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D'JENQUER" POUR OUBLIER ! le 26/12/2009 à 19h01

Cette semaine j'ai envie plus de "me parler" que de m’adresser aux autres. Me parler, car depuis un moment, je me suis oublié et durant plusieurs semaines je me suis adressé plus aux autres qu'à moi même.
Et puis qui va accepter mes propos et mes élucubrations plus que moi ?
Je vous assure qu'avant d'accoucher cette chronique, j'ai fait ma prière et que je porte une barbe de plus d'une semaine qui j'espère me rapprochera un peu plus de mes "frères" !
Voilà pour l'introduction, maintenant passons au reste.

J’ai passé tout le mois de juin à Goulmima et je me prépare à y aller pour les mois de juillet et d'aout, pour vous dire le plaisir que j’ai pour retrouver mes amis et ma région natale.
Mais malheureusement, car il y a toujours un mais, même si vous essayez de relativiser les choses et de n’accorder pas beaucoup d’importance aux petits désagréments que vous constatez, cela n ’empêche pas certaines choses de vous rester coincées à la gorge, car vous en ressentez plus une sorte de « hogra » qu’autre chose.
Personnellement, je ne suis pas un amateur de vins ni de spiritueux, je leur préfère une bonne eau plate de "Boukhazm", mais je ne dis pas que je suis contre ceux qui préfèrent savourer le glouglou d’une bonne blonde ou brune bien fraîche, il parait que ça procure plus de plaisir, tant mieux pour eux !
Là ou je ne suis pas d’accord, c’est le fait qu’on interdise chez-nous ce qu’on tolère pour ne pas dire qu’on accepte partout ailleurs !

J’ai vu des marocains à Rabat, Casa, Meknes, Fes et partout au Maroc quitter les grandes surfaces avec des caddys plein à craquer de barquettes de bières et de bouteilles de vins sans que personne ne vienne leur dire quoi que ce soit alors que chez-nous le zèle de certains agents va jusqu'à demander aux chauffeurs de grands taxis qui arrivent à Goulmima, d’ouvrir les coffres de leurs voitures pour s’assurer qu’une bouteille de vin n’est pas cachée dedans !
Cette "répression zélée", ne sert actuellement que les intérêts des Guerraba et des apprentis "alambiquiers" qui font bouillir dans des cocottes-minute des dattes pourries pour en tirer le l’eau de vie (Mahhiya). Un alcool qui est fabriqué dans des conditions ne garantissant aucune hygiène et dont la teneur en degrés n’est pas du tout contrôlée.

A moyen terme, il est certain que nous constaterons les dégâts que se breuvage ne manquera pas de provoquer au niveau des appareils digestifs des personnes qui en prennent.
Aller jusqu'à Tinghir ou Errachidia pour prendre une bière ou un ou deux verres de « Samkhou » ou se contenter d’un bon litre de « Djanka » (mélange d’eau de vie de dattes coupée avec du coca), sous Agoulf (les palmiers) au bord de l’oued ?
La réponse est toute simple à trouver, car à défaut d’avoir les moyens pour le premier, les jeunes se replient vers le second en dépit des dangers qu'il représente.
Là encore on n’est pas comme tous les autres, comme si le makhzen veut nous obliger à rester conscients pour mieux ressentir ce qu’il nous inflige comme hogra !
Moi pour oublier l'indifférence, de ceux qui nous gouvernent à l'égard de notre région, je me suis résigné à attendre d’être au paradis pour bien m’enivrer en plongeant dans le plus grand fleuve de vin et en y "frappant" un énorme "derdouz"! Beaucoup d’autres, ont choisi de ne pas attendre l'au-delà pour se soûler, ils le font avec « ichochane ikhmarn» (dattes pourries et fermentées) qu’ils font bouillir dans des cocottes minutes, en attendant qu’une grande surface ouvre ses portes à Tilouine !
Mais tout compte fait, je pense qu’ils ont raison de se soûler ici-bas sans attendre d’être au paradis. car si le fait de se griser, permet d’oublier, c’est en ce monde de la hogra qu’il faut le faire !

Ainsi va Ghriss
Agadir le 27/06/2009

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