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La post-ťvaluation de mon voyage en IsraŽl du 06 au14 Mars 2012 le 24/03/2012 à 08h12

 Dans ma chronique de la semaine passée, je vous ai promis de faire une post-évaluation du voyage que je viens d’effectuer en Israël. Comme à mon habitude, je vais essayer de vous donner un aperçu et vous faire part de mes propres impressions sur ce voyage sans user de la langue de bois.
Je rappelle tout d’abord que nous étions un groupe de huit marocains (4 hommes et 4 femmes) auquel se sont ajoutés quatre français et une dizaine de personnes israéliennes.
Ce voyage fait suite à l’invitation qui nous a été faite par l'Association israélienne pour la Préservation, la Diffusion et le Rayonnement du judaïsme marocain  « Zohar » et sa grande sœur  l’APJM /Permanences du Judaïsme Marocain de Paris

 Visite de Tel-Aviv et de Jaffa.
Tel-Aviv/Jaffa ou Tel-Aviv/Yafo est une grande métropole située sur la côte méditerranéenne. Elle est le produit de la fusion de deux villes qui lui ont donné son nom de Tel-Aviv /Yafo. Si Tel-Aviv se distingue par ses immeubles et ses tours modernes qui s’élancent dans le ciel, Jaffa la ville arabe a su garder son authenticité avec ses mosquées et ses minarets qui datent de la dynastie ottomane. La mosquée de Jaffa magnifiquement décorée que surplombe le minaret construit par le sultan turc Abelhamid II vaut plus qu’une simple visite. De nombreux restaurants chics de la métropole se trouvent aussi à Jaffa.
Tel-Aviv qui est qualifiée de « ville qui ne dort jamais » vit à son rythme et me semble « détachée » du conflit israélo-palestinien ; avec ses pubs, ses dancings et sa plage qui sert chaque samedi matin de piste de dance pour de nombreux israéliens qui s’y retrouvent sans se soucier de l’avis des intégristes qui voient de mauvais œil ce mode de vie.
L’endroit où fut assassiné Itzhak Rabin sert de lieu de recueillement pour les visiteurs de cette ville.

 Centre Shimon Perez pour la paix.
Situé à Jaffa, le centre oriente sa façade vitrée sur l’ouest de la méditerranée comme s’il tend et ouvre ses bras aux pays limitrophes de cette mer qui devrait être une mer de paix.
Mr Yoav Stern qui est Director of Business and Economic Department a bien voulu nous faire visiter tous les départements du centre et nous présenter les domaines dans lesquels le centre intervient en mettant l’accent sur les actions qui prônent et conduisent vers la paix entre les peuples. Après s’en est suivie une réunion de travail au cours de laquelle furent évoqués les possibilités de coopération entre le centre et la société civile marocaine. 

Conférence de presse.
Mr Yosi Bar-Moha qui est secrétaire général de l’Association de la presse à Tel-Aviv a organisé une conférence de presse à laquelle avaient assisté plusieurs médias israéliens surtout de « gauche ». Les interventions de Yosi Bar-Moha et du député Daniel Bensimon ont été suivi par les interventions de Mlle Izddine Mouna, de Moha Oustouh et d’Ali Ouidani. Les interventions ont porté sur les sujets d’actualité. Aussi bien en Israël (relation entre travaillistes et Likoud, relations entre Ashkénaze et Sépharades, relation entre les israéliens juifs et les israéliens arabes) et les relations avec les palestiniens de l’Olp et du Hamas ainsi que les relations d’Israël avec les pays arabes.
La sauvegarde du patrimoine culturel  commun judéo-arabe et judéo-berbère a été abordée. Ainsi que la possibilité d’une coopération entre les acteurs de la société civile des deux pays. 

Visite du Kibboutz Yad Mordekhai et du Moshav « Nétivé 10 ».
Le kibboutz est situé au sud de la ville d’Ashkelon  et face à la bande Gaza; Il porte le nom de Yad Mordekhai en souvenir au commandant de l’insurrection du ghetto de Varsovie en Pologne.
Ce kibboutz comprend un musée de la shoah et dans un champ, une reconstitution de la guerre d’indépendance de 1948. Des abris contre les roquettes tirées de la bande de Gaza sont construits un peu partout à l’intérieur du kibboutz.
Le Moshav Nétivé 10 n’est séparé de la bande de Gaza que par un grillage. Il comprend de nombreuses parcelles où sont cultivées toutes sortes de légumes. L’irrigation se fait par goutte à goutte afin de rationnaliser la consommation d’eau.
Les eaux usées de la ville de Tel-Aviv sont traitées et réutilisées dans l’irrigation en même temps que les eaux de la nappe phréatique et les eaux  produits par la désalinisation de l’eau de mer. 

