée. Au moment où j’allais faire la bise à Aicha Hro après lui avoir fait porter l’écharpe de Miss N’Tmazirte, je fus réveillé par la voix de ma femme qui me dit : Lève-toi tu es en retard pour aller à ton travail.

Agadir,  janvier 2005

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