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AKAL N’BRRA le 01/01/2010 à 11h44

Que les lecteurs non Ghrissois me pardonnent de consacrer la chronique de cette semaine à une affaire ne concernant exclusivement que les habitants de Goulmima ksar d’Ait Moch et de Takaterte.

Un petit rappel historique pour permettre aux lecteurs de comprendre cette affaire qui traine depuis plus d’un demi-siècle.

Les étendues ou plutôt les surfaces des palmeraies du sud-est du Maroc sont limitées par des terres qui mêmes fertiles ne peuvent être cultivées par manque d’eau. Les débits des sources étant limités, ce qui limite les surfaces cultivées. Mais il arrive que les pluies soient abondantes ou que durant l’hiver les besoins en eau de la palmeraie ne soient pas importants et dans ces cas on irrigue ces terres qui sont situées hors du périmètre de la palmeraie. Mais comme l’irrigation de ces terres n’est pas régulière et ne se fait que lorsqu’il y a comme je l’ai dit un surplus d’eau, on n’y cultive que de l’orge qui contrairement au blé et à la luzerne résiste mieux à la sécheresse.

Au départ ces terres qui étaient divisées en parcelles égales étaient affectées aux hommes possédants des chevaux de chaque fraction qui constituent la tribu ; d’où sa première appellation de « Akal n’brra n’Yssane » (terre des chevaux). Les chevaux ayant disparu, l’exploitation est faite par chaque fraction qui loue à une tierce personne l’exploitation de ces parcelles pour une année.

Les conflits lorsqu’ils existaient ne sont provoqués que par la contestation des limitations entre les parcelles appartenant à deux fractions différentes. Feus Na3di Bahhlou et Moha Ouidani avaient écopé chacun une peine d’emprisonnement pour s’être battus pour une histoire de Tiguite (sillon limitant la parcelle).

Je rappelle que cette gestion se déroulait de cette manière durant plusieurs années, car toutes les familles habitaient à l’intérieur des ksars et ni la démographie, ni l’éclatement des cellules familiales ne sont venus se greffer et changer la donne.

En effet depuis quelques années le manque d’une réserve foncière qui pourrait être lotie pour servir de lots de terrains pour les habitants et puis le produit qui pourrait être généré de la vente de ces parcelles a légitimement emmener de nombreuses personnes à demander que ces terres soient distribuées aux ayant-droits. Et c’est là où le problème se corse. Car deux problèmes restent posés.

Le premier comment définir les ayant-droits ?

Le second comment respecter les nouvelles règles urbanistiques qui prévoit les installations d’utilité publiques communes (espaces verts, écoles, hamam, mosquées marchés etc.) si on respecte l’ancien partage délimitant des bandes de 100m à chaque fraction ? Tout en déclarant que la seule entité légitime pour trancher sur les critères qui permettent de résoudre ces deux problématiques reste Taqbilte, rien ne nous empêche nous tous qui faisons partie des ayant-droits de lui faire des suggestions et des propositions qui pourraient l’aider à trouver des solutions les plus équitables.

Ce qui va suivre n’est que ma propre vision des choses, elle peut être pertinente comme elle peut ne pas l’être, mais elle aurait le mérite d’exister et d’être pensée. A vous donc de la soutenir, de l’améliorer ou de la rejeter !

Tout d’abord, pour départager ceux qui disent que les ayant-droits sont les familles qui habitaient le ksar avant ou en 1942, et ceux qui demandent que toutes les familles qui font parties des fractions composant Taqbilte doivent faire partie des ayant-droits même s’ils sont originaires d’autres localités , je pense que pour les terrains destinés à être lotis, seules les familles qui habitaient le ksar pendant le premier partage de ces terres (1942) doivent faire partie des bénéficiaires. Ce qui revient à dire que le nombre des bénéficiaires doit être égal au nombre de maisons (Je dis bien maisons et non familles) que comprenait chaque ksar (Igoulmimn, Ait Moch et Takatart) à ce nombre on y ajoute les familles qui habitaient ensemble la même maison (Ait Bammou, Ait Hadi  Ait Lmihi, Ait Chahboune) etc. J’ai dit maisons et non familles car nous avions des familles qui n’étaient pas encore éclatées et qui vivaient ensemble en fusionnant deux ou trois maisons, exemple (Ait Ichou, Ait Sekkou , Ait Khettouch, Ait Zizi, Ait Ouaala) et peut être d’autres encore .

A Taqbilte de définir donc ce nombre et procéder à l’affectation des lots par tirage au sort après avoir établi un plan de lotissement définissant les emplacements des bâtiments communs et d’utilité publique. On peut même affecter deux lots à chaque bénéficiaire pour que la vente de l’un l’aide à construire l’autre.

Pour les terrains destinés à une exploitation agricole, je pense qu’il faut maintenir le partage par fraction, tout en y apportant  une amélioration qui permet leur exploitation. Je m’explique : Apres la délimitation du terrain destiné à la construction des habitations, Taqbilte délimite les parcelles pour chaque fraction jusqu’à la limite des Ait Sidi M’Hamd ou Lahcen, en espaçant les parcelles d’une route de 10 à 12 m.

Chaque fraction constituera sa coopérative et chaque membre de cette fraction peut s’il le désire faire partie de cette coopérative en participant selon ses moyens au capital de cette dernière. Pour faire bénéficier tout le monde de la création de ces coopératives les règles suivantes sont à respecter :

Chaque coopérative emploiera des ouvriers chômeur de sa fraction ;

A la fin de chaque année les bénéfices seront partagés en trois selon une répartition à définir. La première  partie pour les membres de la coopérative, la deuxième sera à répartir entre les familles de la fraction et la troisième partie sera affectée à l’acquisition des équipements et au développement de la coopérative.

Ceci étant dit, je répète que rien ne pourra être entrepris si :

Chaque fraction et chaque individu ne fait pas preuve de souplesse dans sa position en acceptant ce que Taqbilte proposera pour trouver une solution à ce problème qui a trop duré. Ce qui m’amène à adresser un appel aux membres de Taqbilte et à son président pour prendre leur responsabilité et opter pour une solution. Vouloir satisfaire tout le monde, c’est opter pour « ne rien faire » et laisser encore l’affaire perdurer. Opter pour un partage selon « Tiwoura » comme le proposent certains reviendrait à enrichir les riches et appauvrir les pauvres. Choisir le critère adultes hommes comme le suggèrent d’autres personnes se traduirait par la privation des familles n’ayant que des filles ou n’ayant pas d’héritiers hommes.

Aussi me permets-je de lancer un appel au président de Taqbilite en lui disant : cher ami personne ne doute de ta gentillesse et de ton honnêteté, tu disposes du mandatement signé par tous les membres de Taqbilte pour décider selon ton âme et conscience, alors cher ami, agis sans attendre. L’attente des familles pauvres et des orphelins et des veuves pèse sur tes épaules ! Et si je me permets aussi de te dire ça, c’est en tant que membre de la fraction que tu représente au sein de Taqbilte.

 Ainsi va Ghriss

Goulmima le 02/01/2010 

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