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Kalila wa Dimna le 30/06/2012 à 12h54

Cette semaine, je vais rompre avec le style habituel de mes chroniques hebdomadaires et je vais comme le faisait ma défunte grand’mère vous raconter une petite histoire comme celle qu'elle nous racontait lorsque nous nous groupions l'hiver autour du feu et attendions que le coucous soit cuit.
De prime abord, je  vous avertis que toute ressemblance avec une situation existante ou ayant existé n’est que pure coïncidence.

Au milieu d’une immense forêt existait un royaume animalier qui vivait paisiblement sous la protection du roi lion.
Ce royaume comprenait toutes sortes d’animaux ; on y trouve des  gazelles, des chameaux, des bourriquots, des vautours, des serpents et même des hiboux et leurs petits.
Toute cette faune animalière obéissait au roi et à ses directives, le roi lion ne partait jamais chasser, Il aimait tellement ses « sujets » au point où il s’interdisait de les dévorer. Il se contentait de ne mangeait que ce que lui présentaient ses cuisiniers attitrés à savoir, le tigre, le lynx et la panthère. Parlant de cuisiniers, il n’a pas hésité à renvoyer de son palais l’hyène qui faisait office de chef cuisinière parce qu’elle manquait d’hygiène.
Un beau matin, le roi fut réveillé par « tibekchte ». Ce petit oiseau annonceur de bonnes et de mauvaises nouvelles informe le roi lion que ses sujets se concertent afin de lui demander de leur céder quelques prérogatives et notamment ce qui concerne la gestion interne du royaume.
-         Et qui est derrière cette démarche, demanda le lion.
-         Les hiboux, l’âne, le chacal et quelques vautours, répondit l’oiseau.
Le lendemain, le lion fit venir tous ses sujets dans la grande clairière de sa forêt. Le singe et la girafe furent les derniers à arriver. Le roi leur demanda les raisons de leur retard, mais les deux fautifs baissèrent leurs têtes de honte et ne dirent pas un mot.
 Le roi prit la parole et leur dit :.
Mes chers sujets, écoutez la voix de la raison.
Je viens d’apprendre que vous voulez me demander de vous transférer la gestion interne du royaume. Cela ne me déplait guère et je suis content que la demande émane de vous. Aussi j’ai chargé l’éléphant et le dromadaire de se réunir avec les hiboux afin de fixer les modalités du déroulement de ces élections qui doivent être des élections libres et transparentes. Après, à eux deux, Ils superviseront  le déroulement de cette opération. Moi, je vous promets de nommer celui que vous choisirez à la tête du futur gouvernement. Et le lion termina son allocution par :.
La campagne électorale démarre dès maintenant.
-         Vive le lion, « Ihya doustour », hurla l’âne !.
-         Ferme ta gueule bourriquot, lui répondit le chacal.
Le lendemain, les partis se mettent en branle, les vautours volent de montagne en montagne faisant plein de promesses aux animaux des cîmes, le chacal, opte lui pour le porte à porte et visite les démunis, les veuves et tous ceux qui ne sont pas « tondus »., l’âne, comptant sur les mulets et les chevaux se voyait déjà vainqueur et passait son temps à braire. Bref quinze jours de folies où seuls, les aigles sur leurs falaises, étaient restés sereins et regardaient de loin cette agitation pré-électorale.
Arriva quelques jours après, le jour des élections, les vautours et l’âne ne récoltèrent que quelques sièges, le parti du chacal qui avait fait une campagne de proximité fut récompensé en emportant la majorité des sièges.
Le lion convoqua le chacal et le chargea de former un gouvernement. Malin comme il est, le chacal montra une disponibilité bienveillante à  conduire les affaires du pays.
Est-il sincère dans sa démarche ou essaie-t-il de leurrer tout le monde ?
Malgré l’enthousiasme qu’affiche l’âne, la chèvre reste septique et méfiante. Elle n’a pas oublié qu’un jour, un chacal s’est fait passé pour un blessé et avait prié l’âne de le transporter prétextant ne pas pouvoir marcher et chemin faisant, il a profité de naïveté du bourriquot pour dévorer les quatre petits de sa cousine que l’âne portait dans son chouari et qu’il conduisait paitre dans la prairie.

Rira bien qui rira le dernier, diront les aigles qui d’un coup d’ailes s’envolent vers les hauts de leurs falaises !

 Ainsi va Ghriss

Goulmima le 30/06/2012

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