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N’ETAIT-IL PAS LE RUSE DONT ON LE QUALIFIAIT ? le 26/12/2009 à 13h51

Lundi et mardi passés la chaîne de TV France 2 avait programmé un film sur le disparition de Mehdi Benbarka. Je m’attendais à ce que ce film tant annoncé allait apporter quelques éléments de réponses aux nombreuses questions que les marocains continuent à se poser et qui se rapportent à la disparition du leader de l’opposition des années soixante. Hélas, rien de nouveau ne fut apporté en plus de ce que la presse nous a déjà appris, à savoir les rôles supposés joués par Oufkir et Dlimi. Pour ce dernier, la presse marocaine de cette semaine n'a pas manqué de rappeler l’anniversaire de l’accident de circulation, réel ou monté qui lui avait coûté la vie un 25 janvier 1983 à Marrakech. Mais pour Oufkir son cas reste obscure et continue de m'intriguer par tant d'incohérences et d'interrogations.
Je commencerais par dire que ce qui va suivre, il y a quelques années je n’aurais même pas osé en parler à moi-même de peur d’être entendu par les murs et emprisonné pour m’avoir posé certaines questions !
Heureusement que l’avènement de Sa Majesté Mohammed VI a permis à tout un chacun de faire part de ce qu’il pense et que la liberté d’expression a fait d’énormes avancées, nous permettant d’exprimer nos avis sans qu’on vienne nous chercher à cinq heure du matin pour avoir pensé autrement qu’eux. Et c’est déjà important comme changement !
Avant on avait mal et on ne pouvait pas le dire, aujourd’hui même si le mal est toujours là, on le dit et on le crie !
Est-ce qu’on nous entend ?
Allahou A3lam !
La question qui de temps à autre et ce depuis plusieurs années me taraude se rapporte au dramatique événement que notre pays a connu en 1972 ou plutôt à ce qui est arrivé à celui qui a été désigné comme traite et auteur de cette tentative de coup d’état.
Je précise tout d’abord que je n’essaie pas de disculper le général Oufkir puisque c’est de lui qu’il s’agit ni de minimiser tous les actes odieux dont on disait qu’il était l’auteur ou dont ses proches l’étaient.
Je n’arrive toujours pas à oublié le décès d’un des meilleurs cadres de Goulmima feu Moha Oualla gouverneur détaché au palais qui devrait se présenter aux élections et à qui on avait ordonné de retirer sa candidature pour laisser la place à un des frères du général. Feu Moha s’est tué dans un accident de route lorsqu’il se rendait à Rabat après s’être déplacé à Goulmima pour retirer sa candidature. Il est inutile de préciser que le frère du général était étranger à la région et n’avait aucun lien avec la circonscription de Ghriss. Mais c’était chose courante en ces temps de Parachutage et d’élections qui n’avaient de démocratiques que la qualification.
Ceci dit, je reviens à ce coup d’état, et je me permets de vous soumettre quelques interrogations qui se rapportent à cet événement tragique que notre pays a connu.
Tout d’abord, je rappelle que le général était jusqu’à 1971 ministre de l’intérieur et il fût nommé commandant en chef de l'armée et ministre de la défense après le coup d’état de Skhirate.
On disait de lui, qu’il bénéficiait de la confiance totale du défunt roi Hassan II. C’était lui qui avait maté le soulèvement du Rif en 1958 et les événements de Casablanca en 1965. La répression exécutée avec tant de zèle par ses troupes à Casablanca lui a valu le surnom de « boucher » de Casablanca !
C’était lui aussi qui avait supervisé l’exécution des officiers auteurs du coup d’état de Skhirate en 1971. Je me rappelle de cette scène insoutenable où le général dégradait les officiers supérieurs comploteurs avant que le peloton les fusille !
Un des officiers, le colonel Chelouati pour le citer lui a d’ailleurs craché au visage au moment où Oufkir lui ôtait ses grades de colonel. Je rappelle ce fait expressément pour dire que le général ne devrait pas avoir la côte auprès de ses frères d’armes qui le craignaient plus qu’ils le respectent. Tous savaient ce que le général ferait d’eux en cas où ils tenteraient une quelconque aventure comme l’avait fait l’équipe d’Ahermamou.
Ce qui m’emmène à ne pas du tout exclure que les officiers auteurs du second coup d’état qui sachant ce qui les attendait en cas d’échec de leur forfait pouvaient décider d’impliquer le général si leur tentative échoue pour une raison ou une autre.
Si vous ajouter à cela le fait que de nombreuses personnes qui le craignaient et à qui il faisait de l’ombre se réjouiraient de le voir disparaître, pour avoir un accès plus libre auprès du roi, vous conviendrez avec moi que l’accusation des militaires était une occasion à ne pas rater.
Autre chose qui m’intrigue dans cette affaire, ce général que même ses ennemis qualifiaient de rusé et d’intelligent, qui avait gagné ses galons de capitaine en Indochine dans l’armée française, était-il si sûr de réussir son coup au point où il avait négligé de mettre ses propres enfants à l’abri quelques part en dehors du Maroc ?
Tout le monde savait qu’il disposait de biens et d’amis sûrs en Europe et au Canada au sein de la communauté juive marocaine.
Autre interrogation qui reste sans réponse, après avoir su que la tentative de putsch a échoué, s’il était l’auteur principal, allait-il se présenter tranquillement au palais de Skhirate sans essayer de prendre la fuite comme l’avaient fait certains auteurs de la tentative du coup d’état qui avaient essayé de fuir en hélicoptère et de se réfugier en l’Espagne ?
Ne serait –il pas tenté de poursuivre son action vu qu’il demeurait même après la tentative le parton des forces armées ?
Et en bout de compte, s’est-il suicidé ou s’est-il fait suicider ?
Ne serait-il pas tué par ceux à qui il barrait la route pour être plus proche du roi et qui ont profiter de l’accusation des officiers comploteurs pour se débarrasser à jamais de lui ?
Oufkir ne serait-il pas victime de sa fidélité et de la confiance dont il jouissait auprès du roi qui lui avait fait trop de jaloux parmi les dignitaires du régime ?
Sa désignation par les officiers comploteurs en tant que patron de la tentative ne serait-elle pas une vengeance des comploteurs qui ne lui ont pas pardonné sa sévérité et surtout le fait d’avoir fusillé leurs frères d’arme une année avant ?
Tous les protagonistes et les témoins de ce douloureux événement sont sous terre, Oufkir, les officiers comploteurs, et ceux qui ont joué un rôle dans cette tragédie et qui sont restés dans l'ombre. Demain « Fi Al Mahhchar » chacun sera appelé pour rendre compte de ses actes et là, nous saurons qui a fait quoi dans ce bas monde !
Même Mma Itto n'est plus là pour me dire: Amemmi 3rak iwawal !

Ainsi va Ghriss
Agadir le 02/02/08

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