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Les raisons d’une répulsion le 26/02/2011 à 08h43

Dans mes précédentes chroniques, vous avez certainement relevé la virulence de mes propos envers M3amar Kadhafi. Ces propos ne font que traduire le mépris que j’éprouve envers cet homme. Et pourtant j’avoue qu’en 1969 j’étais parmi ceux qui avaient vu l’arrivée de ce bédouin comme une évolution et une émancipation du peuple arabe en général et du peuple libyen en particulier. Kadhafi qui ne jurait que de Nasser et des officiers libres égyptiens représentait en ces temps, le symbole de la révolution et du panarabisme. Je fais mon mea-culpa et reconnais de m’être trompé en long et en large sur cet homme.

Revenons donc à Maamar pour dire que deux mois après son coup d’état contre le roi Idriss Senoussi, le colonel fut reçu en décembre 1969 par le roi Hassan II, lors du sommet arabe de Rabat. On lui offrit alors dattes et lait pensant avoir affaire à un gentleman, mais derrière le sourire du militaire se cachait la haine sans faille qu’il portait pour les rois, pour les émirs et pour tous les régimes monarchiques où  ils soient. Son plan avec Nasser était de déposer tous les monarques arabes et d’instaurer dans un premier temps des régimes républicains, avant de fusionner en une wahda arabia. C’était le panarabisme rêvé par Nasser et ses compagnons. Une vraie utopie.  Après la mort de Nasser en 1970, le leader libyen se retourne vers un autre putschiste en la personne de Houari Boumedienne. Et c’est à partir de cette alliance que débuta le complot contre le Maroc. Profitant de la tenue du festival arabe à Tripoli en 1973, ses services secrets prennent contact avec les étudiants marocains d’origine sahraouie qui poursuivaient leurs études à l’université Mohamed V de Rabat. Parmi ces étudiants figurait un certain El Ouali Mustapha Sayad (homme qui fut supprimé par la suite par Mohamed Abdelaziz). Et c’est de cette rencontre que fut née l’idée de la création du Polisario et de la RASD. Ce qui me permet de dire que même si c’est l’Algérie qui abrite la RASD et le Polisario il ne faut jamais oublier que c’est avec les pétrodollars libyen que fut créée la RASD et que c’est avec l’argent libyen que ses combattants furent surarmées.
Mais ce que Kadhafi ne savait pas, c'est que ses pétrodollars ne pouvaient pas tout acquérir et tout acheter. Le problème de Kadhafi c’est qu’il avait presque tout sauf l’intelligence, la culture et le savoir-être d’un Chef d’Etat. D’ailleurs on disait que tout en vouant une haine pour les monarchies et les rois, Kadhafi éprouvait une fascination secrète et une grande jalousie envers l’intelligence politique du roi Hassan II. Et c’est justement le fruit de cette intelligence que fut créée l’Union Arabo Africaine lors de la rencontre d’Oujda en 1984. Hassan II savait que Kadhafi était avide d’unions avec n’importe qui et pour n’importe quel motif. (Union avec l’Egypte et la Syrie, union avec le Tchad, avec le soudan, etc.). Il proposa au colonel, qui accepta sans problème la création de l’Union Arabo-africaine qui fut créée lors de cette rencontre d’Oujda.
De nombreux observateurs ne comprenaient pas les raisons de cette alliance entre deux pays et deux chefs d’états que tout séparait. La raison était pourtant toute simple, Feu Hassan II sachant d’avance la réticence de l’Algérie d’adhérer à une telle union, savait que c’était  une bonne occasion pour casser l’axe Alger-Tripoli qui commençait à nuire aux intérêts du Maroc. Kadhafi n’avait rien vu et comme une hyène (Majghyoule), il avait plongé sur l’idée de feu Hassan II. Cette union n’avait pris fin que deux ans plus tard, après la visite de Shimon Perez au Maroc. Visite qui avait irrité le colonel Kadhafi.

Je rappelle également que sur le plan international, Kadhafi n’a jamais hésité à nous poignarder dans le dos. Si à un moment, la majorité des pays africains avaient reconnu la RASD, c’était grâce aux pétrodollars que le leader libyen distribuait aux délégations africaines qui étaient dépourvues et qui monnayaient cette reconnaissance.

Si on dit que le comble pour un boucher est de diner avec des navets, celui de Kadhafi sera de voir son drapeau vert remplacé par celui qui flottait sur les édifices libyens au temps de la monarchie Snoussi.
En Libye, encore une fois, la volonté du peuple finira par prévaloir contre celle de l'appareil répressif. Et c’est cette maxime que le dictateur libyen continue d’ignorer.

Ainsi va Ghriss

Agadir le 26/02/2011

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