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Tislite n'ouzwou (La fiancée des alisés) le 21/02/2015 à 11h02

Profitant de mon passage dans la capitale d’argan, du « Kite-surf, et du thuya,  je change de registre en laissant de coté la politique avec ses incohérences et ses conflits sociétaux qui ne font qu’aggraver et élargir le fossé entre les nations, les religions et les hommes. Car bientôt on risque d’évoquer avec nostalgie dans les pays de ce qu’on appelle « le vivre-ensemble ». Ce bon comportement sociétal entre les populations qui s’émince de jour en jour. Et c’est  à ce « vivre-ensemble » qui caractérise Essaouira que je consacre les lignes qui suivent.

Sans relater l’histoire combien millénaire de cette citée, je me permets de rappeler quelques repères relatifs à cette ville communément appelée la fiancée des alizés, je me contenterais de rappeler qu’au Ier siècle avant J.C., le Roi Amazigh Juba II installe ses marins et développe l'industrie des salaisons et de la pourpre extraite des murex (mollusques gastéropodes) très abondants dans les fonds marins  de sa cote. Cette industrie a assuré la renommée de cette cote jusqu'à la fin de l'empire romain. Au début du 16ème siècle, les Portugais y construisent une place forte sous le règne du roi Manuel le Grand,  et transforme son nom amazigh Amogdoul en , Mogadouro, qui deviendra ensuite Mogador. Le Sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah en 1764 décide d'installer dans la baie de Mogador un port royal pour concurrencer Agadir, qui échappait à son autorité et avait confié le soin d'établir le plan de ce port ainsi que le plan, la kasbah à l'architecte français Théodore Cornut. Le Sultan qui voulait faire d’Essaouira le principal port commercial de son royaume demande aux Juifs de tout le pays de venir s’installer à Essaouira pour leur confier le négoce de la ville. Il fait venir également les meilleurs artisans de Fès, Salé et Marrakech. Dans les années 70, c’était la ruée de la communauté Hippie qui avait pris d’assaut le petit village de pêcheurs de Diabet (2km au sud de la ville). Jimmy Hendrix et l’épouse du premier ministre canadien (Mme Trudeau)  entre autres avaient habité ce village où j’avais moi-même séjourné quelques jours.

Devenue aujourd'hui, une ville de 70 000 habitants, que garde Essaouira de son passé florissant ? Je laisse de coté  la pêche et l'artisanat (bois de thuya) qui restent les principales sources de revenus des habitants pour dire que grâce au « vivre ensemble » qu’elle a su garder,  la ville est résolument tournée vers l'avenir sans perdre son authenticité.

De quel «vivre ensemble» s’agit-il donc pour Essaouira ?

Pour ceux qui ne connaissent pas les lieux d’implantation des tribus sur le territoire marocain, je leur signale que les deux grandes tribus qui habitent la région d’Essaouira sont la tribu arabe  des Chyadma au nord de la ville et la tribu amazign de Hahha au sud. A ces deux tribus est venue se greffer la communauté juive elle-même composée de juifs amazigh qui habitaient depuis des siècles Tamazgha et les juifs séfarades chassés d’Espagne au 15ème siècle par Isabelle la catholique. Et à ces trois composantes de la population souirrie est venue s’ajouter la composante gnaouie.

Vous me diriez que c’est un peu le cas de toutes les villes marocaines !

C’est vrai, mais avec une différence de taille pour cette ville du littoral atlantique marocain. Contrairement à d’autres villes, Essaouira a su capitaliser les apports de toutes ses tribus et d’en faire son capital. Encore aujourd’hui, la ville fête chaque année des événements mondialement connus, où la spiritualité croise la culture et la musique. Le Festival Gnaoua et des musiques du monde accueille chaque année artistes et amateurs du monde entier. Les Chorfas Regraga, organisent chaque printemps une tournée qui dure plus d’un mois et passe par toutes les localités du territoire des Chiadma (au nord d’Essaouira). Cette tournée à caractère festif et religieux commence à la Zaouia de Sidi Ali Ben Bouali, et s’achève à Sidi Messaoud Boutritiche, dans la commune de Had Dra. Le célèbre festival «Printemps des Alizés», qui est le rendez vous des amoureux de la Musique de Chambre. Si à tous ces atouts vous y ajoutez le climat tempéré aussi bien en été qu’en hiver et la gentillesse des habitants de cette cité vous comprendrez combien j’aime visiter cette ville et déguster ses sardines grillées, fraichement pêchées avant de traverser les localités de Smimou, Tamanarte, visiter le port de pêche d’Imessouane et continuer ma route vers le  Souss.

Ainsi va Ghriss

Essaouira le 21/02/2015

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