Excursion à Massada au bord de la mer morte.
Massada est la cité où s’étaient refugiés les juifs  qui ont fui Jérusalem occupé par les Romains. Ces derniers avaient assiégés cette citadelle en y construisant un mur tout autour.
Le sommet de Massada se situe 59 m au-dessus du niveau de la mer et à environ 470 m au-dessus du niveau de la Mer Morte.
La salinité de la mer morte est tellement élevée au point où il est plus facile pour le baigneur de flotter sur le ventre ou sur le dos que de se tenir à la verticale. 

Visites de Jérusalem.
Malgré les nombreux contrastes, la spiritualité envahit le visiteur dès qu’il dépasse les murailles de la vieille ville de Jérusalem. Musulmans chrétiens et juifs se croisent dans les ruelles étroites de la vielle ville.
Les Mosquées Al Aqsa et du Dôme du Rocher se dressent majestueusement sur la grande esplanade qui domine le mur des lamentations.
On se demande comment la haine et l’intolérance ont pu exister dans ces lieux où les appels aux prières des muezzins succèdent aux sons des cloches des églises et aux prières des juifs dans les synagogues. 

Visite à la Knesset.
Le député Daniel Bensimon originaire de Sefrou avant de nous inviter à déjeuner au restaurant de cette institution, nous a fait visiter la Knesset, et nous a expliqué son mode de fonctionnement et les différents groupes parlementaires qui la composent, Il déclare que lui et son Parti Travailliste sont pour la création d’un Etat palestinien voisin d’Israël et condamnent la politique de colonisation que mène Benyamin Nétanyahou.   

Déjeuners, diners et rencontre avec les israéliens originaires du Maroc.
Pas une journée ne passe sans que le groupe soit invité à déjeuner ou à diner chez un de ses compatriotes installés en Israël. Les familles de Moché et Régine Bar Hen, de Victor et Mimy Afflalo, de Nitsan et Etty Bensoussan, de Hani Biton et sa fille Ella, de Haïm Boghanim. Ses familles originaires de Marrakech, de Séfrou, d’El Jadida, de Fès, de Goulimine, de Casablanca et de Meknès nous ont démontré que leur installation en Israël n’a aucunement modifié leur mode de vie resté 100% marocain. 

Impressions personnelles.
Sur le plan sentimental, je dirais qu’avec les israéliens d’origine marocaine, j’ai retrouvé en Israël le même mode de vie de mon Maroc. Je n’ai ressenti aucun dépaysement durant mon séjour.
Coté politique, la fracture entre la droite (Likoud + les religieux orthodoxes) et la gauche (Travaillistes + Kadima +  laïcs) s’élargie. La question palestinienne divise les deux camps, les premiers persistent dans leur position de colonisation, les seconds sont pour une paix basée sur le retrait des territoires occupés et sur les accords signés avec les palestiniens.
our ce qui est de la démocratie israélienne, Il est vrai qu’Israël est un pays démocratique, mais il est plus démocratique pour les israéliens juifs  que pour les israéliens arabes qui représentent tout de même 20% de la population. (les arabes israéliens ne sont pas admis dans l’armée, et ne peuvent pas poursuivre des études dans certains domaines sensibles).
Israël vit actuellement une crise de société du à l’élargissement chaque jour du fossé entre les riches et les pauvres. Cette crise de société pourrait valoir lors des prochaines élections plus que le ferait le clivage habituel « gauche, droite ».
Après être marginalisés durant plusieurs années, les israéliens d’origine marocaine commencent à faire leur place au niveau de la classe dirigeante. Leur attachement au Maroc reste très solide même si pour le moment leur contribution dans les investissements au Maroc est nulle.
Sur le plan culturel, l’arabe marocain (darija) est parlé couramment, les chansons chaabi sont apprises et chantées. Ce qui n’est pas le cas pour la culture-Judéo-berbère. Cette culture est préservée plus au Maroc que chez les juifs Imazighen d’Israël.
D’une manière générale, après avoir visité ce pays d’est en ouest, traversé une partie de la Cisjordanie  qui sous le contrôle de l’état palestinien (même si ce n’est que par autoroute), Il me semble que vu l’état d’imbrication et d’enchevêtrement des  territoires palestiniens et israéliens que connait cette région, même deux états distincts ne seraient pas une solution définitive.
Un état groupant Israël, la Cisjordanie et Gaza, dans lequel vivraient les juifs, les musulmans et les chrétiens serait la meilleure solution. (Un Juif, un musulman et un chrétien pour les postes de Président de la république, de Chef de Gouvernement et de Président du Parlement (à l’exemple du Liban) serait une bonne issue et permettra à cette région de retrouver le rôle qui devrait être le sien à savoir une terre de paix, d’amour et de tolérance.
C’est ce souhait et ce vœu que j’ai écrit sur le bout de papier que j’ai glissé dans une fente du mur des lamentations à Jérusalem

 Ainsi va Ghriss

Goulmima le 24/03/2012

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