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MAYMOUNA LA DJNIA DE LA MER le 26/12/2009 à 11h49

J’avais à peine 11 ans quand pour la première fois je vis la mer. C’était à Safi capitale des Abda. Etant enfant du désert qui ne connaissait que l’immensité des ergs je fus ébloui  par cette étendue des eaux bleues que je voyais pour la première fois.
Les déferlantes qui venaient fouetter la falaise rocheuse, éclaboussant le rivage m’avaient  impressionné tant par leur force que par la régularité de leur mouvement.
Depuis ce temps, tout ce qui est en rapport avec la mer m’attire et me passionne ;
Je ne vais pas vous réciter le poème de Victor Hugo qui commence tristement par
Oh combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines ….etc.
Je ne vais pas non plus vous parler de Yemaya, ou Ymoja qui dans les traditions afro-caraibes et particulièrement chez les  Yorubas de l'Afrique occidentale représente "la Mère des Eaux". On raconte qu’à sa mort, la libération de ses eaux utérines causèrent une grande inondation qui, à son tour, a créé les océans.
Je passerai sous silence. Neptune qui pour se venger de ses ennemis leur envoyait souvent des monstres marins.
Je ne dirai non plus rien d’Amphitrite déesse de la mer par sa naissance, petite-fille du titan Océan. qui séduit Neptune, mais se sauve pour ne pas l’épouser. Seul le dauphin, envoyé à sa recherche par son maître, réussit à la convaincre.
Je ne m’attarderai pas sur Lalla Aicha Al Bahriya qui d’Azemour sur la rive droite de l’embouchure de oued « M’Rab3iyen » (Oum Rabia) se renvoyait la balle avec Moulay Abdelkader Jillali installé lui à Baghdad. (Il faut dire qu’en ces temps les patriotes des GI américains n’étaient pas là pour intercepter et détruire le ballon dans le ciel de la cité Abasside)

Aujourd’hui, je vais vous parler de Maymouna la Djnia des océans et des mers. Cette Djnia bienfaitrice que les femmes sollicitent au lever du jour avant que le soleil apparaisse et qui même étant ce qu’elle est, n’avait pas connu de bonheur dans sa vie amoureuse. Elle que le beau Chamharoch fils de du grand Karkoch a laissé tomber après  cinq années de vie commune, lui préférant une autre Djnia moins belle qu’elle.. Elle ne s’est rendue compte que l’abandon dont elle fut victime était la conséquence d’ensorcellement et que sa rivale lui avait jeté un sort la séparant ainsi de son mari..
Depuis cette date, elle  s’est jurée de consacrer une partie de sa journée à venir en aide aux femmes qui vivent ou qui ont vécu une déception amoureuse comme elle.
Et c’est ainsi que chaque matin avant le lever du soleil des femmes qui voulaient solliciter son intervention se rendaient sur la plage pour le rituel de la demande d’intervention.
Hier matin donc, je  marchais pieds nus sur le sable longeant la plage allant de la marina jusqu’à l’embouchure de Oued Souss, quand à hauteur de Tikida Beach je voyais deux femmes vêtues de gandoura plonger et replonger dans les eaux encore fraîches de l’océan.
J’ai attendu qu’elles sortent de l’eau et je me suis rapproché d’elles.
Surprise, une d’elle ne m’est pas inconnue puisqu’elle exerce en tant qu’assistante commerciale dans une grande surface et porte le nom de Siham. Femme belle et émancipée  qui de part sa fonction discute librement avec la gente masculine. Le fait que je ne lui sois pas inconnu l’avait rassuré, elle me présenta son accompagnatrice qui s’appelle Fatiha mais contrairement à Siham, portait un foulard qui cachait sa chevelure et parait être des « Mouhtajibates ». Après les salutations d’usage, je lui demandai si c’est pour implorer Maymouna qu’elle et son accompagnatrice étaient là ?
Elle me répondit par l’affirmatif.
Je la priai alors de m’expliquer ce qu’elles attendaient de cette démarche.
Tout d’abord me dit elle je tiens à te dire que contrairement à moi qui suis mariée et qui ai des enfants, mon amie est célibataire. Donc nos sollicitations diffèrent et leurs rituels aussi.
Pour mon cas me dit elle. Je dois m’asseoir dans l’eau avant le lever du soleil et faire de sorte que le niveau de l’eau arrive à hauteur de mon menton. Une fois bien assise, je dois me concentrer pour chasser les mauvais esprits et attendre que sept vagues viennent fouetter légèrement mon visage.
Pourquoi sept vagues lui ai-je demandé ?
La première vague efface tous les mauvais sorts qui me sont jetés par ma belle-mère.
La deuxième ceux de mes belles sœurs,
La troisième ceux des tantes de mon mari,
La quatrième ceux des cousines de mon mari qui espéraient l’épouser ;
La cinquième ceux de mes cousines qui ne sont pas encore mariées et qui me jalousent,
La sixième ceux des anciennes copines que mon mari avait connu avant notre mariage  et qu’il a depuis laissé tomber.
La septième pour ceux de la secrétaire de mon époux en cas où cette dernière ait des projets secrets à réaliser avec lui.
Et tu penses que ces petites vagues sont efficaces lui demandai-je ?
Bien sur c’est comme si tu scannes tous les fichiers informatiques de ton ordinateur et tu les fais nettoyer par un anti-virus me répondit –elle.
Et pour Fatiha qui elle, n’est pas mariée, c’est aussi d’un anti-virus dont elle a besoin ?
Non. Pour Fatiha qui est toujours célibataire, c’est un formatage qu’il faut !
Pourquoi le formatage et en quoi il consiste ?
Il consiste à plonger la tête sous l’eau et rester en apnée les yeux ouverts le temps de passage des sept vagues. Ce rituel «délète » tout ce qui vous a été fait pour vous empêcher de trouver un mari.  Il place un filtre protecteur autour de vous pour le reste de votre vie.
Le filtre est-il si efficace lui ai je demandé ?
Garanti cent pour cent me répondit elle.
Sur cette affirmation et sans attendre un instant, je courus et plongeai sous l’eau attendant que les sept vagues passèrent en priant Maymouna de se limiter à la mise en placer du filtre protecteur sans aller jusqu’au formatage de  tout mon disque dur !
                
Agadir le 29 juin 2006

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