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UNE MALADIE APPELEE : LE POUVOIR le 26/12/2009 à 14h33

Vous serez certainement d’accord avec moi si je vous dis que certaines maladies qui sévissent ces derniers temps n’étaient pas connues par nos parents et nos ancêtres, Non pas parce que, jadis la médecine était plus performante, mais tout simplement parce que ces maladies ont un lien direct avec notre façon de vivre et avec l’environnement dans lequel nous vivons.
Le stress, la dépression sont des maladies spécifiques à notre siècle. Et si ces deux maladies datent aussi de quelques années, notre pays découvre une toute nouvelle maladie à qui j’ai donné le nom de « maladie du pouvoir ».

Pourquoi donc on ne découvre cette nouvelle maladie que maintenant ?
La réponse est toute simple, c’est maintenant que de nombreux marocains qui occupaient des postes d’autorité et de pouvoir sont mis à la retraite. Et beaucoup d’entres eux, ceux qui n’ont pas préparé leur retraite ou ceux qui avaient oublié qu’un jour, ils seront appelés à abandonner à d’autres personnes qui viendraient les remplacer le fauteuil sur lequel ils s’étiraient et pensaient être le leur jusqu'à la fin leur vie.

Me vient à l’esprit l’histoire de ce haut responsable qui n’arrivait pas à s’adapter à son nouveau statut de retraité et qui à la maison prenait son épouse pour sa secrétaire particulière et son jardinier pour son directeur de cabinet !
Lorsqu’il s’adressait à sa femme, c’est pour lui dire apporte-moi tel ou tel dossier ; son épouse jouant le jeu lui présentait un bol de harrira ou une théière qu’elle venait de préparer.
Son jardinier imitant l’épouse se présentait à chaque appel de l’ex responsable, la houe à la main pour s’entendre dire envoie tel message ou écris à telle administration !

L’autre histoire est celle d’un autre haut responsable qui dès la première semaine de sa retraite a commencé à être dépressif, ne parlant plus à personne et évitant de sortir voir ses amis. Son fils haut cadre qui avait tout essayé en vain pour que son père retrouve sa joie de vivre, s'est adressé aux anciens amis de son père pour leur demander conseil. Un de ces hommes dit au jeune homme : Si tu veux que ton père se remette de son état dépressif, construis lui un hammam public et fais-le vite !
Le jeune cadre, même s’il ne voyait pas le rapport qui peut exister entre la maladie de son père et le hammam avait suivi le conseil que l’ami de son père lui avait donné et a donc construit un hammam public dans leur quartier.
Et là' le miracle arriva ! Son père retrouva l’envie de vivre, car il avait sous son autorité le préposé à la chaufferie (Fernatchi), les deux masseurs (Lkssala) et le guichetier.
Au premier il n’arrêtait pas de dire que le hammam est trop ou moins chaud, aux seconds, ils les engueulaient en leur montrant des coins qu’ils avaient mal nettoyés avec leurs raclettes et au guichetier c’est la vérification de la recette et les reproches de pas avoir encaissé le prix d'entrée d’un jeune enfant accompagnant son père.
Notre retraité trouvait aussi du plaisir à reprocher à certains clients de porter certains maillots de bain qu’il ne trouvait pas à son goût ! Mais en contre partie de tout ça, chaque soir il rentre chez-lui heureux d’avoir fait du bon boulot. Notre retraité prenait sa nouvelle fonction au sérieux au point où il se permettait de dire à sa femme, aujourd’hui c’est jour férié, je ne vais pas au boulot !

voilà encore une autre histoire et j'arrête. C'est celle d'un ex caïd que Dieu ait son âme, qui un mois après sa mise à la retraite s'est retrouvé chez un marchand de légumes du souk, nez à nez avec le mokhazni qui tenait la garde devant son domicile lorsqu'il était encore en fonction. Voyant le mokhazni continuer à choisir ses tomates sans se mettre au garde à vous, le caïd lui asséna un coup de panier sur la tête. Il a fallu l'intervention des gens pour empêcher le mokhazni de lui donner une bonne correction.
Comme quoi, pour certains, retrouver le statut de personne lambda après des années de pouvoir n'est pas toujours chose facile.

Lorsque j’ai fait état de mon prochain départ à la retraite, j’ai reçu de nombreux messages d’amis et de lecteurs, qui me demandaient ce que j’allais faire après. Un ancien camarade de classe qui doit avoir à peu près le même âge que moi et qui est de surcroît à la retraite depuis un an, me dit: tu vas t’ennuyer à ne rien faire !
Mon ancien camarade de classe me voyait comme lui, attablé toute la journée sur la terrasse d’un café en train de remplir les cases d’une grille de mots fléchés !
Je lui ai tout simplement dit, que je vais continuer à travailler, mais que certainement lui et moi n’avons pas la même définition de ce qu’est la retraite !
Je dis à mon interlocuteur que la différence entre aujourd'hui et demain est toute simple à comprendre, Actuellement lui dis-je, je perçois un salaire pour faire un travail que me demande mon employeur et qui certainement lui plait.
A ma retraite je percevrai ma pension, mais en ne faisant que ce qui me plait !
Je lui fais comprendre que dans les deux cas le verbe faire, qui caractérise l’action est présent !

Je terminerais ma chronique en remerciant Dieu de m'avoir épargné cette maladie du pouvoir, ce qui évitera à mon fils la construction d’un hammam public dans notre quartier !

Ainsi va Ghriss
Agadir le 22 Nov. 2008

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