[Retour la liste]


FOLKLORISATION = DECULTURISATION le 26/12/2009 à 19h06

Le folklore, voila un mot non pas magique mais maudit qui a contribué à  réduire à leurs plus simples expressions tant  de pratiques de notre patrimoine culturel.
Pour  ne parler que de Goulmima et plus précisément du ksar (ighrem), alors que nos grands parents savaient monter à cheval et pratiquer  la fantasia, à ce jour pas une personne est capable de monter à cheval parmi la population du ksar. d'ailleurs depuis la mort du cheval du Caid Bassou Oualla, aucun habitants ne possède cette belle et prestigieuse monture. Même chose pour les mules qui n'arpentent plus les ruelles du ksar. seuls demeurent quelques ânes aux longues oreilles dont le nombre est depuis longtemps dépasse par des bourriquots aux oreilles courtes.
il y a moins de 50 ans Goulmima comptaient plus de quatre grands poètes chez les ait Morghades et autant chez Iqbliyen, les ihidass sont dansés sans fausses notes (3aouch), et les gens petits et grands sortaient pour écouter et décoder les izlanes qu'accueillent les femmes avec des youyous.
nous qui étions jeunes et qui ne comprenions pas grand chose du sens et de la valeur artistique ainsi que la portée de ces izlane, c'est par les youyous des femmes que nous apprenions quel était le poète le plus pertinent dans ses vers. C'est en quelques sortes un applaudimètre, qui sert à départager les poètes lors des joutes oratoires.
L'origine de cette "déculturisation" est connue, elle a commence depuis qu'on utilise "ihidass" non seulement pour célébrer les mariages mais pour égayer l'assistance lors des fêtes nationales.
Comment voulez-vous qu'un grands poète soit inspiré et crée alors qu'il sait que les personnes assises dans des fauteuils sur une estrade ne comprennaient pas sa langue et encore moins le sens de ses vers de poésie ?
Lorsqu'ils ne pouvaient pas dire non aux autorités qui leur demandaient de participer lors des fêtes, ils le faisaient même si c'est sans conviction, maintenant que cette obligation n'est plus de rigueur, ihidass qui se jouent lors des fêtes ne sont plus qu'Ihidass Imjade !
 
Le problème ne serait pas grave si cette "teigne" ne s'est pas propagée jusqu'a atteindre les occasions qui n'ont rien à voir avec les manifestations organisées lors des fêtes nationales. Même dans des mariages célèbres à la traditionnelle, certaines personnes refusent de participer parce qu'elles considèrent dégradant le fait de danser en public; alors qu'avant ces danses étaient exécutées par des personnes d'un certain âge.
Aujourd'hui on ne compte que quelque irréductibles aux cheveux blancs au milieu des jeunes qui dansent et chantent faux !
 
Que faut-il faire alors ?
Je pense qu'il faut que nous tous qui tenons à sauvegarder ce patrimoine culturel que nos parents nous ont légué et dont nous avons la responsabilité et le devoir de le transmettre à nos enfants, de tout entreprendre pour que nos ihidass, nos poètes retrouvent leurs lettres de noblesse.
Avant, dans sa tribu le poète était considéré comme l'étaient amghar et l'imam. c'était le défenseur de sa tribu ou de son ksar lors des joutes oratoires et ces izlane sont repris, appris et chantés par les habitants.
Pour ce faire, non seulement il faut changer notre façon de voir ces danses, mais il faut participer à leur sauvegarde en y participant et en veillant à ce qu'elles ne perdent pas de leurs authenticité et de leur valeur culturelle.
Ces danses qui font partie de notre culture nous appartiennent tous et ne sont  pas l'exclusivité d'une caste ou d'une catégorie sociale, il n'a jamais été dit qu'un ingénieur, un médecin ou un cadre ne puisse pas danser! A moins que dans sa tête, il considère que ce volet de notre culture  "l'abaisse" ou le rétrograde !
Si c'était le cas je serais le plus heureux des 2eme classe de toutes les armées et à chaque fois qu'un Ahidouss se joue, je m'y introduis tout d'abord parce que ça me plait et ensuite assurer ce devoir de transmission.
 
 
Ainsi va Ghriss
Casablanca le 29/08/2009

[Retour]