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Pourquoi pas en Tamazighte ? le 02/05/2015 à 07h00

Cette semaine, je ne vais pas revenir sur l’hécatombe que connait notre réseau routier, qui chaque jour cause de nombreuses pertes de vies humaines, plus que l’aurait fait un conflit armé. Je ne reviens pas non plus sur les amourettes des deux membres du gouvernement qui continuent de faire le buzz des réseaux sociaux. Pour moi, le scénario de la demande en mariage pour officialiser la  relation entre les deux ministres n’est que de l’enfumage pour éviter un scandale qui éclabousserait le parti auquel ils appartiennent. Par contre je ne vais pas manquer de dire  qu’après le pavé lancé dans la marre avec courage par la députée Tabaâmrant, qui lors d’une séance de questions orales au parlement avait posé sa question dans la langue Tamazighte, un juge de Tiznit a permis aux plaignants lors d’un jugement tenu il y a quelques jours dans cette ville du Souss de plaider leur cause en langue Tamazighte. Voila qui va plaire à Moha, un amazigh du Haut-Atlas qui ne comprenait pas l’arabe et qui assistait à un jugement le concernant dans un tribunal d’Errachidia. A la sortie du tribunal un ami lui demande comment s’est déroulée la plaidoirie. Moha dont le visage reflétait la déception lui dit, je n’ai rien compris de ce qu’échangeaient le juge et l’avocat. Ils ne cessaient de parler de « Mistara » comme s’ils n’étaient concernés que par « la règle graduée » d’un écolier !

Quant à l’usage de Tamazighte dans le domaine religieux, je vous invite à relire ce que j’ai écrit à ce sujet il y a quelques années dans une chronique intitulée : « Pourquoi pas en Tamazighte ? ». Un titre que je reprends pour la chronique d’aujourd’hui.

 « Je commencerai par vous raconter une anecdote à laquelle j’ai assisté un jour pendant la prière du vendredi dans une mosquée à Igoulmimen. Le Fkih qui prononçait le sermon était originaire du Tafilalet, Il parlait couramment l’arabe dialectal sa langue maternelle, la langue Amazigh qu’il a apprise durant les années passées avec la population du Ksar. Quant à sa maîtrise de l'Arabe classique, elle se limitait à la récitation des versets de coran qu’il avait appris par cœur !
Lors d'un sermon du vendredi, il m’est apparu que l’assistance ne comprenait aucunement le sens de ses phrases et encore moins le message qu’il voulait leur transmettre. Les prieurs se limitaient à dire « Salla allah ou 3alayhi wa salam » (que la prière de dieu soit sur lui) à chaque fois que le fkih évoquait le prophète Sidna Mohamed.

Soudain un homme se leva et s’adressa au Kkih en langue Amazigh en lui disant :
« Our nassine mayd tinide ar tsghzifd lkhotbt nek al fakih ! » (Nous ne comprenons pas ce que tu racontes, et tu prolonges trop ton sermon!)

Si comme nous le pensons, l’objectif des sermons du vendredi est de passer des messages de bonne conduite, de conseiller les populations ou de comprendre les préceptes de l’Islam, je vous assure que cet objectif est loin d’être atteint. Et ce constat n’est pas exclusif aux mosquées dans les régions Amazighophones, voyez vous-même qui êtes en ville ce qui se passe le vendredi dans les mosquées de vos quartiers. Depuis combien d’années avant la prononciation du sermon on rappelle aux croyants le fameux hadith « Fa mane lagha fala joumou3ta lah » (la prière de celui qui parle durant la prononciation du sermon n’est pas acceptée) ! et pourtant les gens continuent à parler. Sont-ils si indisciplinés ?

Je vous dirais que non, Le problème est que ces personnes ne comprennent pas l’arabe classique pour comprendre la signification du verbe « lagha » (parler, discuter), et personne n'a prit le soin de le leur expliquer!

Et de ce qui précède, je me demande, pourquoi nos imams Amazighophones ne prononcent-ils pas les sermons du vendredi en Tamazighte ou en arabe dialectal (darija) ?

Pourquoi n’expliquent-ils pas aux gens le sens des hadiths et des versets du Coran dans un langage compris par tout le monde ?

Il n’est pas écrit ni dit que prononcer le sermon en Tamazighte fait partie des "moubtilate a sala" (interdits)

Les turcs, les bosniaque, les kurdes, les perses les indous le font chez eux avec leurs langues. Alors pourquoi pas chez nous? Et puis le bon Dieu lui entend et comprend toutes les langues, et bien plus encore celles des opprimés!
Ainsi va Ghriss

Goulmima le 02/05/2015

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