[Retour ŕ la liste]


CEUX QUI N’ONT PAS CHERCHE NI L’ARGENT NI LA GLOIRE ! le 28/07/2010 à 18h13

En insérant dans la rubrique « Quoi de neuf », les passages traitant l’histoire de Zaid ou Hmad contenue dans le livre de mon ami Moha Khettouch, mon attention fut attirée par ce qui a motivé et déclenché la révolte et l’insurrection du brave Zaid.

Zaid ou Hmad n’a agi suite à son appartenance à une quelconque idiologie ou un quelconque mouvement de libération, il n’a répondu qu’à l’appel de son cœur qui comme les vrais imazighens a gardé intacte et complète sa dignité et sa fierté. Cette dignité et cette fierté qui font la différence entre les hommes.

L’insurrection de Zaid ou Hnad s’est déroulée dans notre région, et de nombreuses personnes de chez nous avaient été arrêtées et emprisonnées et torturées pour avoir apporté un soutien logistique à Zaid ou Hmad. Le jour ou les archives du tribunal seront ouvertes aux chercheurs, nous pourrons mieux appréhender cette période occultée de l’histoire de notre région.

Les Imssayfen en particulier ont été regroupés avec tout leur cheptel sous « Lboste » avec l’interdiction d’emmener leurs troupeaux aux pâturages. Chaque jour des dizaines de chèvres et de brebis mourraient de faim et étaient jetées dans un puits perdu creusé pour la circonstance.

Moha ouidani, un Arrahal sédentarisé, qui représentait les nomades au niveau d’Ighrem fût jeté en compagnie de la domestique de sa maison qui portait le nom de Fadma M’bark (que Dieu ait son âme) rejoindre les vingt sept autres Irrahalen en prison. (De nombreuses personnes qui ont vécu cet épisode de notre histoire sont encore en vie et se rappellent de ce douloureux événement)

Malgré qu’il soit soumis à la torture dont celle de la dynamo, Il garda sa dignité d’un homme courageux et digne d’appartenir à cette fraction des Ait Morghad qui n’avaient peur que d’une seule chose, que le ciel ne leur tombe sur la tête ! A l’officier français et a son supplétif fouettard marocain qui lui ordonnèrent de s’allonger sur la table pour qu’il soit fouetté, il répondit : fouettez-moi jusqu'à ce que je tombe (katati ar rdlegh).

Etre vaincu n’est pas déshonorant si avec la défaite on a pas perdu aussi sa fierté et sa dignité. C’est ce qui a valu toute l’estime et tout le respect que les populations de notre région gardent toujours pour les héros de Saghro et de Baddou, Assou ou Baslam et Moha ou Zaid Ouskounti. Ces grands qui ont été défaits mais dans l’honneur et dans la dignité. Ce comportement d’hommes fiers et dignes les a grandi et valorisé même aux yeux de leurs vainqueurs. Me revient a l’esprit la réponse faite par le caïd Ouskouniti au général français qui après sa reddition, lui avait demandé les raisons de son insurrection, le grand caïd lui avait répondit: Je l’ai fait pour Dieu et pour le Prophète !

De tous ceux qui avaient été emprisonnés pour avoir aidé Zaid ou Hmad et de tous ceux qui avaient défait l’armée française à Amglagal, dont d’ailleurs le 80eme anniversaire (30 aout) est dans trente 33 jours (et qui comme d’habitude passera sous silence, comme si de rien n’était), je dis bien personne de tous ceux-là n’a fait une quelconque demande pour bénéficier  d’une compensation ou d’une pension. Car pour eux aussi, ils avaient fait  ce qu’ils avaient fait pour Dieu et pour le Prophète.

Je ne vais pas terminer ma chronique sans dire que j’ai une grande admiration pour ceux qui restent dignes et courageux quelques soient les circonstances. Ceux qui acceptent de mourir en hommes et qui gardent leur fierté, même s’ils savent que dans quelques instants les balles vont transpercer leurs corps. Entre ceux-là et ceux qui lâchent dans leurs culottes rien que par le fait d’être embarqués dans une estafette, il n’y a pas photo comme on dit, L’image des officiers putschistes attachés aux poteaux d’exécution pour être fusillés m’est restée entre les yeux. Quelques soit la gravite de leur acte, ils ont su garder leur fierté et leur dignité de grands soldats jusqu'à ce que leurs corps soient criblés de balles,  

Jadis ce n’est pas seulement la richesse et l’aisance qui caractérisaient une « grande tente » (Takhamte Takhatar), mais surtout le courage, la fierté et la dignité qui sont en ceux qui lui appartiennent. Oui Moha, tu as mille fois raison de dire qu’Azour Amokrane ne meurt jamais… Les grands resteront toujours grands. A l'inverse des autres oiseaux, les aigles préfèrent rester planer dans les hauteurs, les gazouillements et les  ramages aussi beaux qu’ils soient ne sauront les faire descendre des cieux.

Ainsi va Ghriss

Casablanca le 28/07/2010 

[Retour]