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LES MARGES ARRIERES le 26/12/2009 à 13h54

Je ne sais pas si le thème que j’aborde cette semaine dans ma chronique va intéresser grand monde mais, il aura au moins le mérite de nous détacher même si ce n’est qu’une semaine des sujets traitant le domaine politique. Je vais donc laisser la politique aux politiciens et me retourner vers un domaine qui nous concerne tous puisqu’il affecte nos porte monnaies et notre pouvoir d’achat.
Sans être un spécialiste de la grande distribution, ma modeste connaissance dans ce domaine m’amène à réagir, puisqu’elle est liée au pouvoir d’achat qui fait l’actualité ces derniers jours en France.
Comme on peut tous le constater, la grande distribution est en plein développement au Maroc. Rien qu’à voir le nombre de grandes surfaces qui ouvrent chaque année dans nos villes pour se rendre compte que dans quelques années les épiceries seront réduites à ne servir que d’échoppes de dépannage ou de proximité.
Où est le mal me diriez vous puisque ces grandes surfaces permettent de s’approvisionner en produits et articles de tout genre toute en offrant un espace de parking pour ses clients ?
Je vous répondrais que ça pourrait être mieux, si les intérêts des clients que nous sommes sont mieux pris en considération. Et qu’on ne leur fasse pas supporter cette marge arrière que la grande surface se partage avec son fournisseur.
Qu’est ce que c’est une marge arrière ?
Sans prétendre donner une quelconque leçon à quiconque, je vais remettre ma casquette d’ex « Sales manager » et je vais essayer d'expliquer comment ça se passe lors d’une négociation entre un fournisseur et une centrale d’achat d’une grande surface.
Pour qu’un fournisseur vende ses produits à une grande surface, la centrale d’achat de cette dernière propose pour ne pas dire oblige le fournisseur à acheter ses divers produits de publicité qui sont généralement :
- Les PLV (Publicité sur les Points de vente) ;
- Les Insertions dans les catalogues ;
- Les Présentations en tête de gondoles ;
- Les Spots publicitaires en audio dans le magasin. Etc.
Il va s’en dire que le refus du fournisseur d’acheter ces services que lui propose la grande surface peut se traduire par l’absence de ses produits dans les rayons de cette grande surface, ce que bien sûr il doit éviter à tout prix.
Donc ce que fait le fournisseur bon gré ou malgré lui, c’est l’achat de ces services à la grande surface. Inutile de vous préciser que le coût de ces achats sont ensuite intégrés dans le prix de vente des produits du fournisseur. Ce prix auquel la grande surface ajoute bien sûr sa marge pour définir son prix de vente au client !
Et c’est ainsi qu’en fin de compte, c’est le client qui paie un service que la grande surface vend à son fournisseur !
Je ne vous parle pas des arrangements qui peuvent se faire pour restituer une partie de cette marge arrière aux fournisseurs (tout ça est traité au cours de la négociation des prix des produits entre le fournisseur et la centrale d’achat de la grande surface).
La situation se complique lorsqu’un intermédiaire vient s’intercaler entre le producteur et la grande surface. Je vais essayer de prendre un exemple concret pour que la compréhension soit plus aisée.
Un fellah producteur de tomates à qui un intermédiaire achète sa production à 3 Dh/kg ; En intégrant les frais de lavage, de tri et sa marge, le prix peut déjà à ce niveau arriver à 5 Dh/kg.
A ce prix il faut ajouter justement les frais de cette marge arrière qui peut être d’1Dh/kg.
Nous arrivons au prix de vente à la grande surface de 6 Dh/kg dont un dirham lui est restitué.
La grande surface ne tient pas compte de ce dirham qui lui a été restitué et vend au consommateur le kilo de tomate au prix de 6 Dh/kg majorée de sa marge bénéficiaire. Si cette marge bénéficiaire n’est que 9%, cela donnera un prix d’achat pour le consommateur de 6,5 Dh/kg.
Ainsi donc, les deux perdants dans tout ce tralala sont le fellah et le consommateur, c'est à dire vous et moi.
Le Fellah qui est à la merci des aléas du climat et qui s’est donné de la peine pour produire sa tomate et la céder même pas à la moitié de son prix de vente au consommateur.
Et puis le consommateur à qui on fait payer le prix des insertions dans des catalogues et des annonces publicitaires qu’il n’emmène jamais dans son panier et qui affecte largement son pouvoir d'achat !
« Chi 3aych b'rzk chi », me disait mon père !

Ainsi va Ghriss
Agadir le 29/02/2008

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